Karin Viard, abécédaire d’une actrice

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Karin Viard en quatorze lettres,
l’abécédaire d’une actrice qui nous accompagne, d’Amitié à Sexe.

A/

amitié.
Sans doute amour serait plus approprié mais je crois être plus douée pour l’amitié que pour l’amour. L’amour c’est vaste, large, absolu, anthropophage et ça continue de me faire un peu peur.

C/ cheveux.
Je suis complexée par mes cheveux. Sans doute parce que ma grand-mère m’a toujours dit « les cheveux sont la parure de la femme ». Je ne les trouve pas à la hauteur de mes espérances. Plats, maigres, mous. Quand je dis à mes amis « si j’avais de beaux cheveux je serai belle » ça les fait rire… Sans doute ne suis-je pas complètement objective. Mais cette intensité de sentiments autour de la chevelure  des femmes fait quand même réfléchir… Objet de convoitise, de violence.

D/ donner.
Pas facile de donner quand on a peur, qu’on a le sentiment de n’avoir déjà pas assez. Et pourtant je ne connais pas de meilleur remède. Le don de soi, un cadeau, un geste, moi ça me rend plus joyeuse que quand je suis ratatinée autour du sentiment de manquer.

E/ enfance.
Je pense que l’enfance est le terreau du travail de l’acteur. Tous les sentiments se vivent dans l’enfance, avec une évidence à laquelle je continue de me référer pour mon travail. L’injustice, le malaise, le sentiment de sécurité, la peur, la joie. Et au fond, quand l’enfant joue, il dit « on dirait que je serais comme ça et que ma vie serait celle-là ». Eh bien aujourd’hui pour moi c’est pareil. Je m’imagine devenir ce que je ne suis pas dans la réalité mais ma force de conviction m’amène à croire que je suis une autre.

F/ France.
Mon pays. Ma vie. Mes origines et ma culture. Il ne me viendrait pas à l’idée de partir de chez moi pour raisons fiscales. Parce qu’ici c’est chez moi. Si parfois je regrette les râleurs, les insatisfaits typiquement français, il n’empêche que mon pays, dont je suis fière, est un merveilleux espace de liberté.

J/ jungle.
La jungle de Calais. Quelle honte. Quelle angoisse. Et quelles solutions ?! Je me sens impuissante et cela m’angoisse beaucoup.

 

K/ mon nom.
Sur mes papiers officiels il y à un e à Karine. Parce que l’employé de mairie trouvait trop bizarre que cela s’écrive Karin. Pourtant c’est mon nom et toute ma famille a toujours écrit mon nom sans ce « e ».

L/ lamentations.
Voilà bien une chose pour laquelle je n’ai ni patience, ni pitié. Je suis exaspérée par les gens qui se lamentent. Ça m’insupporte. On pleure sur soi, on se victimise et on ne fait rien. On attend la consolation, on pense que la vie ou les gens nous doivent quelque chose et on attend son dû. Cette attitude de souffrance passive m’est intolérable sans doute parce qu’elle me menace. Parce qu’on a tous eu envie de se coucher au bord du chemin à attendre que quelqu’un vienne nous sauver. Mais je ne m’aime pas penser comme cela. J’aime agir sur les choses qui m’entravent et m’empêchent. J’aime sentir qu’à mon niveau, j’ai les moyens de changer les choses, du moins me déplacer un peu, à ma mesure. Et que je suis capable de combler mes propres besoins.

L/ liberté.
Un grand mot, celui qui guide ma vie depuis toujours. Être libre de penser et de faire ce que je veux. Me débarrasser du jugement de l’autre. De l’idée qu’on attend de moi ceci ou cela. Être portée par mon intuition, le respect de l’autre, mais ne jamais oublier ma liberté. De femme et d’actrice.

M/ maternité.
Avoir des enfants a donné du sens à ma vie. Cela m’a inscrit dans une histoire familiale, qui, de fait m’a moins pesé. On apprend à pardonner à ses parents en devenant soi-même des parents. Parce qu’on n’échappe pas à ses racines et se couper de cela, c’est s’exposer à une grande fragilité. Savoir d’où on vient, l’intégrer, le refuser même parfois, mais savoir où sont nos racines est essentiel je pense.

N/ nature.
C’est LE sujet qui m’angoisse le plus. Préserver la nature. Je ne sais pas pourquoi dans l’histoire de l’humanité, l’homme qui se considérait comme faisant partie de la nature, a décidé à un moment de la dominer. D’en faire sa chose. Pour satisfaire ses désirs. La société civile a une force qui lui permet d’agir localement. Il faut chercher des solutions. Le film de Mélanie Laurent, Demain, essaie de trouver des solutions et il y en a. Il ne faut pas être fataliste. Il faut agir !

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P/ paix et peur.
L’un ne va-t-il pas sans l’autre ?! La peur n’empêche-t-elle pas la paix ?! Peut-on être en paix si l’on éloigne la peur ?! Il me semble que nous évoluons dans un monde et une société très violente essentiellement à cause de la peur qu’elle provoque. On nous donne, à tous moments, des raisons d’avoir peur, d’être effrayé, de céder à la panique et de se sentir impuissant. Je crois qu’on ne peut traverser la vie un peu tranquillement qu’en agissant, jour après jour, à étrangler la peur qui nous assaille. Et je ne connais rien de mieux à cela que d’ouvrir son cœur à l’autre, tous les autres, être en lien.

R/ rire.
Rire tous les jours. Quoiqu’il arrive. Fréquenter des gens qui sont joyeux. Gais. Repousser les fâcheux, les râleurs et aller, résolument, vers la fantaisie. L’audace. La légèreté. Avec les acteurs, en général, on rit beaucoup. C’est un milieu qui jongle avec les mots, les acteurs se mettent facilement en scène, et savent se moquer d’eux même. J’adore fréquenter les acteurs !

S/ sexe.
Fais chier toutes ces injonctions autour du sexe. Tu dois assurer. Baiser jusqu’à ta mort. Si tu ne pratiques pas tel truc, tu es nulle. Grosse bite, pas grosse bite. C’est bien, c’est pas bien ! Tu ne pratiques pas la sodomie, t’es coincée. Tu aimes les fellations, c’est normal, mais si tu n’aimes pas, t’es pas normal.  Tous ces jugements sur ce qui doit être me foutent en rogne. Le sexe, c’est une histoire intime, c’est soi, profondément et ça se respecte. Ce n’est pas un putain de sondage à la con qui doit te dire si tu as raison d’être comme tu es avec ta sexualité.

Karin Viard est à l’affiche dans deux films en salles, 21 nuits avec Pattie des frères Larrieu et Le grand partage.

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