Dans son livre La conspiration des enfants, essai pour les périodes asphyxiantes et les peuples qui manquent, Camille Louis nous place tout de suite dans un grand écart entre plusieurs lieux toxiques, entre la Grèce, la France, la Grande-Bretagne et l’Amazonie, entre incendies ravageurs, cendres toxiques, autant de migrations forcées et indispensables que d’enfermements réels et imaginaires. Ce n’est pas seulement un déplacement dans l’espace, mais aussi dans le temps, bien plus large que les quelques dates indiquées au fil du récit.

L’Enquête infinie est le troisième livre de Pacôme Thiellement publié dans la collection “Perspectives critiques”, dirigée par Laurent de Sutter aux PUF, après La Victoire des Sans Roi en 2017 et Sycomore Sickamour en 2018. Avec ses 552 pages, c’est de loin l’ouvrage le plus volumineux des trois – et probablement de cette collection. Le dernier chapitre de son livre précédent, Tu m’as donné de la crasse et j’en ai fait de l’or (Massot Éditions), sorti pendant l’hiver 2020 peu avant que l’épidémie de Covid-19 ne soit déclarée pandémie, s’intitulait Nous n’avons plus beaucoup de temps. On pouvait y lire que “si nous vivons un âge sombre (…), inquiétant (…), si la fin du monde c’est nous (…), la vie c’est nous. La richesse, c’est nous. La puissance, c’est nous (…). Le sens de la vie, c’est nous.” Je partage avec l’auteur de ces lignes un certain nombre de passions et d’humeurs, dont la mélancoliele mal de l’âme, comme on l’appelait dans les temps anciens. La mélancolie, moteur de l’écriture, contre la nostalgie.

S’il y a un seul essai à lire en ce moment, c’est bel et bien celui de Mark Alizart : le vif et puissant Coup d’état climatique qui vient de paraître aux PUF. C’est de loin la réflexion la plus remarquable et tonique qu’on a pu tenir sur les questions climatiques, et en particulier sur la question de l’usage politique du réchauffement climatique.

« Ce qui reste, les poètes le fondent » clamait, on s’en souvient, Hölderlin en des termes confiants mais hagards. Nul doute qu’un tel vers, qui se propose d’œuvrer à ce qui demeure contre toutes les destructions, pourrait servir d’exergue lumineuse à une exploration des périphéries qui circonscrivent la ville.

« Oui, je voulais parler » : ainsi s’achevait le texte publié par Édouard Louis dans Next en 2014, Le plus étonnant pour moi, un texte présenté comme la matrice possible de son second roman. Vouloir parler, comme un je peux et je dois, malgré tout ce qui m’en empêche, le sujet, la honte, la fuite nécessaire, le fait d’avoir déjà dit et redit ce qui s’est passé, à des anonymes (l’infirmière, le médecin, les flics) comme à des proches.