Il y a quelques semaines, Christelle Morançais (élue Horizons), présidente de la région des Pays de la Loire, annonçait que les prévisions pour le budget 2025 incluaient une diminution très importante, voire une suppression pure et simple de certaines subventions et aides pour un montant de cent millions d’euros. En ce qui concerne le domaine de la culture, cette suppression équivaut à la disparition de 73% de son budget de fonctionnement.

Dans L’Hypothèse K. (2023), Aurélien Barrau décrit le développement immodéré, voire autonome de la technique à l’heure de l’anéantissement biologique global comme un « techno-cancer », c’est- à-dire un « prométhome ». Les scientifiques spécialistes emploient dorénavant cette formule sans la moindre ambiguïté : « L’ampleur réelle de l’extinction de masse qui touche la faune a été sous-estimée : elle est catastrophique [et constitue] un anéantissement biologique. » (1)

On dit beaucoup de mal de Macron à propos du passage en force de la réforme des retraites. On le dit égotiste, arrogant et tout sauf habile. On oublie qu’il est l’homme de la situation, dont la fonction historique aujourd’hui consiste à poursuivre un projet qui le dépasse. Il convient en effet de se déprendre de la petite analyse « psychologique » pour considérer objectivement une politique qui, pour être brutale et parfois tragiquement irrationnelle, n’en a pas moins un sens précis dans l’histoire de nos sociétés.

Nous écrivons des livres, de la critique. Nous écrivons des livres de poésie, des romans, des essais, du théâtre. Nous composons de la BD. Nous publions des livres, des revues. Nous en vendons, nous en faisons la promotion, nous en étudions.

Donc, par définition, nous vivons dans un monde pluriel, nous voulons vivre dans un monde pluriel, nous le désirons : pluralité des pensées, des êtres, des groupes, des sociétés, des cultures, des récits, des subjectivités, des vies. Nous désirons ce qui rend possible et affirme cette pluralité concrète. Nous critiquons, nous contestons, nous nous opposons à ce qui la nie – ce qui en nie la réalité, la légitimité, la possibilité.

Voici ce qu’un songe ardent, derrière le front, m’incita à écrire.

Plutôt que des « barrages » contre les idées et les pratiques d’extrême-droite, ce sont des passoires que les social-démocraties du 21ème siècle ont délibérément construites. Une manière de trier dans la panoplie du pire, non de l’empêcher. Comment voir autre chose que la prolifération du pire et ne plus indexer à ce dernier notre rapport à la politique parlementaire ? Qu’y peut ledit Nouveau Front Populaire ?

De plus en plus d’artistes travaillent avec du « vivant ». Le contexte écologique y incite. La naissance du bio art dans les années 1980 en avait amorcé le mouvement avec, par exemple, l’encodage d’un dessin dans l’ADN d’une cellule par Joe Davis (Microvenus, 1986). Aujourd’hui, la connaissance a évolué, les sensibilités ont changé et les dimensions éthiques, environnementales et sanitaires résonnent d’une toute autre force. Elles réactivent sous un jour nouveau la question : tout est-il permis aux artistes ?

On dit beaucoup de mal de Macron à propos du passage en force de la réforme des retraites. On le dit égotiste, arrogant et tout sauf habile. On oublie qu’il est l’homme de la situation, dont la fonction historique aujourd’hui consiste à poursuivre un projet qui le dépasse. Il convient en effet de se déprendre de la petite analyse « psychologique » pour considérer objectivement une politique qui, pour être brutale et parfois tragiquement irrationnelle, n’en a pas moins un sens précis dans l’histoire de nos sociétés.

Seul sur son chemin, chaque pas mesuré, Emmanuel Macron marche dans son nouveau costume de Président au milieu de la cour du Louvre. Un souverain maîtrise le temps : le défilé solitaire va durer quatre longues minutes, il se termine par un dernier petit geste de la main vers la foule avant de gagner la tribune et de prononcer le discours inaugural du premier quinquennat. Les experts commentent le « moment solennel », « la France des Rois », « des Capétiens », « de François Mitterrand ». Dans l’enthousiasme débridé, on concède que c’est bien sûr une mise en scène dont on admire l’efficacité : le décor est planté.

« Légitime, c’est un très beau mot légitime. » Tels sont les mots d’Edmund, le « bâtard », qui cherche à prendre la place de son frère Edgar, « la place du haut : celle du légitime ». (Shakespeare, Le Roi Lear, traduction d’Olivier Cadiot, P.O.L, 2022). C’est vrai que c’est un beau mot légitime, comment ne pas être séduit par la beauté et la force de ce qui est fondé, juste et équitable. Et c’est peut-être cela qui frappe immédiatement à la lecture de cet article de Robin Lagarrigue publié le 27 janvier 2023 dans la Revue des deux mondes, « Ernaux – Houellebecq : les mêmes passions tristes ? », l’absence de légitimité.

Le commerce de la pensée a ceci de commun avec le commerce des détergents que l’on y fait volontiers passer la nouveauté pour l’innovation. Il a ceci de différent que les marques y sont très mal protégées. N’importe qui peut se dire philosophe (ou penseur). N’importe qui peut y ajouter « populaire ». N’importe qui peut qualifier de « populaire » n’importe quoi. Michel Houellebecq et Michel Onfray ne sont pas n’importe qui. C’est pourquoi leur récent dialogue paru dans la revue Front Populaire n’est pas n’importe quoi, bien que ce qui s’y dit le soit.