Les Nombrils, « not another teen comics »

Nombrils-couv-1200

Les Nombrils, ce trio féminin qui fait les beaux jours des éditions Dupuis depuis maintenant bientôt dix ans, est né au Québec en 2004 sous la plume de Dubuc et sur la palette graphique de Delaf. Initialement publiées dans Safarir (magazine d’humour québécois aux faux airs de Mad), les aventures des Nombrils ont rencontré le succès en France dès 2006 avec la parution de Pour qui tu te prends ? Depuis, leur succès ne se dément pas, preuve en est avec la parution du tome 7, Un bonheur presque parfait, publié à 170 000 exemplaires.

Vicky, Karine et Jenny sont de retour et leurs bonheurs sont divers et a priori de courte durée : Karine se heurte aux états d’âme d’Albin, Jenny expérimente des sentiments contradictoires qui la laissent perplexe (tout en se demandant ce que perplexe veut dire), Vicky file le parfait amour avec le beau James, tout en étant très troublée par la sœur de ce dernier, Mégane. Tout va plus ou moins bien dans le meilleur des mondes. Mais…

Nombrils 1De l’extérieur, le pitch des Nombrils pourrait ressembler à s’y méprendre à celui d’un soap collégien, façon Hartley, coeurs à vif, tout en lorgnant du côté de Parker Lewis ne perd jamais (pour l’humour potache). Mais si Maryse Dubuc et Marc Delafontaine cultivent un goût certain pour les teen movies faits de romances adolescentes, de préoccupations existentielles proches du néant (quoique), de personnages stéréotypés et de punchlines bien senties, les apparences sont bien trompeuses…

Estampillée « tous publics-famille », la série Les Nombrils n’en finit pas de surprendre album après album, réussissant son évolution, malgré la contrainte d’un cadre narratif très codé (le lycée, les garçons, les filles, la peste et le moche, le bellâtre de service, les jalousies des unes, les espoirs des autres), dépassant souvent le genre pour flirter subtilement avec un certain réalisme cru. Tout en restant léger et divertissant. En puisant encore dans les références filmiques, on pourrait évoquer American Graffiti ou Grease… avec des répliques vachardes et un côté grivois sortis tout droit d’American Pie. La grossièreté en moins, cela dit.

Nombrils 2

Car Les Nombrils foisonnent de trouvailles scénaristiques en plus d’être une bande dessinée graphiquement attachante et séduisante : les questions raciales (les couples mixtes), la dictature de l’apparence (Jenny succombera-t-elle au charme de son amoureux un peu trop enveloppé à son goût ?), l’éveil à la sexualité féminine (Vicky craquerait-elle pour Mégane ?), les questions de classes sociales (l’upper class avec maison et piscine contre la middle, avec les déboires adolescentes et la mère alcoolique de Jenny), les choix de vie et les nouvelles technologies qui régissent désormais le monde.

Nombrils 3

Un cocktail rafraichissant, intelligent et plein d’humour, « not another teen comics », pour paraphraser un autre film (distribué en France sous le monstrueux titre de Sexy Academy), une BD tendre et d’une féroce acuité.

Les Nombrils, Tome 7, Un bonheur presque parfait, de Delaf et Dubuc, 52 p. couleur, Dupuis, 10 € 60

Les premières pages de l’album à découvrir ici.