Face à l’opprobre des temps : revue Conséquence n°5

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Roberto Juarroz écrivait : « Le poète est un homme vulnérable, comme tout un chacun. C’est pourquoi il est extraordinaire que de sa précarité puisse s’élever une force que l’on n’attend guère du terreau où elle naît. Qu’en dépit de sa débilité et de toutes les résistances qui s’y opposent, l’homme soit capable de créer certaines formes qui témoignent de son être ».

Fragile, précaire, voilà où se situe le cœur de la poésie. Non seulement parce qu’à l’heure actuelle elle souffre une fois de plus de son impossibilité à s’inscrire dans un marché, dans une économie de profit, parce que son écriture même – pour autant qu’elle ne s’offre pas complaisamment à l’imposture – porte en soi une incapacité de langue qui l’empêche – et c’est son maudit salut – de se fondre dans une syntaxe aliénée par la perversion anthropologique et morale des lois du marché ; mais aussi pour ce qu’elle porte tant en elle et sur elle, chargée de cris et de refus, parce qu’elle doit se tenir au plus bas, où se trouvent les damnés de la terre ; parce qu’elle doit ouvrir des brèches d’où sort sa parole.

Elle détient une étrange espérance, qui brille ou retentit sans doute, et qui peut également se tenir blottie dans sa souille, sa souillure. Avec Baudelaire, on voudrait répéter : « Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or ». Cependant, est-ce bien d’or, même métaphorique ou allégorique, dont nous avons besoin ? Ne faudrait-il pas plutôt aménager la vulnérabilité pour la rendre paradoxalement forte, résistante. De là, peut-être, si on en croit János Pilinszky, le génie poétique d’après Simone Weil, « selon laquelle génie est celui qui aime la vérité, même s’il ne peut arriver plus loin que le simple bégaiement ». Où ça bégaie, ça respire. Mal, sans doute ; de cette maladresse commune à l’enfant à peine sorti bon gré mal gré du ventre maternel et au mourant, prêt à retourner à un trou toujours déjà-là.

Bégaiement, cri, râle : l’articulation infinie de ces trois prises de possession de la dépossession absolue animent ce cinquième numéro de la revue Conséquence. Du vivant coule à travers cet ensemble, coule à flots. Là où les mots des vivants invoquent parfois les disparus, les mots des morts s’adressent à ceux qui restent, brûlant dans « l’incendie en cours » selon les termes de Victor Martinez ; tout vit malgré tout et persiste à vivre. Le volume commence d’ailleurs par ce dialogue : d’abord par une carte blanche à Rodrigue Marques de Souza, puis par un dossier en hommage à Guy Viarre ; deux auteurs au noyau de la revue moriturus, aventure tutélaire, à laquelle Conséquence offre une suite en toute fraternité et fidélité, mais non une copie.

De Rodrigue Marques de Souza, l’œuvre se tient en ligne de crête entre poésie et peinture. Les textes qui nous sont ici proposés permettent de constater la cohérence de la voix, quand bien même elle peut changer de ton sans se trahir. Ses premiers livres, comme Nombre ou Savoir d’écartement, exploraient une langue à l’os et, comme un os, cassée ou fracturée, ramassant des bris qu’elle rassemblait non pour laborieusement reconstituer mais pour faire surgir le blanc, l’espace subsistant entre des morceaux impossibles à recoller. Puis, d’autres ouvrages, comme Istanbul, embrasements ou Ventre de la vérité, prenaient place du côté d’un lyrisme exact, doux et abrasif, au vers plus longs et autrement scandés, célébrant un amour presque mystique, une union infinie où les corps des amants se fondent pour des retrouvailles qui excèdent la phrase.

Les deux suites présentées ici s’orientent vers une troisième manière qui semble procéder à une synthèse, une réunion inéluctable des chemins empruntés en une seule voie. Dans « Homme ancien », il s’agit d’une « troisième langue / [qui] tente de nommer sa naissance », ce « troisième langage / en son étreinte / son sommeil, sa vie ». Le poème se tient sur la piste d’une quête qui l’inclut et le dépasse, dans l’ascension d’un savoir primordial cristallisé par les fragments épars que constituent chaque mot, de cette « langue brisée plus haut / que l’homme ». En cela, les textes s’appuient sur une logique dualiste, sur une division fondamentale qui éparpille un discours – une forme de sacralité ? – et le sème dans une multitude verbale qui frémit en échos, en « contre-âme // assauts d’angles // que je perfore ». Néanmoins, cette perforation poursuit une vocation contradictoire en apparence. En effet, « des fragmentations / ne mesurent pas / l’unité / elles percent // l’origine est la langue », retournant presque au mythe de Babel, éloignant l’humanité par l’impossibilité de retrouver un discours ontologique. Le corps devient donc le dépositaire d’un texte ; texte calligraphié par les gestes les plus charnels, les plus sensuels, à l’instar de « la caresse / des lèvres écrites », dans une affaire de bouche où la lettre a un goût « de sucre et d’amer ». Toutefois, ce transpercement actif laisse deviner un moyen d’accès, vers des « gnoses / d’où il faut se jeter ». L’ascension ne peut certes pas vivre de son unique mouvement ; elle appelle au contraire un va-et-vient, nullement une finalité. Au contraire, elle écarte toute velléité démiurgique pour professer le vœu d’une création ouverte, en expansion, coûte que coûte dans la fusion des contraires : « l’impitoyable / syllabe / de bouche / ne livre le / clôt // elle forme un nom ».

L’incendie, évoqué plus haut, livre le moyen d’attiser depuis les cendres une lumière nouvelle. Ici, il peut prendre l’aspect d’un élément purificateur, alchimique. Feu intérieur, il change la vue par un éclairage nouveau, comme dans la suite « Le Non venu » : « au rang de nu âpre la flamme ténue d’un sens / qui par langue avide saura sauver le vie le lèche ». Tout comme la nature du mot dépasse sa simple réduction grammaticale, sa sémantique étriquée, pour devenir à la fois substance et verbe. La quête de cette langue passe par un acte d’amour, par une érotique de la vérité qui n’est pas si éloignée de Plotin, retrouvant le troisième rang de l’Âme du monde. Chez Rodrigue Marques de Souza, le poétique ne se distingue plus du pneumatique.

En cela, les Fragments de la parole dogon par Marcel Griaule offre une autre clef de lecture. Les extraits de cette publication désormais introuvable, publiés en version bilingue et sans commentaire, laissent lire une traduction littérale, suivant la syntaxe de la langue d’origine, qui rend avec force la performativité sacrée de ces formules traditionnelles. Au point qu’il semble intolérable d’en dire davantage, que toute note savante deviendrait presque insupportablement comique. Le mot dit exactement une cosmogonie radicale : « bige dyu wuyo boy / homme tête tombée », « bige gyina bige dyu wuyo gweygay dyu sagya boy / homme tous hommes tête tomber genoux devant faire », « nemdyu tunyo boy / viande être ».

La revue propose d’ailleurs un face à face judicieux, qui permet de mettre en lumière l’œuvre picturale du poète. Page de droite, sont reproduites des figures et des masques sacrés africains ; page de gauche, des peintures de Marques de Souza sur papier japonais ancien. Étrangement, ces peintures semblent être des palimpsestes naissant derrière les textes nippons, mais des palimpsestes envahissants, prenant le dessus sur les mots. Taches complexes et circonscrites, comme une conception en train de se faire ; comme des trouées vers un monde derrière le monde ou avant lui. L’accord et la tension surgissant de la confrontation des deux pages produit un geste thaumaturgique, où se joue une épiphanie matérielle. Mais de cette matérialité de la peinture, la revue donne dans la même section deux autres témoignages. D’une part, les œuvres de Philippe Guitton, d’une abstraction rupestre et évanescente. D’autre part, les notes d’atelier de Stéphanie Ferrat, dont les propos valent aussi bien pour un art pictural que pour la fonction de l’écriture : « Dans mon travail, il est question de disparition. Disparition faisant suite à une apparition. Je ne crois pas qu’il soit ici question de tristesse. Les voix sont fragiles et les rêves hauts. Il y a une lenteur dans les choses qu’il nous faut accepter, et ces oiseaux retrouvés morts au matin ».

De disparition, il en est doublement question dans le dossier consacré à Guy Viarre. Certes, il s’agit d’un hommage posthume. Or, quasiment toute la production de Viarre est posthume, à l’exception de Devant le sel et Finir erre, puisque le poète a mis fin à ses jours en 2001, à l’âge de trente ans. Le recueil inédit publié ici s’intitule précisément Du disparu. Titre faussement simple, qui tient à la fois de la philosophie, sinon de la théologie négative, et de l’autoportrait. Le premier vers, qui est aussi le poème liminaire, nous indique ce caractère double : « Continue d’exister, de faire avec les mouches », où vie et putréfaction insécables s’intriquent. Le lecteur peut déceler, dans l’articulation de certains textes, une influence des moralistes, comme le note justement David Huguet. Le poème, gnomique, oscille donc entre constat et précepte. Comme chez Cioran, que Viarre a lu de près, la précision du style ajuste le regard sur la représentation d’une vanité : « Parler c’est toujours parler d’un disparu. // La parole a pour sujet un disparu ».

Loin de toute magie, malgré la prolifération des figures tautologiques, encore plus étrangère à tout culte de l’inspiration, la poésie vit aussi par cet espace vide d’où émanent les mots qu’elle fait entendre, en écho dans l’abîme. Ce qu’elle recueille, elle le rend avec une maladresse volontaire et maîtrisée, avec l’innocence de l’idiot : « La parole ne parle pas de la parole. / Elle ne sait pas qui elle est – ni ce qu’elle est ». Le savoir poétique se fonde avant tout sur une ignorance fondatrice, sur un anti-savoir qui déblaie les usages corrompus des mots et qui n’advient pas sans violence : « L’écriture exige des rochers qu’elle / dynamite, qu’elle explose, qu’elle fait / métaphysiques. // Il y a des rochers dans la langue et une / vaste craie – la poésie en les arrêtant / saute avec eux – et pèse de sa propre / génération qui est son génie ». Ici aussi, le thème de la perforation, avec des proportions variables d’un texte à l’autre, en vient à définir la fonction poétique. Cédric Demangeot, dans « Guy Viarre vivant », condense ainsi une partie de la démarche de son ami : « C’est son écriture – qui troue d’un seul geste tout ce que nous avons connu et éprouvé jusqu’ici, en matière non seulement de poésie, mais en matière de pensée écrite. Pensée soudain simultanément décuplée et court-circuitée par le langage. Une fusée jamais vue ».

Fallait-il que Guy Viarre fût mort – sans doute se tue-t-il comme il fait surgir un poème – pour que toute la vie dont il s’est dépossédé se transmît aussitôt à ses lecteurs ? Si le suicide paraît être l’une des conditions de son œuvre, et condition plutôt que motif, il se produit après que ses textes ont en quelque sorte brûlé une énergie qui semble tout à la fois inépuisable et épuisante. Indéniablement, le lecteur ne se remet pas de sa rencontre avec lui. Or, loin de participer à quelque expérience morbide, le voici au contraire possédé par le pharmakon de ce « court-circuit ». En témoignent, toutes en justesse et fidélité, les études de Patrick Wateau, David Huguet, Sébastien Hoët et Simon Guichard qui suivent. À travers un « Anti-thrène », David Huguet propose une analyse de la poétique viarrienne à travers une lecture qui tient compte en même temps de l’auteur, du texte et de l’effet produit sur et par le lecteur. Ce qui les tient ensemble, c’est sans doute moins le thème de la mort que de la blessure, en ce que celle-ci porte tout un potentiel de vie et de faiblesse, et participe à « ce vitalisme jusqu’au-boutiste et cette hargne au cœur du vivant et de sa cicatrice ». Cette dynamique fondatrice se manifeste dès lors dans la singularité syntaxique, qui rend la poésie de Viarre reconnaissable entre toutes. Ce débord de l’ordre conventionnel des mots de la phrase ne tient en aucun cas de la coquetterie ni d’un mallarméisme abscons, mais bien d’une beauté particulière. Ces « structures de phrases triturées, longues et insaisissables », qui font vivre « cette chute continuelle dans le vers électrique, déréglé, magistralement beau », se doublent d’une « douceur ressentie ».

On peut à bon droit penser à la « terrible douceur » du Roger Laporte de Moriendo. Terrible, elle l’est par le destin que l’écriture se donne. Dans son article sur la « syntaxe idéale » de Viarre, Sébastien Hoët distingue plusieurs choix qui s’ouvrent au poète. Premièrement, une voie parousique, qui tente de retrouver une présence perdue. Deuxièmement, une « via sadica », qui affronte la sauvagerie par le biais d’une forme stricte. Enfin, la confrontation directe, immédiate, avec cette sauvagerie de la condition du vivant, celle que choisit notre auteur qui, une bonne fois pour toutes, « se bat tout contre son aphasie, à même le bruit de sa non-langue, pour y puiser ce qu’‘on’ veut garder enfoui – l’aphasie de l’in-fans, du non-parlant qui souffre (de) sa naissance durant toute la vie, qui souffre (de) sa langue ordonnée, policée, infidèle ». Cette parole nécessairement limitée conserve néanmoins ses ressources, depuis la lisière enfantine où la langue s’échappe et laisse entrevoir ses trésors hérétiques sans que l’orthodoxie grammaticale ne puisse y remettre bon ordre.

L’infans, figure sœur de l’idiot cher à Cédric Demangeot, ne peut être qu’un relaps, un gnostique découvrant la langue derrière la langue. Ces incarnations du rapport difficultueux aux usages traversent tout le numéro, excédant largement le simple hommage à Guy Viarre. La poétesse galicienne Chus Pato, dans « Pendant que j’écris », travaille à sa façon ce motif : « Foetus, infans, avant d’acquérir l’identité les deux manquent de langage ». En l’espèce, la poésie est avant tout affaire d’empêchement et de confiscation : « Un poète est ce qui ressemble le plus à une privation de la langue convenue », parce que le monde tel qu’il (ne) va (pas) se complaît dans l’aliénation spectaculaire, dans la sensure, le texte esquisse un mouvement de recul. Qu’on ne se méprenne pas pour autant : il ne s’agit jamais d’un geste réactionnaire, mais d’un retrait qui sabote l’espace convenu, y troue – une fois encore – un intervalle où passe l’appel d’air. L’asphyxie et l’amnésie – le bégaiement et l’aphasie – redéfinissent les conditions politiques de l’écriture, qui peut par sa gaucherie volontaire, offrir les conditions d’un nouveau communisme, au sens de Dionys Mascolo : « Le poème est imprononçable, à cet imprononçable nous appartenons ».

Cette révolution littéralement enfantine se prépare d’abord à l’échelle individuelle, à l’intérieur même de l’organisme de l’écrivain. Dans « Aguas madres (Etxeko urak) », la poétesse basque Leire Bilbao, écrivant sur son accouchement, confond le nourrisson avec le texte que sa naissance conséquemment engendre : « Je te lèche, mon fils, / pour te libérer / de la salive du sable de la cendre / pendant que je lèche / notre langue et notre foyer / avec cette terre rougeâtre / qui sort de ma bouche ». Cette langue, matière charnelle et outil de découpage du monde, se place au cœur d’une immédiateté totalisante qui doit rallier d’emblée la condition humaine à l’ensemble du vivant : « Drainer des mots, / leur enlever le liquide résiduel / suppurant le miel d’oiseau comme les arbres ». Cette fonction de drain décape l’usage perverti de la parole, gratte le verni et, sous le mensonge, en vient à retrouver un palimpseste salutaire. Car, comme l’écrivait Pierre Alferi, « la littérature commence quand l’adhérence à la langue maternelle, son immanence, est conjurée ». Et cette conjuration peut provenir d’une nouvelle naissance à son propre corps, contre le genre socialement assigné, comme dans « Celle que je dois naître » de Paul.ine Laborde ; ou en distribuant les coups de canif d’une satire bouffonne et acrimonieuse dans les textes d’Hugo Claus.

Naître, c’est aussi être jeté dans l’Histoire immédiate, qui est toujours « la grande Histoire, […] un trouble commerce entre la haute complicité et la médiocrité », selon les mots de José Angel Valente. Après ce constat, il n’en reste pas moins un mot d’ordre : « Oui, quelque chose finalement restait à dire / pour l’opprobre des temps ». Ce mot d’ordre, le numéro s’emploie à le réaliser, donnant la parole à des auteurs victimes du génocide à Gaza. Ainsi, montrant à quel point la poésie est un hurlement, les poèmes de Neama Hassan qui proviennent de sa page Facebook, avant d’être censurés ; ils sont donc ici sauvés in extremis, résistant au nihilisme de l’entreprise d’éradication – « ce qu’ils veulent, c’est le vide », écrit-elle. Ils sont d’ailleurs suivis de ceux d’Yitzhak Laor, écrivain israélien dissident. La poésie reste au milieu des décombres ; elle en demeure un témoignage de langue. Et il lui « faut tant bien que mal passer sous l’effroi », selon les mots de Mary-Laure Zoss, dont la suite de versets rend le désarroi social et métaphysique d’une certaine ruralité montagnarde abandonnée. Ce cosmopolitisme indispensable tourne le dos résolument aux zones géographiques de domination ; elle s’oriente, étymologiquement, vers la Palestine, vers la Mitteleuropa, avec Rose Ausländer et le toast funèbre prononcé par différentes auteurs tchèques – parmi lesquels les impressionnants Bohdan Chlíbec, Robert Janda et Pavel Rajchman – dont on peut regretter qu’ils ne soient pas davantage traduits en français.

Conséquence est une revue d’amitié. Parce que la lecture de la plupart des contributions nécessite une expérience profonde, aussi bien mentale que physiologique, il se tisse une solidarité supérieure entre lecteurs et auteurs, main dans la main pour traverser les ruines, puisque « le monde parfois est un décor / à traverser le plus vite possible » – pour reprendre deux vers de Prune Matéo, poète et peintre récemment disparue, à qui le numéro rend également hommage.

La dernière section, « fusées », s’achève par un essai de Juan Zapata, « Poétique du vaincu, politiques du désastre », consacré aux rapports de Charles Baudelaire et Pierre Dupont, poète et chansonnier socialiste. Lecture saine et décrassante, qui prémunit contre cette mode pénible qui exige de lire Baudelaire d’un œil réactionnaire et maistrien, et nous révèle à quel point la poétique de l’auteur des Fleurs du mal n’a de cesse de se tenir perpétuellement en solidarité avec les misérables. Les dernières lignes doivent être citées : « Sans elle [l’empathie pour les humbles] – sans la lucidité et la distance critique qu’elle impose – la poésie s’abandonnerait à d’idylliques tableaux de béatitude et perdrait tout contact avec la réalité d’un homme déchiré entre la quête incessante de l’idéal et la misère à laquelle il est irrémédiablement condamné ». Cet héroïsme du vaincu anime l’ensemble de ce cinquième numéro ; il en est certainement l’un des liens, entre l’entreprise des morts et des vivants ; rendant les seconds sans cesse présents et prévenant les premiers des pièges mortifères d’un système aveugle et destructeur.

En cela, la poésie ne peut être que profondément morale, parce qu’elle découle, fuit de la pourriture du mortier et use des brèches par lesquelles passera, sans doute, une espérance.

« Conséquence » n° 5, éditions Fragmes, avril 2026, 420 pages, 26€.