Au départ, il y a une commande, pour une nuit au musée, expérience nocturne concrète, avec choix du lieu et de la date, où elle veut dans le monde, et titre d’une collection chez Stock, dirigée par Alina Gurdiel. Christine Angot n’est pas la première à accepter cette contrainte formelle (unités de lieu et de temps, collection, pagination), une vingtaine de titres sont en cours, dont Comme un ciel en nous de Jakuta Alikavazovic et Quand tu écouteras cette chanson de Lola Lafon, parmi les plus marquants. Comment une autrice telle que Angot peut-elle trouver place dans ce type de livre ? Tel est l’enjeu de cette Nuit sur commande, dès son titre : interroger les liens de l’écriture et de l’art contemporain, la liberté de l’artiste, le jeu social et économique du marché. Comme l’a superbement titré Libération c’est un « la bourse et la vie ».

D’un roman à l’autre, le lecteur peut avoir l’impression que Christine Angot n’en finit pas de nous raconter l’inceste dont elle fut victime des « œuvres » de son père, revenant ainsi à chaque fois au tourment qu’elle subit à l’âge de 13 ans. Or, ce n’est pas exactement le cas, même si toute autofiction se prête aisément aux redites. En fait, du roman de 1999 à celui d’aujourd’hui intitulé Le Voyage dans l’Est, il est bien plus qu’une différence de titre et bien plus qu’un déménagement de Christine et de sa mère d’une ville (Châteauroux) à l’autre (Reims). C’est que la reconstitution à laquelle procède ici la romancière se veut dans cette nouvelle version à la fois honnête et exigeante. Et, par rapport à l’œuvre de 1999, nous changeons largement de registre, voulant que le nouveau récit dise le vrai par-delà les emportements et les contradictions de jadis.

Nul en France n’est censé désormais ignorer que, depuis ces derniers jours, Christine Angot a publié un nouveau roman intitulé : Un tournant de la vie. Entre rires frénétiques et applaudissements nourris, les articles abondent, se déchirent sinon se défient dans une respectueuse distance tant il s’agit pour les uns de multiplier les moqueries, pour les autres de déployer les éloges.