« J’entretiens un rapport assez distant à la mélancolie » confiait, il y a quelques semaines, Paul Otchakovsky-Laurens à la sortie de son film Éditeur, alors considéré comme reviviscence d’un homme et désormais, depuis cet accident de voiture qui lui ôté la vie en Guadeloupe cette nuit, à tenir comme son lumineux et confiant testament.

Jérôme Lindon et Samuel Beckett (DR)

Benoît Peeters (écrivain, directeur des Impressions Nouvelles) et Laurent Demoulin (auteur du tout récent Robinson chez Gallimard) se sont livrés à un brillant et plaisant exercice : un grand entretien à deux, autour des éditions de Minuit et de Jérôme Lindon, que Diacritik, via Jacques Dubois, a le bonheur de publier, en deux parties (retrouvez la première ici).

Benoît Peeters par M-F Plissart

Benoît Peeters (écrivain, directeur des Impressions Nouvelles) et Laurent Demoulin (auteur du tout récent Robinson chez Gallimard) se sont livrés à un brillant et plaisant exercice : un grand entretien à deux, autour des éditions de Minuit et de Jérôme Lindon, que Diacritik, via Jacques Dubois, a le bonheur de publier, en deux parties.

Josyane Savigneau publie un recueil de rencontres et portraits, sous le signe de La Passion des écrivains, quand bien même tous les textes ici rassemblés ne concernent pas des auteurs stricto sensu : 29 articles donc, présentés comme des « exercices d’admiration », dessinant la cartographie d’« un paysage qui aujourd’hui commence à s’éloigner », une vue en coupe du champ littéraire de ces trois dernières décennies, Robbe-Grillet, Patricia Highsmith, Simone de Beauvoir, Toni Morrison, Dominique Rolin, Jérôme Lindon, Joyce Carol Oates, etc.

Michel Butor

« Il me semble que le voyage nous apporte une aide sensible, surtout le voyage lointain ; il ne s’agit pas là d’une distance en kilomètres, il s’agit de trouver des hommes différents : de trouver l’envers. » : tels sont, dans le bref et concis dialogue de Vanité, les quelques mots généreux et clairs d’œuvre lancés par Michel Butor au seuil des années 1980 qui pourraient, au lendemain de sa désormais mort à nous parvenue, venir se tenir à la lisière de son écriture comme pour en tracer l’intime parcours, comme pour s’en dresser comme l’indéfectible épigraphe et dire le projet de l’homme Butor et l’écrivain tout entier écriture : trouver l’envers.

Jean Ricardou
Jean Ricardou

« Le roman n’est désormais plus l’écriture d’une aventure mais l’aventure d’une écriture » écrivait en 1963 l’encore inconnu Jean Ricardou à propos d’un roman de Claude Ollier dans une formule réversible et éclatante de justesse qui, par sa force intrusive à venir dire l’époque, s’est imposée au fil du temps comme un citation presque sans homme, une phrase vidée de tout auteur qui, plus que de synthétiser un geste d’écrire, vient à le révéler, vient à le soulever, vient à créer ce qui allait bouleverser du 20e siècle tout récit : le Nouveau Roman. Car il ne serait pas faux de dire qu’en ce jour où Jean Ricardou nous a quittés que le critique est le père du Nouveau Roman, qu’il est l’homme qui, sans doute davantage qu’Alain Robbe-Grillet et Jérôme Lindon, a su donner du Nouveau Roman son image, a su, depuis ce 1963 de naissance, faire apercevoir la phrase par où le texte deviendra la maxime et l’impératif catégorique des hommes d’alors : a su créer le Nouveau Roman. Comme si Jean Ricardou était, à lui seul, depuis cette mort qui aujourd’hui le vient frapper, l’unique Nouveau Romancier de l’histoire du 20e siècle, son aventurier le plus déraisonnable et le plus accompli, l’homme qui disparaît derrière le texte, qui devient le texte et sa critique jusqu’à une mort sans retour.

Yan Gauchard
Yan Gauchard

Paru au cœur de cette rentrée d’hiver aux éditions de Minuit, Le Cas Annunziato, premier roman de Yan Gauchard (lire sur Diacritik l’article de Laurence Bourgeon), s’impose déjà comme l’une des plus belles et plus fortes réussites de cette année 2016. Contant l’histoire rocambolesque et pourtant statique de Fabrizio Annunziato, traducteur prisonnier d’une cellule de Fra Angelico à Florence, Yan Gauchard livre un roman distancié et joueur de la disparition ainsi qu’une fable politique sur l’Italie berlusconienne des années 2000. Diacritik a interrogé Yan Gauchard le temps d’un grand entretien sur son puissant premier roman.

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Dans les décisives et ardentes premières pages de Critique et clinique, son bientôt ultime ouvrage, Gilles Deleuze, à la lisière crépusculaire et impuissantée de sa propre mort, se saisit de l’écriture comme d’un grand cri de vie contre le néant, défend le geste d’écrire comme ce qui rédimera le vivant devant toutes les disparitions, et déclare depuis sa coutumière vigueur que « La littérature est une santé ». Nul doute qu’une telle sentence, qui porte la littérature à ce point d’incandescence du vivant qui, coûte que coûte, veut demeurer en vie, résonne de toute sa fureur dans le splendide récit tout de roman qu’est Le Cheval de Claude Simon, enfin magnifiquement réédité par les soins de Mireille Calle-Gruber, et tout juste paru aux éditions du Chemin de Fer dans l’inventive collection « Micheline ».