Le fait divers est image : il l’est parce que l’histoire de la presse le lie à l’iconographie, des toiles peintes accompagnant les feuilles occasionnelles aux images télévisées, en passant par les gravures des canards, les illustrations dans les journaux de la seconde moitié du XIXè siècle, les photographies en noir et blanc puis en couleur dans Détective ; parce que les procès sont croqués par des dessinateurs ; parce que des avis de recherche diffusent la photographie d’un suspect, que la police use de fiches anthropométriques, que l’enquête comme l’identification reposent sur l’image.
Auteur : Christine Marcandier
Tout, dans la vie de Marilyn Monroe attire le récit : les paradoxes d’une femme caméléon, de Norma Jean à la star hollywoodienne ; ses amours avec d’autres icônes, du sport (Joe DiMaggio) ou des lettres (Arthur Miller), du cinéma, de la politique ; la faille de son être, entre clarté et obscurité, jusque dans son nom ou l’image que l’on veut avoir d’elle et contre laquelle elle luttera en vain ; une vie qui commence dans la misère et l’abandon (mère schizophrène et internée), qui prend son essor sous le signe du conte de fées (au point que Marilyn se rêvera princesse sur le rocher monégasque) et s’achève en tragédie. Marilyn, soit un aimant et des failles qu’explore Joyce Carol Oates dans l’un de ses plus grands livres : Blonde.
« La tête de l’homme du peuple, voilà la question. »
Hugo, Claude Gueux
Le crime est, chez Hugo, un combat tout autant un engagement politique qu’esthétique, la revendication, dans la « Réponse à un acte d’accusation » des Contemplations d’avoir introduit les mots infâmes, ces « tas de gueux », dans les « alexandrins carrés », d’avoir osé « nommer ». Les Bastille que Victor Hugo veut renverser sont donc tout autant poétiques que concrètes, et ses personnages, souvent inspirés de faits divers attestés, figurent son combat. Ainsi de Claude Gueux, d’abord paru dans La Revue de Paris le 6 juillet 1834 puis en volume chez Evréat en 500 plaquettes financées par Charles Carlier, négociant de Dunkerque qui a vu dans ce texte « une grande leçon » et souhaite « faire tirer autant d’exemplaires qu’il y a de députés en France » pour « les leur adresser individuellement et bien exactement ».
Le 18 février 2008, Joyce Carol Oates entre dans « cette phase nouvelle – posthume – de sa vie » : Ray, son mari depuis « 47 ans et 25 jours », vient de s’éteindre. La voilà veuve, tentant d’apprivoiser ce mot, nouveau, incompréhensible, véritable litanie de J’ai réussi à rester en vie. « Car il est évident que l’identité de veuve l’emporte sur toute autre, celle d’individu rationnel comprise. »
« Cher Gustave Flaubert, qui a tué Emma Bovary ? »
Dans sa forme même, Prends garde matérialise la double face de tout fait divers écrit, entre histoire et roman : au recto du livre, couverture sur fond rouge, le récit romancé de Milena Agus ; au verso du livre, couverture sur fond gris, les faits relatés par Luciana Castellina. Le lecteur décidera par où commencer, le sens de lecture influant évidemment sur la perception du même fait.
C’est en diptyque que David Vann analyse le rapport névrotique des États-Unis aux armes : Goat Mountain qui « consume les derniers éléments qui, à l’origine m’ont poussé à écrire : les récits sur ma famille et sa violence » et Dernier jour sur terre qui revient sur une tuerie dans une université américaine, le 14 février 2008. Les deux livres ont la violence en partage, une analyse de sang froid des racines du mal, puisant dans la biographie de l’écrivain, le rapport de sa famille au sang, à la chasse, aux armes.
Il est des livres qui emportent par l’histoire qu’ils proposent, puissante, véritable lame de fond qui masque le tour de force littéraire qu’une telle puissance suppose : Vera est de ceux-là. Ce pourrait être une histoire d’amour (impossible, dévastatrice), un roman d’apprentissage, un roman social. Tous ces types de récits sont là et pourtant ailleurs, comme un horizon, un idéal et peut-être une béance.
Le 31 août prochain paraîtra aux éditions Liana Levi, dans une traduction de Fanchita Gonzalez-Batlle, Là où l’histoire se termine, roman d’Alessandro Piperno sur la filiation et les soubresauts de l’histoire contemporaine, quand tout se fragmente et implose.
L’Instinct de mort, mémoires d’outre-tombe de Jacques Mesrine, est publié pour la première fois en 1977 chez Jean-Claude Lattès, du vivant de Mesrine donc (il tombera sous les balles de la brigade anti-gangs le 2 novembre 1979) puis en 1984 chez Champ libre. Le texte était devenu introuvable, sinon en version plus ou moins pirate sur Internet. Flammarion l’a ressorti en 2008 à l’occasion de la sortie des deux films de Jean-François Richet, L’Instinct de mort et L’Ennemi public n°1. Il est désormais disponible en poche chez Pocket.
7 janvier 1977. Gary Gilmore est exécuté, pour un double meurtre commis « de sang froid » en juillet 1976. Il se rêvait « gangster pour bousculer les gens », admirait Gary Cooper et Johnny Cash. L’Amérique a été fascinée par ce criminel hors du commun qui exige son exécution, refuse de faire appel, interroge la célébrité paradoxale que lui confèrent les médias, l’utilise pour confronter son pays à ses propres contractions, à l’échec de son système répressif. Norman Mailer en fait le sujet central de son roman, Le Chant du bourreau, The Executioner’s Song, publié en 1979, couronné par le prix Pulitzer, disponible en français, dans une traduction de Jean Rosenthal, en Pavillons poche.
Joseph Fritzl est un monstre et chacun d’entre nous.

La littérature, Barthes l’a montré, se renouvelle sous le double signe de l’épuisement et de la saturation : en « éternel sursis », « fascinée par des zones d’infra ou d’ultra-langage », par les fragments pour dire le chaos du contemporain, par une forme d’ironisation des choses, des êtres et des formes, telle est sa manière, sans doute, de redéployer l’aventure du sens.

L’œuvre de Duras s’écrit depuis le verbe voir. Tout y est regard, spécularité, jusqu’à la vision et l’hallucination, voire l’aveuglement, ce que Dominique Noguez, dans son Duras, toujours, nomme le « cogito durassien », son « hoc video ergo est — ce que je vois existe » (chap. IV, « Duras voit », Actes Sud, 2009, p. 75).
Diacritik a évoqué L’Intérêt de l’enfant, roman de Ian McEwan, en grand format. Le voici disponible en poche, chez Folio.
Ian McEwan est le romancier de l’ambiguïté, maître de la mise en récit de la confusion des sentiments. L’Intérêt de l’enfant ne déroge pas à la règle : à travers un remarquable portrait de femme tiraillée entre sa déontologie et ses aspirations, il rend compte de la société tout entière, de nos vies contemporaines confrontées aux notions de religion, de justice, de libre-arbitre et de droit.