S’il est toujours stimulant de réagir après lecture d’un ouvrage qui nous a “parlé” (même si son écriture s’avère aux antipodes de ce qu’on entend par parole ; même si dans un premier temps les mots nous manquent pour transcrire ce que notre corps et notre mémoire ont enregistré), il l’est davantage encore quand cet ouvrage dégage de vraies qualités graphiques. Souvenir des plus communs : l’émotion qui saisit l’écrivain au moment où, son livre venant de sortir des presses, il peut enfin le toucher, humer ses odeurs, d’encre et de papier, et en tourner les pages. Il m’est arrivé d’entendre, de la bouche d’auteurs pourtant exigeants, que leurs écrits pourraient être imprimés sur n’importe quel support, à partir du moment où le manuscrit est respecté. Mais personnellement, je n’ai que peu de plaisir à lire les ouvrages mal fagotés, mal composés, mal imprimés (et ne parlons pas des liseuses ou l’on peut changer la mise en page ou la police de caractères à volonté). Dans la réussite d’un livre imprimé, tout compte ; et tout devrait être pesé, jusqu’aux détails les plus insignifiants.

Publié une première fois en 1993 par les Éditions Plume, De Berlin à Broadway, imposant recueil d’Écrits de Kurt Weill établi par Pascal Huynh, est réédité aujourd’hui par les Éditions de la Philharmonie de Paris. Réédité ? Mieux que cela : “Repris et révisé dans sa totalité, le corpus initial de soixante-huit textes se voit aujourd’hui augmenté de vingt-six textes allemands, de quatorze textes de la période américaine et d’un entretien en français réalisé par Gabrielle Buffet-Picabia au printemps 1933 avant la création des Sept Péchés capitaux.”