Festival de Cannes 2025 – État des lieux (3)

Capture écran extrait du film © Sergei Loznitsa, © Pyramide © Cineuropa

Jour 2 – Mercredi 14 mai 2025.

Peut-on mourir à Cannes ?

C’est une question que tout le monde se pose à un moment ou un autre durant cette quinzaine. La plupart du temps par épuisement. Parfois par ennui devant un film de 2h40. Et parfois très littéralement lorsqu’une femme en robe de soirée, au milieu des journalistes cinéma qui essayent de monter en salle Debussy, hurle : « un médecin, il faut un médecin. » Aucun médecin dans la foule ahurie, mais certainement le plus grand regroupement au m2 de spécialistes de Kieslowski. Dommage !

Je vous rassure, la personne a bien été sauvée, mais ça n’était pas par un critique.

Aujourd’hui, donc, à part l’absence notable de médecins à la projection de 22h30, LA grande montée des marches attendue, celle de 19H, était pour Mission Impossible : Dead Reckoning de Christopher McQuarrie avec le seul et l’unique Tom Cruise (pas encore remplacé par l’IA).

Chaque année, un blockbuster fait frémir la Croisette et chaque année cela amène avec lui son lot de flonflons et de robes extravagantes.

Mais Tom Cruise est celui qui surpasse toutes les attentes, celui qui réveille le petit garçon émerveillé en bon nombre de critiques (masculins).

Demandez à ceux qui y vont depuis longtemps : qu’ils soient d’un snobisme absolu ou simples spectateurs, tous choisiront dans leurs souvenirs cannois les plus impressionnants la patrouille de France survolant la croisette pour saluer Tom Cruise dans Top Gun Maverick en 2022. TOUS.

Aujourd’hui, pas d’avion ni de cascades mais bien… une fanfare (oui oui !), un groupe de beatboxers et un djset qui reprenaient le thème de Mission impossible, composé par Lalo Schifrin.

Faut-il s’appesantir ? Non.

Seul moment intéressant : les selfies en haut des marches, transgression absolue du code du tapis rouge, et trois mots répétés en chœur par toute l’équipe : « Yes we can ».

Pied de nez à Trump ? Message politique ? Ou encouragement avant la première mondiale dans la salle Louis Lumière ? Libre interprétation.

Cette journée s’annonçait donc molle. Et soudain, un miracle. Le miracle de la salle Debussy bondée de journalistes venus découvrir l’œuvre de Sergei Loznitsa (Deux procureurs), cinéaste ukrainien.

On y suit le jeune acteur russe Aleksandr Kuznetsov, nez cassé et yeux bleus transparents, en procureur qui croit en la justice du système communiste. Scandalisé par les tortures d’un homme, lui-même ancien procureur, retenu dans les geôles du NKVD, le jeune homme part en quête de justice. « Je suis là pour que le droit de tous mes camarades soit respecté », doux rêve qui ne devrait pas en être un.

Si le film est beau avec ses plans fixes, ses cadrages d’une folle intelligence, ses silences, c’est également une ode à la culture slave. Nous devenons mélancoliques en entendant une voix qui chante, la nuit, dans un train ou devant les talents de conteur d’un vieux soldat. Le peuple russe est là. Et c’est peut-être cela le message du film :  les instances politiques russes sont d’une violence inimaginable, mais les premières victimes du régime sont les Russes eux-mêmes.

Alors, à la question : « peut-on mourir à Cannes ? », la réponse est oui. Mais le plus souvent, c’est d’émotion et d’allégresse face à la beauté d’une œuvre présentée, comme cette scène qui nous montre, simplement, au centre de l’écran, Aleksandr Kuznetsov s’endormant.