Peut-être que la SF nous dit simplement que nous ne sommes pas de ce monde. Que ce monde nous est commun et étranger en même temps. Peut-être que la SF, quand elle est cette radicale expérience de pensée au-devant d’elle-même, a cette capacité à restituer l’étrangeté de la pensée, par le détour de la fiction. A cette capacité à donner l’impact du démembrement divin opéré par le virtuel. C’est en tout cas ce sur quoi Orbital d’Elsa Boyer nous amène à réfléchir : la part d’insaisissable et sa langue d’oubli, celle des machines, celle du fantasme, celle de la fiction.

Un essai remarquable de Valérie Gérard, Les formes du chaos, nous rappelle que Virginia Woolf fut non seulement un des grands écrivains métaphysiques anglais du XXe siècle, l’équivalent féminin en prose de T.S. Eliot (la conversion de celui-ci au christianisme rendant plus tangible cette interprétation), mais également une auteure politique et sociale, consciente des aliénations de son temps. Prise dans l’étau des deux catastrophes majeures que furent 1914-1918 et 1939, elle n’a cessé d’explorer de nouvelles formes pour les confronter au chaos des guerres, à l’arrogance de l’Empire, à la toute-puissance du patriarcat.

Changement de saison. Il est grand temps de circuler plus librement dans le Terrain Vague. Chacun le fera à sa manière, tirant le fil de ses obsessions, tout en gardant un regard ouvert sur ce qui arrive, sous forme de message adressé, ou par hasard, retenant ce qui s’est fait prendre dans la toile que tissent ces déambulations. Mais ce n’est pas en critique que le diariste chemine : plutôt en compositeur, ou en dessinateur – il faut être les deux pour élaborer une partition qui tienne à la fois la table et le mur (le carnet de notes et l’écran).

Stimulant, novateur et indispensable pour qui veut penser l’écologie : autant de qualificatifs qui affirment ici l’enthousiasme de lecture qu’offre L’Ange de l’Histoire : Cosmos et technique de l’Afrofuturisme que Frédéric Neyrat vient de signer aux décidément passionnantes éditions MF. De manière profondément originale, Neyrat jette ici les fondements d’une pensée écologique qui, au-delà de Bruno Latour, se saisit de l’Afrofuturisme, de son imaginaire et de sa puissance politique pour repenser l’écologie. Et si l’écologie était le signe du refus d’une révolution copernicienne ? L’écologie pense-t-elle notre rapport au cosmos ? Accepte-t-elle l’étranger ou reconduit-elle l’anthropocène qui se fonde sur l’esclavage et le meurtre des femmes et des hommes noirs ? L’écologie, pour s’affirmer, doit-elle prendre en charge la question de la race comme l’y invite l’Ange Noir de l’Histoire ? Autant de questions brûlantes que Diacritik est allé poser à Frédéric Neyrat le temps d’un grand entretien.

Essentiel : tel est le mot qui vient à l’esprit pour qualifier Tracer des lignes, le bref et percutant texte d’intervention que la philosophe Valérie Gérard vient de faire paraître aux passionnantes éditions MF sur la mobilisation contre le pass sanitaire. Car, depuis cet été, tous les samedis, on le sait, défile dans les rues de France un mouvement allant jusqu’à rassembler près de 300 000 personnes militant contre la mise en place d’un pass sanitaire. Mais qui compose réellement ce mouvement ? Lutte-t-il pour les libertés ou n’est-il qu’une variante d’extrême droite de la Manif pour tous qui a décomplexé l’homophobie en France ? A l’heure où l’antisémitisme règne sur les plateaux télé, cette lutte contre la dictature sanitaire et les grands groupes pharmaceutiques n’est-elle pas un nouveau tremplin pour les contre-révolutionnaires ? Autant de questions complexes et délicates que Diacritik ne pouvait manquer d’aller poser à l’autrice du déjà remarquable essai Par affinité. Amitié politique et coexistence le temps d’un grand entretien.