En cette rentrée littéraire, Patrick Autréaux livre un splendide et bouleversant récit : Quand la parole attend la nuit qui paraît ces jours-ci aux éditions Verdier. Deux ans après la puissante Voix écrite, Patrick Autréaux rebat les cartes narratives pour livrer ici l’histoire aussi sombre que nue de Solal, étudiant en médecine emporté par un premier amour. Plus que jamais, Autréaux tisse ici une phrase où le biographique ne cesse de s’excéder pour s’élever à une rare force de revie. Autant de raisons pour Diacritik d’aller à la rencontre du romancier le temps d’un grand entretien autour d’une œuvre clef de notre contemporain.

Bien sûr, il y a le casting et la performance d’acteur(s), Christian Bale, Amy Adams, Steve Carrell, Sam Rockwell… mais derrière les ressemblances physiques censées donner corps (au sens propre) et vie au biopic signé Adam McKay consacré au sulfureux (et quasi oublié) DIck Cheney, il y a surtout un film gigogne inventif et drôlement cynique : Vice, ou comment un péquenaud du Midwest est devenu Vice-Président des États-Unis et a façonné le monde à l’aune de son conservatisme et de son goût du secret.

L’écriture, pour Siri Hustvedt, est un yonder. Ce mot étrange est, comme elle l’écrit dans Plaidoyer pour Éros, qui paraît enfin en poche chez Babel, un « exemple de magie linguistique : il identifie un nouvel espace – une région médiane qui n’est ni ici ni là –, un lieu qui tout simplement n’existait pas pour moi avant d’être nommé ».

Certains romans vous embarquent, en quelques pages, comme les meilleures séries télé. Vous savez que vous ne passerez à autre chose que lorsque vous aurez eu votre dose, soit une journée et une nuit blanche… Les petites consolations, premier roman d’Eddie Joyce, est de ceux-là, redoutable, imparable. Paru en 2016 chez Rivages, dans une traduction de Madeleine Nasalik, il sort en poche aujourd’hui.

Sortie en poche, chez Piccolo (Liana Levi) du dernier roman de l’écrivain Iain Levison, poil à gratter du confort bien-pensant d’une certaine Amérique, Ils savent tout de vous : certains êtres peuvent lire dans la pensée des autres, un don rapidement utilisé par le gouvernement pour mieux traquer les citoyens.

Deux mois jour pour jour séparent l’ouverture de la huitième édition du Festival America de Vincennes de l’élection présidentielle américaine. Sans abuser de la symbolique, rappelons que 2016 est l’année d’un double anniversaire : le 140è de la Déclaration d’indépendance des États-Unis et le 15è depuis le tristement et dramatiquement célèbre 11 septembre 2001.

New York © Christine Marcandier
New York, début septembre 2001 depuis le ferry de Staten Island © Christine Marcandier

Certains romans vous embarquent, en quelques pages, comme les meilleures séries télé. Vous savez que vous ne passerez à autre chose que lorsque vous aurez eu votre dose, soit une journée et une nuit blanche, dans la grande tradition moderne du binge watching — on est dans le binge-reading qui, après vérification, ne serait même pas un néologisme ! Les petites consolations, premier roman d’Eddie Joyce, est de ceux-là, redoutable, imparable.

Capture d’écran 2016-04-21 à 13.50.33Retour sur un roman publié en octobre dernier, signé Iain Levison, poil à gratter du confort bien-pensant d’une certaine Amérique, Ils savent tout de vous : certains êtres peuvent lire dans la pensée des autres, un don rapidement utilisé par le gouvernement pour mieux traquer les citoyens. La télépathie est une arme pour le FBI. Mené sur le rythme haletant d’un thriller, le récit de Iain Levison est un brûlot contre nos sociétés de l’espionnage généralisé, de la mise en coupe de la vie privée au nom d’intérêts supérieurs.

Londres, début des années 90 : la bulle est double, artistique et spéculative. Randall, charismatique et excentrique étudiant en arts plastiques, rencontre Vincent, jeune banquier, « Mister City ». A travers leur amitié, Jonathan Gibbs, d’une plume féroce et caustique, saturée de wit, cet esprit so british, fait le récit d’une époque dont ils seraient les parangons :

« Je vis comment un groupe de personnes se débrouilla pour accéder à une position dominante dans le milieu de l’art de la capitale, et comment une nation, séduite et titillée par leurs pitreries et leur assurance, s’empara d’elles pour les porter au pinacle de sa culture, de sa vision d’elle-même, à une époque où le monde braquait ses regards sur Londres en proclamant le retour du Swinging London ».

Le projet d’écrire un premier roman, quand on est par ailleurs le rédacteur en chef d’Interview (fondé en 69 par Andy Warhol), journaliste pour The New York Times, Artforum ou The Believer, est un peu à la littérature ce que quadruple lutz de Surya Bonaly était au patinage : l’exercice pourrait passer pour une performance sans réel intérêt artistique, pire, se terminer en une chute façon étoile écrasée sur la glace, ou, plus rarement, être un moment de grâce. Or Christopher Bollen a réussi son quadruple lutz avec Lightning People (2011), traduit sous le titre Manhattan People chez Calmann-Lévy.