Rodrigo Rey Rosa (DR)

Ce jeudi 14 septembre, à 21h à la Maison de l’Amérique Latine, Diacritik a le plaisir de vous convier à une rencontre avec Rodrigo Rey Rosa. Animée par Johan Faerber, elle sera l’occasion d’évoquer avec l’écrivain guatémaltèque Aucun lieu n’est sacré, son recueil de nouvelles qui vient de paraitre en édition bilingue avec une traduction dirigée par Philippe Dessommes aux Presses universitaires de Lyon.

L’Alpha et l’Oméga du roman d’espionnage et de l’art du roman : tel serait peut-être l’ultime sens à donner à cette énigmatique lettre Sigma, titre du troisième et remarquable livre de Julia Deck qui paraît en cette rentrée et dont il constitue l’un des points d’incandescence.
Après Viviane Élisabeth Fauville et Le Triangle d’hiver, Julia Deck dévoile ici l’histoire aussi échevelée que rigoureuse, aussi ironique que sérieuse, aussi puissante que neuve d’Alexis Zante, banquier suisse et collectionneur d’art qui se voit (sans le voir) pris au cœur d’une affaire d’espionnage, pisté par une galerie impressionnante d’espions travaillant pour une mystérieuse Organisation répondant à un nom qui n’est qu’une lettre : Sigma.

Ce pourraient être des mémoires d’Outre-Tombe sous la plume de Woody Allen : Sheila Levine est morte et vit à New York, dans ce sens-là, oui, soit la mort puis la vie d’une femme de trente ans. Puisque « c’est décidé : je me suicide », plus rien ne retient Sheila Levine du côté de la pudeur ou des convenances. Elle n’a plus peur de rien.
Alors elle raconte ce qui l’a conduite à cette décision extrême, dialogue avec ses parents (et son lecteur), revient sur son parcours de New-Yorkaise, juive, célibataire, sans enfant.

Marguerite Yourcenar

La récente publication de la correspondance croisée entre Yourcenar et Silvia Baron Supervielle est aussi d’un très grand intérêt. Cousine éloignée du poète Jules Supervielle, née à Buenos Aires en 1934, et installée à Paris dans les années 60, Silvia Baron Supervielle a été une grande traductrice en langue française d’auteurs argentins. Elle a maintenu une correspondance assez régulière avec Yourcenar, entre juin 1980 et juillet 1987, comme l’indique parfaitement le titre générique, Une reconstitution passionnelle, proposé par Achmy Halley dans l’édition de ces lettes. La classique relation d’auteur à traducteur se transforme peu à peu, sous nos yeux, en une amitié fervente, au point que Yourcenar en vient à terminer ses lettres par un « Je vous embrasse en veillant sur vous, avec ma pensée » ou « Je vous embrasse bien amicalement », preuves d’affection qu’elle prodigue rarement dans la correspondance publiée à ce jour.  

Jay McInerney a passé une semaine à Paris pour la promotion de son dernier roman, Les Jours enfuis, paru le 11 mai aux éditions de l’Olivier, dans la très belle traduction française de Marc Amfreville.
En point d’orgue, une rencontre exceptionnelle avec ses lecteurs, à la librairie Atout Livre, animée par David Rey.
Diacritik y était et a pu filmer l’événement.

Luke en rêvait, à la toute fin de La belle vie, « la ville pourrait servir de décor à une future rencontre avec Corrine ». Ce roman potentiel, déjà amorcé dans une nouvelle de Moi tout craché, Jay McInerney l’offre enfin à ses lecteurs avec Les Jours enfuis, qui paraît aujourd’hui en France dans une traduction de Marc Amfreville.
Les Calloway ont cinquante ans et des poussières, leurs jumeaux entrent au collège, leur vie de famille semble parfaite mais sous les apparences, les faits : « Les mariages sont faits de différents chapitres, et certains sont plus sombres que d’autres ». Russell peine à faire vivre sa maison d’édition et Corrine recroise Luke. Or, le lecteur de Moi tout craché le sait, « elle voulait ce qu’elle voulait. Elle voulait Luke ».
Les Calloway, saison 3 (et annonce d’une rencontre exceptionnelle avec Jay McInerney, demain 12 mai à 19h30, à la librairie Atout Livre).

New York, septembre 2001 © Christine Marcandier

Il y a des choses qui ne changent pas, qui ne changeront jamais, déclarait un personnage de Trente ans et des poussières de Jay McInerney, premier volume d’un massif romanesque centré sur les Calloway, les « fiancés de l’Amérique », émanation du New York bouillonnant des années 80. Mais, comme le sait déjà Russell, « la vie devient plus compliquée à mesure qu’on vieillit ».
Alors que s’ouvre le XXIè siècle, Russell et Corrine sont toujours là, le second tome (La Belle vie) débute, comme Trente ans, sur un dîner, le 10 septembre 2001, et si le couple a quitté son petit appartement pour un loft downtown, avec « vue magnifique sur les Tours », dès le lendemain la silhouette de New York, cette « ville existentielle », sera à jamais changée…

 

Jay McInerney

En 1992, Jay McInerney, déjà auteur du sensationnel Bright Lights, Big City (1984), publie Brightness Falls qui paraît l’année suivante en France, sous le titre Trente ans et des poussières. Ainsi s’ouvrait un cycle romanesque autour d’un couple incarnant à la fois un lieu (New York) et un moment (les eighties), Russell et Corrine Calloway que l’écrivain ne parviendra jamais vraiment à abandonner.
Saga romanesque à la manière d’une comédie humaine américaine, cycle en saisons et épisodes comme les meilleures séries télé, l’histoire des Calloway a doublé et accompagné nos existences, comme les mutations sociales, artistiques et politiques de ces dernières décennies.
Alors que paraît aujourd’hui le dernier volume en date, Les Jours enfuis, arrêt sur le tome (ou saison) 1 : les années 80 avec Trente ans et des poussières, qui ressort justement en poche, chez Points.

Nombre de romans américains parus ces dernières semaines rappellent l’essor et l’âge d’or français de ce genre (XVIIIè-XIXè siècles), un avènement lié à sa capacité à absorber le chaos, à classer un réel qui dépasse tout entendement et à tenter, sinon de le comprendre, du moins de le penser.
Deux microgenres romanesques semblent dominants dans ces publications récentes : les physiologies et les dystopies qui mêlent science et fiction pour mieux pour embrasser, classer et dépasser le réel. Tour d’horizon avec Garth Risk Hallberg, Lionel Shriver, Wednesday Martin et John Feffer.

Brooklyn © Dominique Bry

C’est un Brooklyn cosmopolite que décrit Boris Fishman dans Une vie d’emprunt, et principalement Midwood, South Brooklyn : « Ici, on était dans une ville étrangère, pour qui venait de Manhattan. Les immeubles étaient plus petits et les gens plus gros. Ils roulaient en voiture, et, pour la plupart d’entre eux, Manhattan n’était qu’une clinquante prise de tête. (…) C’était encore un monde en devenir. » Là vit le grand-père du narrateur, « au premier étage d’un immeuble de briques brunes occupé par des locataires soviétiques et mexicains qui l’empêchaient de dormir ». La famille Guelman a trouvé refuge à Brooklyn après avoir fui Minsk et « des mois d’angoisse apatride dans la beauté perverse de la Mitteleuropa et des rivages tyrrhéniens ».