Roberto Juarroz écrivait : « Le poète est un homme vulnérable, comme tout un chacun. C’est pourquoi il est extraordinaire que de sa précarité puisse s’élever une force que l’on n’attend guère du terreau où elle naît. Qu’en dépit de sa débilité et de toutes les résistances qui s’y opposent, l’homme soit capable de créer certaines formes qui témoignent de son être ».

Trois ans avant qu’il ne partît dans la montagne pour rejoindre au Ban-de-la-Roche le bon pasteur Oberlin, étrangement bon d’une étrange bonté, Lenz distinguait encore, dans une lettre importante à Sophie de La Roche, les deux composantes opposées de la poésie : le Bildende, formateur et didactique, trop enclin au ton comminatoire et boursouflé, et le Tönende, lié à la musique sinon au chant.

« Qui peut encore, aujourd’hui, rencontrer des gens capables de raconter quelque chose avec rectitude ? » La question inquiète de Walter Benjamin, à une époque où « l’expérience a subi une chute de valeur », se pose encore lorsqu’il s’agit de définir la nature de celle proprement poétique, en particulier à l’heure où l’économie tout entière, sinon celle du livre, semble tenter d’en dévaluer la portée.