Mieux vaut lire Pétrole que d’aller voir le spectacle de Sylvain Creuzevault à l’Odéon théâtre de l’Europe. Ou alors quitter la salle dès que possible puis aller relire ne serait-ce que le début du livre, ou le lire tout court.
théâtre de l’Odéon
Les émigrants, dernier spectacle du metteur en scène polonais Kristian Lupa fait événement par sa seule présence dans la programmation de L’Odéon en ce début d’année 2024 : le monde du théâtre en a suivi le laborieux accouchement après les tensions qui ont accompagné et interdit sa création à Genève puis en Avignon au cours de l’été.
Cette heure ! et voilà tout. Pour nous, plus rien qu’une heure
Après, qu’importe ? il faut qu’on oublie ou qu’on meure.
Ange ! une heure avec vous ! une heure, en vérité
A qui voudrait la vie, et puis l’éternité !
Hernani, Victor Hugo, 1830
On revient toujours à Tchekhov. Même si c’est la première fois pour Galin Stoev en France, monter Tchekhov c’est reprendre une histoire, y ajouter une variation, y apporter une nuance pour explorer toujours un peu plus subtilement les méandres de la vie qui passe. Et Oncle Vania, chant du piétinement et de la résignation, en est l’incandescent canevas. Sans cesse recommencée, la tentative de tisser la vie autour du vide donne lieu à des jeux d’équilibriste sur le fil entre le sens et son absence.
C’est comme un marronnier un peu rassurant à la rentrée : un nouveau spectacle de Stéphane Braunschweig en ouverture de saison à l’Odéon. Cette année c’est le texte d’un auteur norvégien, déjà plusieurs fois mis en scène par Braunschweig, qui offre leur partition aux huit acteurs réunis pour tisser devant nous quelques histoires familiales douce-amères.
Ils sont là pendant qu’on entre et qu’on s’installe. Ils restent là pendant qu’on bavarde et qu’on les observe. Quelques corps étranges, tordus ou avachis, immobiles ou agités dans des traversées déterminées mais sans but du plateau blanc, « clinique ».
Il fait froid ce lundi 15 mars sur l’agora de l’Odéon. La pluie menace, c’est la catastrophe si elle tombe ça va mouiller l’encre de mon cahier. Mais bon. Y’a plus grave et sérieux. La vie. On a chaud. Les théâtres sont occupés. Qu’ils s’occupent ! Pendant ce temps je fais le bel Artaud le Momo le Gogo Suprême. Car la lutte ne peut pas attendre.