Je parle aux murs ? Tout enseignant l’aura pensé, au moins une fois. Je regarde mes élèves, je les écoute parler, je ne comprends rien. Sauf ceci : une distance immense, des kilomètres, des siècles. Plus : la certitude qu’aucun geste de ma part, ni de leur part, ne pourra jamais la réduire cette distance. De quoi s’agit-il ? Ça veut dire quoi que je parle aux murs ? Trouble de l’attention ? Distance générationnelle ? Culturelle ? Sociale ? Que puis-je faire ? Peut-être, au fond, rien.

Le Rienologue est le dieu de la Bourgeoisie actuelle ; il est à sa hauteur, il est propre, il est net, il est sans accidents. Ce robinet d’eau chaude glougloute et glouglouterait in saecula saeculorum sans s’arrêter. Honoré de Balzac, Les Journalistes

Le 12 janvier 2019

Christophe Prochasson,

Vous vous êtes engagé, ainsi que votre institution, l’EHESS, dans un combat contre les « dérives autoritaires » en Europe et les « atteintes intolérables à la liberté de penser » en Hongrie (Voir votre lettre du 10 décembre 2018, figurant sur la page d’accueil du site web de l’EHESS).

« Lycée Mozart 93 – des besoins, des désirs pas de moyens, c’est ça la violence » : voilà ce qui était inscrit sur la banderole du lycée Mozart du Blanc-Mesnil que des CRS ont confisquée aux professeurs partis manifester à Saint Lazare le samedi 8 décembre à l’appel du comité vérité et justice pour Adama pour rejoindre la manifestation des gilets jaunes.

Le poète et artiste palestinien Ashraf Fayadh a été accusé et déclaré coupable d’apostasie par le tribunal général d’Abha, en Arabie Saoudite, où Ashraf Fayadh résidait. Dans un premier temps, Ashraf Fayadh a été condamné à mort. En 2016, cette sentence a été remplacée par un emprisonnement d’une durée de 8 ans – emprisonnement auquel s’ajoute une peine de 800 coups de fouet.

Emmanuel Macron aime lire. On connaissait déjà son goût pour la mythologie grecque antique, voilà qu’il dégaine à présent son amour du romanesque, dans un entretien à la Nouvelle Revue Française (pas moins). Son amour, ou plutôt celui qu’éprouve le « peuple français », épris d’aventures hautes en couleurs, de drame, voire d’un certain sens du tragique qui met en valeur les contrastes et exacerbent les émotions.

Page d’accueil de la plateforme « ParcourSup »

Nous, professeurs de lycée, sommes confrontés aujourd’hui aux côtés de nos élèves au nouveau système ParcourSup censé garantir l’accès au post-bac pour les élèves de Terminale. L’État a prétendu par la voix de Jean-Michel Blanquer, Frédérique Vidal et Emmanuel Macron que ce système permettrait de remédier à l’injustice flagrante qui avait ému l’opinion l’an dernier : la sélection arbitraire des bacheliers par tirage au sort. En vérité, cette nouvelle fake news étatique est là pour cacher l’absence flagrante de toute politique de création de postes dans le Supérieur et de construction de nouvelles universités qui, de fait, prive un grand nombre d’élèves de toute poursuite d’études. C’est ainsi, au bas mot, l’équivalent de dix Universités qu’il faudrait créer pour accueillir dignement les élèves.

Vue de sa partie la plus occidentale, l’Union Européenne semble parfois composée de méchants et de gentils. Les évocations de la Pologne ou de la Hongrie s’accompagnent en particulier de subites poussées colériques et d’indignations. Il en va alors des valeurs démocratiques, du respect de l’État de droit, du progrès mis à mal par des régimes indignes de l’héritage commun. On se lamente qu’au cœur d’un ensemble déjà si fragilisé, refluent des politiques peu conformes avec l’idéal du moi européen. Pendant ce temps là, les rapports sévères et glacés du défenseur des droits à l’encontre de la France, comme les actions juridiques émanant d’associations comptent pour du beurre. Toute comparaison au sujet des libertés, du respect des conventions internationales ou de la dégradation partielle de nos droits se voit, soit écartée, soit reléguée à des différences de nature, sinon de degrés éloignés.

Des enfants évacués de La Ghouta

380 000 personnes sont actuellement piégées dans une nasse infernale en Syrie, dans la région de la Ghouta orientale, à l’est de Damas. Leur survie physique et politique s’organise grâce à des structures civiles et administratives qui, créées il y a cinq ans, résistent à la fois au régime officiel de Bachar Al-Assad et aux brigades et groupes islamistes.

Jean-Michel Blanquer, farouche opposant à l’écriture inclusive, jugée « très laide »

Depuis quelques jours en France, se dévoile le théâtre désastreux de la misère impondérable de la Réaction politique qui, chose cependant assez nouvelle dans l’histoire immédiate, s’attache pour une fois à l’usage de la langue et à son renouvèlement par l’écriture inclusive. De fait, depuis bientôt un mois, de Jean-Michel Blanquer en passant par Édouard Philippe, chacun (des hommes) fustige l’usage de cette écriture inclusive en se réclamant d’autorité d’un usage unique et normé de la langue, celui rappelé il y a peu par la toujours déjà moribonde Académie française, toujours prompte à sortir de son cénotaphe de la rive gauche pour venir annuler toute forme d’émancipation.

Dimanche 15 octobre 2017, quelques réflexions en vrac.

Je lisais ce matin la tribune d’Isabelle Adjani dans le JDD à propos de l’affaire Harvey Weinstein, j’ai particulièrement apprécié le passage où elle évoque le cas des mœurs françaises, le fameux GGG (galanterie – goujaterie – grivoiserie) qui fait des femmes et en l’occurrence des actrices des proies ou des victimes d’agressions ou pressions psychologiques et / ou physiques.

« Le baccalauréat constitue l’un de nos derniers rites initiatiques, mais sa valeur réelle est bien inférieure à sa valeur symbolique. Je souhaite simplifier le bac » : tels sont les quelques mots lapidaires par lesquels Emmanuel Macron, alors candidat, appelait de ses vœux une profonde réforme de l’examen national sitôt son élection venue. Désormais président, Macron fait de la réforme du baccalauréat qu’il qualifie encore de « totem rigide » du système scolaire l’un des chantiers prioritaires de son quinquennat comme l’a encore mis en lumière sans détours le discours de politique générale d’Édouard Philippe. Le premier ministre a ainsi dévoilé le calendrier de « l’évolution profonde » du baccalauréat qu’il entend échelonner de 2018 jusqu’à 2021, en resserrant, précise-t-il, sur 4 matières qui seraient en contrôle terminal alors que les autres feraient l’objet d’une évaluation tout au long de l’année selon les modalités du contrôle continu.

Sur cette image, Vanesse Burggraf essaie d’épeler « oignon » à la ministre

Peut-être faudrait-il rappeler ici à Vanessa Burggraf, au regard de la terrible séquence qui l’a opposée à Najat Valaud-Belkacem dans On n’est pas couché, ces quelques mots très simples de Madame de Duras, et cela devant une nouvelle séquence de désinformation assénée avec la tranquillité de la bêtise à front de taureau : « Le vrai fait ce qu’il peut ; le faux fait ce qu’il veut. »

« Fabuleuse Angot », « Abjecte Angot » : tels étaient les deux expressions qui, hier soir, porté d’enthousiasme ou de détestation, ont couru sur les réseaux sociaux (le lieu du canapé télévisuel) pour venir qualifier tour à tour sinon parfois conjointement le débat ou plutôt l’attaque de Christine Angot devant François Fillon sur France 2. Peut-être plus que la prestation tantôt spectaculaire tantôt minable pour certains, tantôt littérature pour les uns, tantôt mortifère pour les autres, il s’agit sans doute de revenir sur ces réactions mêmes qui, plus qu’Angot elle-même, disent dans quel état nous sommes et dans quel état la télévision quand elle se veut politique nous met.