Arnaud Labelle-Rojoux est un artiste que je connais depuis longtemps. Je le connais personnellement et artistiquement, ce qui est la même chose, si on suit la logique de l’art dans la vie, l’art comme moyen de rendre la vie plus intéressante que l’art (citation de Robert Filliou).
Véronique Pittolo
Tu as lu le dernier livre de Daniel Foucard ?
Dans une interview au sujet de Shining, Stanley Kubrick déclare sa déception vis-à-vis du cinéma parlant : On devrait retrouver le charme de la musique et du cinéma muet … Ça a coûté cher au cinéma de devenir parlant, j’aimerais faire un film avec les procédés du muet. Il regrette que le parlant soit devenu théâtral et démonstratif.
Je ne sais pas si les fleurs repousseront à Gaza ni si Gaza aura son Paul Celan un jour, dans dix ou vingt ans, pour rendre compte de sa destruction. Dans dix ou vingt ans, si Gaza existe encore. Mais elle a son anthologie aujourd’hui, des poèmes, des poètes, certains très jeunes, nés à l’aube des années 2000.
Chronologiquement, entre La Boétie et Lénine, il y a Lucini. Pas le comédien agité, non, parce que Lucini qui se prononce CHI, est un poète anarCHIste méconnu en France, né en 1867, mort en 1914.
En août 2024, traumatisée par la disparition de mon chat, je me suis interrogée sur ma relation aux animaux : l’idée que la mort d’un mammifère familier puisse susciter autant de désastre que celle d’un humain (émotionnel, sensible, sentimental), que peut-être s’agitent dans mon cerveau les mêmes neurones de désolation, m’interroge.
Qu’est-ce qui restera de l’art d’aujourd’hui, l’extrême contemporain, l’art en train de se faire ? Les créations des étudiants qui deviendront artistes, les productions des artistes célèbres, les méconnus d’aujourd’hui et les médiatiques de demain, que deviendront-ils ?
La rentrée littéraire offre chaque année une inflation de titres romanesques, de livres empilés, de propositions bankables. Des noms connus d’auteurs people ont rendez-vous avec le succès, chaque année, en septembre, en même temps que la rentrée des écoliers : il s’agit d’occuper le premier rang, d’obtenir à tout prix un Prix (littéraire), une médaille de qualité dans le sillage des Jeux Olympiques qui nous ont familiarisés avec l’esprit de concurrence.
Les crises, les guerres, les périodes de grande incertitude génèrent des œuvres, des romans, des questions. Si le Covid n’a pas encore eu son Guernica (mais est-ce nécessaire qu’il l’ait un jour ?), une littérature abondante (essais, articles, etc.), témoigne de l’effet gueule-de-bois de la pandémie sur nos vies, de la manière dont les politiques ont géré, souvent approximativement, cette période si particulière.
Chaque femme est un corps. Tous les corps sont mortels. La femme est mortelle. Je me souviens du syllogisme au cours de philosophie de Terminale, imparable, qui m’assurait preuve à l’appui que Socrate était bien mort il y a des siècles et des siècles. Tous les hommes sont mortels, dont Socrate, etc.
Quand une œuvre ou un artiste me plaît, je constate souvent un effet de réminiscence, de déjà-vu, déjà-entendu. Il y a eu quelque chose ou quelqu’un AVANT : avant Kurt Cobain, Neil Young. J’ai aimé Kurt mais Neil deux fois plus. Plus chevrotant dans les aigus, Kurt vient seulement APRÈS, après Neil Young (est-ce désolant ?). Une chose agréable n’est jamais entièrement autonome, la chose en soi n’existant pas, il y a toujours eu une chose un peu plus forte AVANT le présent de mon écoute distraite. La preuve, avant les New York Dolls, le VELVET, avant Beethoven, Mozart, etc., et tout ce que vous voulez, cela se discute, oui.
À travers ses trois ouvrages – Photocall, projet d’attendrissement (Petits Matins, 2021), Récupérer (Petits matins, 2015), La langue du garçon (Al Dante / Presses du réel, 2023) – y-a-t-il un rêve de livre unique ? À l’occasion de la parution de La langue du garçon, entretien avec Vincent Broqua.
«Occupy Masculinité aimerait tellement que le monde soit conjugué par d’autres pronoms, je, tu, iel, celleux, mais c’est pas gagné.»
– Tu n’as pas encore lu le livre de Massera ?
– Il en a écrit plusieurs, non ?
– Le dernier, tu devrais lire d’urgence son dernier livre !
La beauté est-elle compatible avec le désastre ? Le désir esthétique peut-il englober le constat de la catastrophe ?
Un texte inédit de Véronique Pittolo.