Pour reprendre une phrase de Pierre Michon que cite Johan Faerber, le Grand écrivain c’est « l’épuisant cinéma du génie », une manifestation et mise en scène de l’auteur par lui-même. La pose pourrait être seulement « ubuesque et mégalo » (Michon toujours), en cela divertissante, si elle ne prenait pas, trop souvent, des accents nationalistes. C’est cette fabrique que décrypte Johan Faerber, celle d’un Grand écrivain que le public, les médias comme la politique — voire l’enseignement et l’édition — appellent de leurs vœux, dans un essai décapant qui paraît aujourd’hui et que nous présente son auteur dans un grand entretien.

Stimulant et neuf : tels sont les deux termes qui viennent à la lecture de Marguerite Duras de Simona Crippa, paru récemment. Sobrement intitulé Marguerite Duras, cet essai interroge avec vigueur l’ensemble de l’œuvre de Duras, depuis Les Impudents jusqu’à C’est tout, de 1943 à 1995, en prenant le parti de présenter à la fois la vie et l’œuvre de Duras au filtre même de la mythologie. Si, parce qu’elle est une figure célèbre au-delà de toute célébrité, décriée au-delà de toute polémique même, Duras est un véritable mythe, l’autrice n’avait cependant jamais été sondée avec rigueur depuis la puissance d’un chant évoquant aussi bien les héroïnes de la mythologie antique que la diction de l’aède. Autant de raisons de partir à la rencontre de la spécialiste de Duras le temps d’un grand entretien.

L’écriture, pour Siri Hustvedt, est un yonder. Ce mot étrange est, comme elle l’écrit dans Plaidoyer pour Éros, qui paraît enfin en poche chez Babel, un « exemple de magie linguistique : il identifie un nouvel espace – une région médiane qui n’est ni ici ni là –, un lieu qui tout simplement n’existait pas pour moi avant d’être nommé ».

Ce ne sont pas seulement deux livres publiés aux éditions du Seuil que les jurys du prix Medicis ont couronnés ce mercredi 2 novembre 2016. Ce serait réduire la portée symbolique de ce double choix, cette extension du domaine littéraire, la reconnaissance d’un jeu avec les frontières essai/récit, réel/fiction, longtemps considérées comme étanches, du moins en France. Pourquoi choisir Laëtitia d’Ivan Jablonka pour le Medicis roman et Boxe de Jacques Henric pour le Medicis Essai sinon dans l’idée implicite que les deux livres auraient pu figurer dans l’une comme dans l’autre des deux catégories, vidant les étiquettes génériques de leur sens étroit ? Ce prix ne fait qu’un et doit être lu comme un diptyque.