Le titre du « Libelle » qu’Emmanuel Beaubatie vient de publier, Ne suis-je pas un.e féministe ?, reprend une question posée plusieurs fois au cours de l’histoire. « Ne suis-je pas une femme ? » fut celle adressée par Sojourner Truth à la Convention des droits des femmes, en 1851, celle reprise en titre de son livre par bell hooks en 1981. Cette question, à la fois dépliée et décalée (femme, féministe), dit un questionnement essentiel, complexe, qui touche à la place d’un certain nombre de personnes dans les mouvements féministes : les trans, les lesbiennes, les femmes portant un foulard, les travailleuses du sexe, etc. dont la place n’a cessé d’être au mieux interrogée, au pire contestée, à coup d’exclusions et de violentes polémiques.

Sy Baumgartner est professeur de philosophie à Princeton, veuf depuis une dizaine d’années. Un matin, alors qu’il poursuit l’écriture d’un essai sur les pseudonymes de Kierkegaard, dans son bureau au premier étage de sa maison, il descend chercher un livre oublié la veille dans le salon. S’enclenche alors une série de hasards et coïncidences, motif central de l’œuvre de Paul Auster, comme un étoilement d’effets papillon, qui provoque un puissant effet d’anamnèse. Un double huis clos sert de cadre au récit, la maison de Princeton, le cerveau de Baumgartner, avec échappées mémorielles et réflexions sur le sens d’une vie, de toute vie, quand un deuil frappe et qu’une vie doit (ou non) se reconstruire.

Après Foucault en Californie, Foucault à Varsovie. Une série sans Martine mais une manière de redécouvrir un penseur majeur du côté d’une biographie aux épisodes souvent obscurs, mis en lumière par ces deux enquêtes. Michel Foucault auteur devient personnage, chaque fois étudié sous l’angle d’un lieu. Dans Foucault à Varsovie qui vient de paraître aux éditions Globe, Remigiusz Ryziński (spécialiste des questions de genre et des queer studies) tente de démêler ce qui a eu lieu alors que Foucault se trouvait dans la capitale polonaise. Nous sommes en 1958, il vient d’être nommé directeur du Centre de civilisation française au sein de l’université de Varsovie et il termine sa thèse qui deviendra Histoire de la folie à l’âge classique lorsqu’il est expulsé du pays.

Deux sœurs ont été retrouvées noyées dans un étang. On raconte qu’elles se tenaient encore par la main, qu’elles portaient leurs tenues blanches de communiantes. Leur mort, en 1978, hante moins les mémoires que les lieux. Elles apparaissent encore aux résidents d’un Ehpad de Varin-le-Haut, un petit village de la Marne. Le fait divers, « coriace », tient en trois lignes, cependant assez denses et mates pour fasciner Manon Gauthier-Faure, spécialiste des Pièces manquantes, titre de son précédent livre aux éditions Marchialy.

Mars 2020 : le monde s’apprête à se confiner face à la pandémie de Covid-19 et chacun tente de trouver une issue de secours à la mesure de l’effondrement. Celle de Sacha Senderovski, écrivain d’origine russe, est d’accueillir un groupe d’ami.es dans sa résidence d’été. Le lieu est confortable, une véritable « colonie », avec maison principale, bungalows à thèmes, isolement d’un vaste domaine à la campagne à quelques encablures de New York où le virus décime la population. « Quelque chose me dit qu’il va nous falloir des semaines pour démêler ce merdier », déclare Ed, l’un des amis confinés. Rester « ensemble » sera le défi de cette résidence d’abord choisie, tournant au désastre.