Unité 8200 de Dov Alfon : Seine de crimes

Unité 8200 (prononcez Huit Deux Zéro Zéro), une branche très secrète du renseignement militaire israélien, dirigée par intérim par le lieutenant Oriana Talmor, va se retrouver au coeur d’un maelström politique sur fond de terrorisme international. Unité 8200, c’est le titre d’un thriller rythmé, réaliste et tout en ironie signé Dov Alfon, paru chez Liana Levi.

Bienvenue en France. Aéroport de Roissy-Charles de Gaulle. Parmi les passagers à peine débarqués du Vol 319 El-Al, le jeune et fantasque Yaniv Meidan est loin de se douter qu’il vit ses premières et dernières heures sur le sol français. Et le lecteur loin de savoir l’issue d’une affaire qui mêle renseignement militaire, coups politiques tordus, complots gouvernementaux, luttes d’influences fratricides et terrorisme d’état. Tout va se jouer sur une journée, entre le lundi matin et le mardi en début d’après-midi, et les morts violentes vont se succéder à un rythme effréné aux quatre coins de la capitale française tandis que sous d’autres fuseaux horaires se déploient des scénarios complexes, apparemment sans connexion avec la suite implacable des événements.

Des Chinois à Paris

Convoquant Ian Fleming qui aurait échangé des idées avec Robert Ludlum et John Le Carré ou John Grisham, Dov Alfon joue avec les arcanes du secret militaire qu’il connaît bien et distille une intrigue où les actes des un.e.s et des autres ne sont souvent que la résultante de l’intégrité, de l’engagement, ou des carriérismes, des égoïsmes, de la violence et des états d’âmes des gradés, simples soldats, dirigeants, barons du banditisme mondial. Jusqu’aux états policiers qui dépêchent leurs agents autorisés à tuer au mépris des lois et de la vie des victimes dont la liste n’aura de cesse de s’allonger au cours d’« une longue nuit à Paris » (le titre original d’Unité 8200).

A la fois drôle et quelque peu terrifiant, Unité 8200 brosse un tableau corrosif et documenté des pratiques des espions israéliens, tant sur les bases militaires que dans les allées du pouvoir ou les terminaux des aéroports. La traque est comme le monde de Dov Alfon, haletante et multipolaire. Faisant la part belle aux situations immersives (des chambres des palaces aux quartiers militaires israéliens jusqu’au Paris nocturne) et aux émotions des protagonistes (qu’il s’agisse des tueurs chinois ou du Colonel Abadi rendant visite à sa mère à… Créteil), Unité 8200 est ciné-génique, avec une profusion de détails urbains ou architecturaux à même de conduire le lecteur au plus près de l’action, au cœur de l’enquête.

Dov Alfon – capture d’écran Liana Levi

Journaliste et éditeur, Dov Alfon est né à Sousse (Tunisie) et a grandi entre la France et Israël. Aujourd’hui correspondant d’Haaretz à Paris, il a été officier du renseignement, grand reporter, Unité 8200 est son premier roman et augure du meilleur pour une suite éventuelle aux aventures de ses héros Oriana et Abadi. Unité 8200 est un récit qui emprunte au meilleur des codes des romans espionnage à l’ancienne. De Tel-Aviv à Macao, en passant par Paris et sa banlieue, avec son lot de poursuites, de morts, de trahisons et de technologie guerrière, c’est un roman au sex-appeal éclectique.

Dov Alfon, Unité 8200, trad. de l’anglais de Françoise Bouillot, éditions Liana Levi, avril 2019, 392 p., 21 € — Lire un extrait