Tribune : il faut en finir avec les tests de positionnement

Des tests pour tester les élèves ou noter les enseignants ? © DR

Nous, enseignants du lycée Mozart en lutte, condamnons fermement les tests de positionnement auxquels, en français, chaque élève de Seconde est soumis en ce début d’année. Décidés en haut lieu sans consultation des personnels, ces tests posent une série de problèmes majeurs qui attestent de la défiance et du mépris croissants du ministère envers les enseignants.

Déjà instaurés depuis deux ans, cette année, ces mêmes tests se présentent comme des outils aidant à la remédiation après le confinement. On fait passer une mesurette déjà instaurée, et déjà contestable, pour une mesure exceptionnelle et une réponse aux difficultés causées par le confinement. Il ne s’agit pourtant en rien d’un outil permettant un meilleur accompagnement des élèves.

En quoi ces tests informatiques, auxquels les professeurs de Français n’ont pas accès (ni à l’énoncé des exercices ni à leur corrigé), permettraient-ils d’évaluer mieux les lacunes éventuelles de nos élèves et leurs compétences plutôt que durant les heures de cours avec eux ?

Comment faire passer ces tests et tenir le discours du Ministère assurant que ces tests permettraient ensuite de l’Accompagnement Personnalisé en Français alors que la DHG largement insuffisante accordée à notre établissement ne prévoit aucune heure d’Accompagnement Personnalisé en Français ?

Quel est l’intérêt pédagogique de faire perdre des heures de cours précieuses, en Français comme dans les autres disciplines dont les professeurs sont convoqués pour faire passer ces tests – c’est-à-dire en fait surveiller les élèves devant leurs ordinateurs ?

Quel est l’intérêt pédagogique, alors même que nos élèves retrouvent les cours en « présentiel », de les remettre seuls devant un ordinateur pour leur faire faire des exercices qui ne reflètent en rien le travail accompli en Seconde en Français ?

Quel est l’intérêt pédagogique de livrer ensuite à chaque élève les résultats de ces tests qui se présentent sous forme de cases de compétences par lesquelles on leur signifie qu’ils en ont une « bonne maîtrise » ou une « maîtrise très insuffisante » ? Comme s’ils ne s’en doutaient pas déjà et comme s’il s’agissait de les ranger dans ces cases.

L’aberration et le scandale que constituent ces tests ne s’arrêtent pas là. Pour les professeurs qui ont pu voir ces tests, le résultat est édifiant : il s’agit, en réalité, de tests cognitifs dont chaque matière, maths ou français, est un prétexte à fabriquer des « stats ». Car le but avoué est de fournir de la statistique au gouvernement et incidemment au ministère : fournir des pourcentages pour mieux stigmatiser les élèves. Là encore, notre travail d’enseignant consiste à les mener à la réussite, là où ces tests entendent numériser les inégalités territoriales et culturelles.

Plus largement, on peut sérieusement s’interroger sur les motivations profondes de ces tests dont on a appris l’an passé que les résultats étaient hébergés par des serveurs Amazon avec lequel le ministère a manifestement passé contrat. Au nom de quoi devrions-nous venir engraisser cette machine lucrative et liberticide au détriment des élèves ? N’existe-t-il pas des serveurs publics pour stocker des données dont personne, pas même la CNIL, n’a la certitude de l’anonymisation ? Qu’est-ce qui nous garantit que ces tests ne seront pas utilisés par Parcoursup ou d’autres dispositifs de classement des élèves et des établissements ?

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Alors que les établissements naviguent à vue et dans une très grande inquiétude faute d’un protocole sanitaire clair et raisonnable – faute de moyens supplémentaires accordés –, alors que nos élèves s’entassent à 30 dans des salles de classes mal ventilées – faute de moyens supplémentaires accordés –, nous nous opposons à la tenue de ces tests qui, faute de moyens supplémentaires accordés, seraient les seuls écouvillons que le Ministère propose aux élèves et à ses personnels.