Ça commence par un trajet Paris-Marseille en TGV pour retrouver la ville de naissance et les fêtes de fin d’année : trois heures pour lire.
Baptiste Thery-Guilbert
Ça commence par une disparition. Un homme a disparu : il manque — et autour de ce manque, quelqu’un se met à écrire. Rue des Batailles part de là : une absence qui ne s’explique pas, déclarée mais jamais expliquée.
Ça commence par un trou : sur la première page de mon service de presse, la page est trouée. Je comprends que c’est l’auteur qui me l’a poinçonnée, et déjà, je me dis : cette lecture va vraiment m’intéresser, c’est certain.
À l’occasion de la sortie de la deuxième fournée des éditions Pédale, pédale ! qui réunit des textes érotiques de Florian Bardou, Antonin Crenn, Christophe Pellet et Mathieu Pineau, Pierre Niedergang s’est s’entretenu avec les deux éditeurs de cette collection à destination des pédales et de leurs ami·es, Antonin Crenn et Baptiste Thery-Guilbert.
Ça commence par deux lectures successives, un peu au hasard, deux livres qu’a priori rien n’aurait pu réunir : J’ai fait un vœu, de Dennis Cooper et Le Livre de Frank, de CAConrad — si ce n’est qu’ils sont publiés chez P.O.L et qu’Elsa Boyer les a tous deux traduits (Le Livre de Frank, avec Camille Pageard).
Ça commence par un lundi matin de juillet à la plage.
Le 2 avril 2025, la librairie Les mots à la bouche reçoit Antoine Idier pour son dernier livre : Réprimer et réparer, une histoire effacée de l’homosexualité. Je dois animer la rencontre. Je récupère mes services de presse deux semaines plus tôt directement à la librairie. Jimmy, le libraire, me dit en riant : alors, on vient chercher son courrier ? Je repars avec une grosse enveloppe que je ne décachète pas avant le lendemain.
Ça commence par une rencontre, à l’automne 2022. Je suis invité au festival Littératures, etc. à Lille pour présenter mon dernier roman. Aurélie Olivier me présente Lucien Fradin : c’est lui qui va lire des extraits de mon texte avant une rencontre croisée pour parler de nos travaux respectifs. Il est comédien ; j’apprends qu’il a sorti un livre, aussi. Portraits détaillés.
Ça commence par Christophe Honoré qui parle à travers une enceinte. Qui raconte. Six comédiens qui entrent dans l’ombre. Qui commencent à danser. Ils sont morts du sida. Ils ne sont pas morts : on est au théâtre. On y fait ce qu’on veut.
Ça commence souvent par des fêtes de fin d’année dont on veut s’échapper, si on peut ; avec les livres par exemple.
Ça commence par la double définition du mot Coyote : le mammifère, le passeur. Le coyote qui donne son titre au dernier livre de Sylvain Prudhomme.
Ça commence par Querelle. Pas le roman de Genet, pas son adaptation par Fassbinder. Querelle de Kevin Lambert, un déplacement de la figure quasi-mythologique de Genet dans une scierie québécoise en pleine grève : c’était en 2019, c’était génial. Avec Les sentiers de neige, ça commence par une tempête, une tempête de neige — et d’autres genres de tempêtes, plus intimes et familiales. On est en 2024, et Les sentiers de neige paraît simultanément au Québec et en France. L’occasion de rencontrer Kev Lambert pour un entretien.
Ça commence avec Voguer. Le livre passe par les mains de la libraire qui porte un masque sur la bouche et le nez. On est en 2020. Elle retourne le livre. Elle lit la quatrième de couverture : « La nuit des garçons dansent pour conjurer le sort et faire vivre un désir plus grand. » Elle dit : ah oui, on en aurait bien besoin en ce moment. C’était un livre de Marie de Quatrebarbes.
Ça commence, chaque fin d’été, par la palanquée de romans qui paraissent dans le cadre de la « rentrée littéraire ». On dit qu’ils sont 459 cette année, répartis entre la fin du mois d’août, septembre et octobre — 459 romans, dont 68 premiers romans et 148 traductions. Je m’attèle alors à un drôle de travail : je sélectionne.
Ça commence par deux intégrales de Copi éditées par Christian Bourgois : sur l’une, on le voit tenir une rambarde, à côté d’un lampadaire, sur l’autre, travesti, avec une hache, d’énormes sourcils, comme prêt à en découdre.