Est-ce un jeu tragique, une mise en abyme, une tentative de saisir le monde d’aujourd’hui ? Dans son roman Trash Vortex, Mathieu Larnaudie dresse le portrait d’une société obsédée par sa propre fin, en s’emparant du motif des gyres de déchets, notamment plastiques, qu’on retrouve dans l’océan. À travers quelques figures, souvent choisies parmi les élites politiques et économiques (la riche héritière, le directeur de cabinet, le réalisateur à succès…), le roman offre une analyse sociologique, psychologique et poétique de personnages de notre époque, qui pourraient sortir des limbes pour relancer une autre forme d’Histoire. À l’équilibre entre aventure et métaphore, Trash Vortex est aussi une invitation à être pleinement présent au monde, comme l’a souligné Mathieu Larnaudie dans le grand entretien qu’il nous a accordé.

Entretien avec Laure Gauthier au sujet de son dernier livre, mélusine reoladed, où il est question, entre autres, de politique, d’écologie, de contes et de dystopies, d’imaginaire, de poésie, ou encore de Jean-Luc Nancy. Quand l’imaginaire littéraire devient un des points de vue à partir duquel penser notre monde et peut-être l’habiter.

L’Histoire commence un lundi comme les autres, alors que Berlin « remue derrière son écran de brouillard ». Mais ce lundi 20 février 1933 « ne fut pas une date comme les autres » : au bord de la Spree, « vingt-quatre costumes trois pièces » se réunissent secrètement dans un salon feutré du Reichstag. Ils sont le « nirvana de l’industrie et de la finance » qui va lever des fonds pour le parti national socialiste, premier rouage d’une mécanique inexorable dont nous connaissons les conséquences.

Alors que sortent quasi-simultanément en librairie le cinquième et dernier tome de l’intégrale du Génie des Alpages chez Dargaud (dévoilant les esquisses parfois poussées d’un album inédit) et la restauration en bichromie chez 2042 d’un album, Le Char de l’État dérape sur le sentier de la guerre (Casterman,1987), un important accrochage d’originaux du dessinateur au musée Tomi Ungerer nous conduit à mettre en pause les chroniques du Terrain vague – donc à sortir de notre réserve pour aller voir de plus près comment le trait de Richard Peyzaret dit F’murrr (avec trois « r » et un « m » minuscule, comme je le vois le plus souvent écrit aujourd’hui, alors qu’il y a peu, on lui accordait la majuscule du Chat Murr d’Hoffmann) tient le mur (avec un seul « r »), quel que soit son cheminement dans la page, et l’esprit qui le sous-tend.

Le sort des femmes, soit le thème de l’essai de Colette Soler Lacan et l’Être femme (Puf). Soler et non « Sollers », qui a quant à lui commis un célèbre roman en la matière, Femmes (Gallimard, 1983) et s’ouvrait sur la phrase programmatique suivante : « Le monde appartient aux femmes. / C’est-à-dire à la mort. / Là-dessus, tout le monde ment. » Lacan trouvait Sollers illisible (comme lui).

Quelque chose sest défait non dans le fracas spectaculaire des fins annoncées, mais dans un glissement plus insidieux, plus silencieux. La confiance sest retirée et l’horizon commun sest obscurci. Ce que nous appelions encore – faute de mieux – « l’ordre du monde » ne tient plus que par habitude de langage. Avec La fin dun monde, Pierre Haski saisit brillamment cet instant rare où lhistoire cesse d’être un décor pour redevenir une épreuve.

Avec les éditions 49 pages, Pierre Poligone fait le pari de la brièveté comme intensité. Nourrie de la critique littéraire et d’une quête d’originalité, cette jeune maison indépendante défend des textes courts, exigeants et incarnés, à l’endroit précis où la vie bascule et appelle l’écriture. À travers la collection Départ de feu, conçue comme un manifeste collectif, les éditions 49 pages affirment une certaine idée de la littérature contemporaine : vivante, polyphonique et poreuse, attentive aux voix émergentes comme aux formes qui réinventent la langue.

Pourquoi ce qui anéantit échappe ? C’est dans ce paradoxe que le récit habite. S’armant de mots, Laure Martin écrit l’inceste alors qu’il « ne se dit pas », qu’il s’oublie avant de « tout réécrire ». C’est un livre à l’air raréfié, où une enfant de « six ou sept ans » décrit sa mémoire comme « une feuille de salade trouée par la limace », sauf que « la limace, c’est le zizi de Papi. » En donnant à lire l’inceste qu’elle a subi dans son enfance par son grand-père maternel, Laure Martin revient sur toutes les violences sexuelles que ce crime initial et ce traumatisme ont rendu possibles.

« Qu’on se le dise : Histoires de Samora Mâchel est un des rares livres où le lecteur ne pourra relever aucune faute d’orthographe », comme le soulignent malicieusement ses éditeurs Guillaume Fau, Gérard Nguyen Van Khan et Briec Philippon dans les différents textes d’introduction qu’ils ont concoctés pour ouvrir ce livre d’une nouveauté « indépassable et indépassée » – qui « a été écrit, plus que par un écrivain, par un conteur dont la vie s’est confondue avec la quête insatiable d’une éloquence soucieuse de rythmes, de cadences, d’harmonies, de sonorités ».