Dans le parc de Beveren

David a 42 ans, il vit en Belgique. Ce jour-là il traine sur l’application qui fait goup-gloup quand un message arrive, c’est cette appli orange et noire spécialisée dans les rencontres gay et LGBT. Il n’y a pas grand monde ce jour-là, comme d’habitude, ou toujours les mêmes. Et puis non, tap envoyé aussitôt reçu, un jeune bogosse fait irruption, il est beau comme le David de Donatello. Échange de messages, le jeune David est chaud et très entreprenant, allumeur. Il doit aimer les daddies. Un rendez-vous est fixé dans un parc de Beveren, plan direct, ils parleront après, Beveren est une commune de l’agglomération d’Anvers. David le plus vieux arrive, David le plus jeune est déjà là. Ils vont dans un fourré. Mais dans le fourré, David le plus jeune devient monstrueux, ils sont très vite trois, de 16 à 17 ans, et ils se mettent à frapper David, très fort, ils le frappent à mort. Combien de coups, et de quelle force, faut-il pour tuer un homme ? David le plus vieux se défend-t-il ? Que se passe-t-il dans ces quelques minutes où l’on abat un homme qui ne faisait que désirer ? La mémoire reste infernale de ce qui n’arrive pas, écrivait Marguerite Duras, la voilà infernale en Belgique de ce qui est arrivé. Les arbres sont encore sans feuilles dans le parc de Beveren, mais ça verdit, les bourgeons commencent à se former, il y a de la mousse verte sur le tronc des arbres et ça ressemble à un espoir. C’était une épiphanie de printemps, c’est devenu un massacre. Devant pareil fait divers, je pense toujours aux flammes du bûcher de Jeanne d’Arc ou de l’astronome Giordano Bruno. Quelle douleur est celle d’un corps vivant qui brûle ? A quel moment le brûlé perd connaissance ? Cette douleur ne devient-elle pas éternelle du fait de son intensité ? Ne sont-ce pas là les flammes de l’enfer ? Car l’enfer existe, il est sur terre. Et il est fait d’enfants innocents qui deviennent des bourreaux.