Longtemps la curiosité eut mauvaise réputation. Elle était le vilain défaut par excellence. Les religions la décriaient, les moralistes s’en méfiaient. Il est vrai que, confondue avec l’indiscrétion ou l’espionnage, elle était (et reste) peu vertueuse. En revanche, en ce qu’elle conduit à la connaissance dans son immense variété, elle se confond avec la vie même.

L’imaginaire de la cabane, Marielle Macé le souligne dans son petit livre, connaît un engouement frappant dans différents domaines de la pensée depuis quelques années : en littérature, en anthropologie, en philosophie, en politique. Il est paradoxal que les deux auteurs dont il est question ici, Marielle Macé donc et Lionel Ruffel, choisissent d’en décliner le motif à leur tour pour y installer l’énergie politique de re-création que tous deux professent, promeuvent, espèrent et appellent – car la cabane, après tout, évoque d’abord le repli, la sortie du monde.

C’est un nouvel essai fort et vif sur le contemporain que fait paraître ces jours-ci Laurent Demanze en dessinant ce qu’il nomme Un nouvel âge de l’enquête. D’Emmanuel Carrère à Hélène Gaudy et Ivan Jablonka en passant par Philippe Artières ou Philippe Vasset, Laurent Demanze dessine un territoire dans lequel les écrivains contemporains explorent la société et le monde en se saisissant à nouveaux frais de l’enquête. Diacritik a rencontré l’essayiste le temps d’un grand entretien pour explorer avec lui cette enquête indisciplinée, aux frontières de la sociologie et du roman noir.

Indispensable et résolument neuf : tels sont les termes qui viennent immédiatement à l’esprit pour évoquer Qu’est-ce que la pop’philosophie ? de Laurent de Sutter qui vient de paraître aux PUF. Essai déterminant sur la nature de ce que Deleuze a pu nommer « la pop’philosophie », Qu’est-ce que la pop’philosophie ? s’impose également comme l’une des plus pertinentes réflexions menées sur la pensée et l’œuvre de Deleuze et comme un puissant manifeste des travaux même de Laurent de Sutter. Diacritik ne pouvait manquer d’aller à la rencontre du pop’philosophe pour évoquer avec lui les grandes questions qui traversent son essai.

En marge du roman, de son succès visible et bruyant, de ses aventures trépidantes, s’est inventée une autre histoire de la littérature narrative. C’est cette histoire que dessine ici Dominique Rabaté dans La Passion de l’impossible, pour suivre tout au long du XXe siècle les devenirs du récit de Paludes d’André Gide à Pierre Michon.

Friedrich Kittler (2009)

Friedrich A. Kittler est, selon ses propres dires, un enfant de la guerre, et pratiquement toute sa recherche a porté sur le rapport étroit ou la rétroaction/feed-back, comme il l’appelle, entre technologies de guerre et technologies de média. Média sans « s », ce n’est pas une coquille, car le terme sort à la fois de la conception des présocratiques de médium, les premiers étant les quatre éléments, dans le sens d’un moyen de passage, et de son extrapolation vers d’autres moyens, plus abstraits, moyens de stocker, de transmettre et de traiter de l’information. La guerre et ses techniques étant les premiers à développer et faire évaluer ces média, la conclusion de Kittler semble s’imposer. Mais pour avoir creusé cette question pendant plusieurs décennies, Kittler sait aussi que cela ne suffit pas pour combler une vie.

L’écriture, pour Siri Hustvedt, est un yonder. Ce mot étrange est, comme elle l’écrit dans Plaidoyer pour Éros, qui paraît enfin en poche chez Babel, un « exemple de magie linguistique : il identifie un nouvel espace – une région médiane qui n’est ni ici ni là –, un lieu qui tout simplement n’existait pas pour moi avant d’être nommé ».

Carolin Emcke

Philosophe mais aussi bien reporter de guerre, s’inspirant de l’esprit d’ouverture qui caractérise certaine gauche radicale allemande, Carolin Emcke vient de nous donner un essai magnifique dont l’objet est la haine et la violence telles qu’elles se déploient dans le monde d’aujourd’hui et sur bien des fronts. Comment les interpréter ? Comment les mettre en échec là où nous sommes ?

« Le chiffonnier de Paris fut l’homme à tout faire, le maître Jacques du XIXe siècle, à la fois rôdeur inquiétant des faubourgs, agent essentiel des progrès de l’industrie, et figurant coloré des arts et des lettres » : Antoine Compagnon consacre un livre à cette figure méconnue et néanmoins cardinale d’un siècle, un essai né d’un séminaire au Collège de France (2015-2016).

L’Énigme Tolstoïevski paraît aujourd’hui, nouveau paradoxe d’un menteur, pour décaler le titre du premier essai de Pierre Bayard (1993), fondateur d’une collection des éditions de Minuit comme d’une œuvre tout entière sous le signe d’un jeu à la fois sérieux et ludique, visant à transformer notre rapport à la littérature, donc à la représentation du monde.