Pour fêter le trou noir provoqué par notre spécialiste du genre, Aurélien Barrau, avec sa tribune publiée jeudi dernier (plusieurs centaines de milliers de nouveaux lecteurs en quelques heures ou le test grandeur nature des capacités d’accueil de notre serveur, on reconnaît là le scientifique), retour sur les enjeux de notre magazine, trois ans après sa création.

Voilà bientôt une année, comme par surprise à soi, que Prince nous a quittés, jour pour jour. Ce sinistre premier anniversaire est marqué par la sortie d’un EP inédit, Deliverance, sans doute écrit et interprété entre 2006-2008, période féconde pour celui qui se faisait appeler The Artist mais aussi par une somme de biographies dont on retiendra, lumineuse, érudite et généreuse, celle d’Alexis Tain, Prince : Le Cygne Noir à la Découverte.
Car on le sait désormais depuis un an, comme une rumeur folle, comme une évidence indépassable : Prince n’aura vécu que 8 ans.

Les César, le Festival de Cannes se plient à leur manière à la pratique obligée de l’hommage avec la séquence « ils nous ont quitté cette année »… et la rubrique « Portraits » de Diacritik a parfois pris des allures d’obituaire, au corps défendant de la rédaction tout en assumant la relative nécessité de l’exercice. Mais dans ces pages, si Cimino, Bonnefoy, Bowie, Ricardou, Prince, Scola, Akerman, côtoient Daho, Lefranc, Benoît Virot, Renaud Monfourny, Enki Bilal, c’est pour mieux revenir, analyser, éclairer, en prenant le temps du recul et pour aller plus loin que l’immédiateté journalistique. Pour « Portraitiser » en somme, pour reprendre le terme de Jean Vautrin dans Le voyage immobile.

Prince par Rodho

La musique adoucit les mœurs, dit l’adage. Et ce ne sont pas Galien de Pergame, MC Solaar ou Arnaud Rakoon qui prétendront le contraire. Avec 1Song1day ou Into the Groove, les rubriques musicales de Diacritik saison 1 signées de notre spécialiste attitré, la musique a bien évidemment droit de cité au sein du magazine. Ni compil’, ni best-of, Un été 2016 : Sing City, c’est un retour sur les découvertes et les coups de cœur, mais aussi (et malheureusement in memoriam), un regard dans le rétro de l’année avec les décès de David Bowie – premier choc tellurique – et de Prince –  réplique aux effets non moins planétaires.

Depuis 1980, Prince n’a cessé de s’inventer depuis sa mort, depuis ce qu’il a pressenti être son irrémédiable disparition à chacun, depuis ce moment où, sans que l’on sache quand, dans une scène primitive, noire et dérobée, il aura su sans doute voir combien sa musique devait procéder avec méthode d’une Apocalypse d’outre mesure et d’outre temps.

Prince en 1980
Prince en 1980

Sans doute Prince pourra-t-il demeurer dans les mémoires chacune pour avoir été le premier musicien né après la musique. Sans doute, comprend-t-il, un soir d’avril 1980 alors qu’il vient achever quelques dates de sa première tournée, dans un temps décidément où il ne parvient pas encore à naître à lui-même en dépit de déjà deux albums où sa voix tente de forer le lisse de toute chanson, sans doute saisit-il ainsi au volant d’une voiture dont le souvenir est inconnu de nous que toute chanson est finie.