Marc Perrin : « Le problème, c’est peut-être de vouloir à tout prix (dire) le peuple »

© Marc Perrin

Dans le cadre du partenariat de Diacritik avec Ciclic, retour le temps d’un grand entretien avec Marc Perrin sur ses ateliers d’écriture menés notamment à Bourges. L’auteur du remarquable Spinoza in China a accepté de revenir avec nous sur la question du peuple, de la communauté, de ce que signifie Tenir journal et pourquoi « formes de vie » est une formule qui le convainc de moins en moins.

Ma première question portera sur l’origine de votre projet déployé avec l’association Les Mille Univers à Bourges : comment vous en est venue l’idée ? Comment ce projet est-il précisément né et a pris place avec cette association ? Comment a-t-il été précisément initié ?

L’envie première est de continuer à proposer des ateliers d’écriture, auxquels je donne le nom de Tenir Journal. Le souhait de développer la pratique d’ateliers d’écriture s’est précisé pour moi il y a quatre ou cinq ans, pendant l’écriture et après la parution de Spinoza in China. Une envie simple : mettre en jeu en groupe une manière d’écrire que j’expérimente par ailleurs seul. Écrire le récit de nos jours, depuis notre expérience même.

Proposer un travail d’observation et de description, par lesquels une compréhension — par l’écriture de textes qui donnent telle ou telle forme à la description de ce que nous vivons peut naître. Ceci, associé à une attention portée à la forme que prennent les textes que l’on écrit, et à la distance, aussi, entre soi et ses textes.

Ces ateliers ont par exemple eu lieu en 2015 en maison d’arrêt, en association avec la maison de la poésie de Nantes, ils ont lieu également depuis bientôt deux ans dans le quartier de Port-Boyer à Nantes.

Pour ce qui est de l’origine des ateliers qui se sont déroulés entre novembre 2018 et avril 2019, à Bourges et à Tours, j’aimerais remonter à l’année 2004. À ce moment-là, Régis Guigand vient de créer une revue de poésie, Du nerf, à Rennes. Et je participe à cette revue, aussi bien en y faisant paraître des textes, qu’en étant de celles et ceux qui diffusent la revue (librairies, festivals, salons, main à la main…). À Rennes, alors, Yann Dissez est responsable de la programmation littérature et de l’organisation de résidence d’auteur.e.s au Triangle. Nous nous rencontrons, autour de l’intérêt commun que nous avons pour la poésie. Entre 2004 et 2017, on suit lui et moi nos activités, attentif chacun au chemin de l’autre, et pas seulement à nos chemins professionnels. Et en 2017, le bon moment est là pour travailler ensemble : Yann Dissez en tant qu’il travaille à Ciclic, où il a créé les dispositifs résidence d’auteur.e.s et auteur.e.s associé.e.s, et moi, alors que je cherche une manière financée pour continuer de faire vivre Tenir Journal.

Yann Dissez me met en relation avec des associations et des personnes, à Bourges, à Tours, dont les préoccupations relatives à l’écriture et à la poésie s’articulent à des questions sociales, dans le souci de proposer des temps de pratique pour tous et pour toutes. Éducation populaire. Travailleuses et travailleurs sociales. Branché.e.s avec poésie. Le projet s’est ainsi monté avec l’association les mille univers, à Bourges. En complicité avec l’association Livre passerelle, à Tours.

Dans cette année de résidence, qui répond au titre et à l’impératif de Tenir Journal, vous développez notamment votre nouvel ouvrage, Sans attendre. Le cœur de ce projet consiste, dites-vous, autant en une recherche littéraire qu’en « une recherche des formes de vie, aux formes que nous donnons à nos vies ». Pouvez-vous nous présenter, en premier lieu, ainsi Sans attendre ? Pouvez-vous, et ce sera la question suivante, indiquer ce que vous entendez par « forme de vie », par ces formes que « nous donnons à nos vies » ? S’agit-il d’une patiente exploration, presque poétique, de la manière dont nous habitons le monde ?

Sans attendre est un titre que j’ai choisi pour me donner un coup de pied au cul, en 2017. C’était un moment où j’étais, disons, dans un trou. Dont il me fallait sortir. Il y avait eu le livre Spinoza in China, paru en 2015, j’en étais très heureux. En 2016 le mouvement contre la loi travaille ! Puis le souhait d’écrire un livre, à la suite de Spinoza in China, dont le titre aurait été Spinozad partout. Mais entre le souhait et ce qui eut lieu : un écart. Un écart entre ce dont j’étais alors capable et un certain idéal que je faisais portait à Spinozad partout.

Écrivant, mon souci est de trouver un accord, une relation juste et honnête, autant que faire se peut, entre vie et texte.s. Et là, en 2017, cette relation était presque impossible à réaliser. J’ai donné ce titre, sans attendre, pour ce qu’il dit : il me fallait cesser d’attendre, faire quelque chose, je ne savais pas quoi. Sans attendre. Aujourd’hui, et depuis quelques mois, je donne un nouveau titre à ce travail d’écriture : car les fées Spinoza sont les enfants mâles et femelles, camarades en apprentissages à l’école des amours réelles, virgule. Titre bref : Les Fées Spinoza.

En ce qui concerne l’expression forme de vie, c’est une expression que je n’emploierais plus aujourd’hui. Depuis quelques temps, à chaque fois que je l’entends, j’ai l’impression qu’elle veut faire signe — un signe politique — et je n’entends plus que le signe. Et je crains bien l’avoir utilisé moi-même pour faire signe. À la place, je préfère parler tout simplement de manières d’être : quelles sont nos manières d’être en relation les un.e.s avec les autres, et comment ces manières d’être nous les mettons elles-mêmes en relation entre elles. Et pour répondre un peu tout de même sur forme de vie, je pourrais dire qu’une forme de vie, la forme que prend une vie… je l’entends comme étant une conséquence directe des manières d’êtres que nous déployons, et que ce sont précisément les relations entre ces manières d’être qui donnent une forme, des formes, à nos vies. Ta vie a telle forme, selon tes manières d’être. Ma vie a telle autre forme, selon telles autres manières d’être. La vie d’un groupe a telle ou telle forme, selon les relations entre les êtres qui forment ce groupe, selon les manières d’être et les relations entre les manières d’être à l’intérieur de ce groupe. Mais dire les choses ainsi reste abstrait, et un des objets de mon travail d’écriture serait de chercher à rendre le plus concrètement et sensiblement possible la réalité de ces relations — décrire comment nous les vivons, comment elles évoluent, et nous avec, comment on comprend ces relations et ces manières, et comment les comprenant on est en mesure de les modifier, parfois, d’accepter ou de lutter contre leurs modifications, selon. Pour ce qui est de l’écriture : le plus sensiblement possible, le plus factuellement possible, c’est raconter les jours — gestes, sensations, pensées, actions, à égalité d’importance. Et c’est en effet une patiente et lente exploration. Je ne sais pas dire si cette exploration est relative à comment nous habitons le monde. J’essaye d’être attentif à comment je l’habite, et ne l’habitant pas seul, j’espère aussi parler un peu de nous.

 

Une chose encore. Un ami définissait la poésie comme étant une pratique attentive en premier lieu aux formes qu’elle produit. Cette définition à mes yeux s’accorde autant à ce que peuvent (être) nos existences qu’à ce que peut (être)… un poème par exemple.

© Marc Perrin

Pour en venir plus concrètement à Tenir Journal et à sa forme, vous dites que c’est avec les questionnements de Sans attendre qu’a été pensé Tenir Journal. Et vous les résumez en ces quelques mots que voici : « Par l’observation et la description de ce avec quoi nous sommes en relation, de celles et ceux avec qui nous sommes en relation, comment nous produisons les récits subjectifs des jours que nous vivons. Comment nous produisons le récit d’une émancipation — jamais achevée. Comment ce récit est le récit d’un apprentissage : celui de la compréhension de ce qu’il nous est possible de vivre en commun. »
Deux questions ici si vous me le permettez : la première portera sur cette très belle idée de relation, de récit de relation si l’on peut ainsi dire. Qu’entendez-vous par « récits subjectifs des jours que nous vivons » ? Comment le mettez-vous concrètement en œuvre dans votre écriture ?

« Récits subjectifs des jours que nous vivons » pourrait se traduire par : prendre en charge nous-mêmes le récit de nos existences, et de leur compréhension, par la description de ce que nous vivons, et cela, depuis notre expérience sensible. C’est, comme le dit parfois Quintane, se prendre soi-même comme cobaye de sa propre recherche. D’un point de vue concret, pour ce qui est de l’écriture, ça passe pour moi par des prises de notes qui décrivent les faits des jours vécus — gestes, sensations, pensées, actions… relations aux personnes rencontrées, paroles échangées… — , ce n’est pas un journal tenu au quotidien, mais plutôt (en ce moment en tout cas) une écriture par salve de « retour sur la ou les dernières semaines vécus », voir ce qui remonte, ce que je fais remonter, par la mémoire, description de certains moments. Ces notes sont le matériau à partir duquel le texte s’écrit ensuite.

La deuxième question portera sur le caractère politique de votre Tenir Journal. Vous évoquez en effet « le récit d’une émancipation ». De quelle émancipation s’agit-il selon vous ? Cette émancipation est-elle celle d’un individu qui doit oublier tout individuation pour découvrir une nouvelle forme de vie, celle du comment vivre ensemble dont parlait le dernier Barthes ? En quoi s’agit-il d’une forme d’expression politique selon vous de la communauté ?

J’aimerais parler d’Ernesto. C’est un personnage créé par Duras, qui apparaît entre autres dans un film, Les enfants, et dans un livre, La pluie d’été. Ernesto est un enfant à l’âge indéfini. De mémoire, il a au début du livre entre 12 et 23 ans, et il va pour la première fois à l’école. Mais il n’y va que pendant 4 jours. Au bout de 4 jours, il revient chez lui et il dit à ses parents qu’il ne veut plus aller à l’école : parce qu’à l’école on lui apprend des choses qu’il ne sait pas. Ensuite, il poursuit son apprentissage en traînant à la sortie des écoles, des collèges, des lycées, des universités. Il apprend en écoutant parler celles et ceux qui apprennent, et non celles et ceux qui savent. J’ai repris le personnage d’Ernesto dans Spinoza in China. Il a désormais dix ans et quelques secondes, certains jours, et certains autres jours dix ans et quelques siècles. Une des choses dont il aurait à s’émanciper, ce serait du poids de l’Histoire en tant que poids mort. Il aurait le travail d’émancipation suivant à faire : se relier à certains points vifs de l’Histoire, pour avec eux être en action dans le présent.

« Le récit d’une émancipation », c’est à Ernesto que je l’associe. Et c’est avec lui que je me raccorde à un désir — pluriel, ou en tout cas complexe — d’émancipations. Si on définit l’émancipation comme étant un processus de désaliénation, de déconstruction de telles et telles dominations qui entravent ou empêchent certaines manières d’être, le récit à faire est le récit d’un entremêlement d’émancipations : émancipation de l’Histoire des vainqueurs, émancipation de la domination des savoirs autoritaires, émancipation des dominations sociales, raciales, sexuelles… émancipation de toute domination faisant taire la moindre singularité. Avec, dans ce travail d’émancipations comme production d’espaces et d’énonciation de nos singularités, la question de quelle production de commun — de quelle attention au commun.

Mais comment se produit le commun, franchement, je ne sais pas très bien. À une exception près, au moins, expérimentée dans divers contextes, et en particulier pendant les ateliers d’écriture, lorsque les participant.e.s lisent les textes qu’elles et ils ont écrits. Là, je crois, quelque chose de commun se produit. Une assemblée est réunie, et chacun.e tour à tour a la parole. Et le commun alors ne se produit pas par le seul fait que chacun tour à tour a la parole, mais par le fait que, en commun, une écoute est produite, une écoute commune, attentive tour à tour à la singularité énoncée de chacun.e. Dans ce genre de contexte, les paroles énoncent des singularités, et l’écoute produit du commun. C’est ce que j’éprouve en tout cas.

Ma question suivante porte sur la forme concrète et régulière à laquelle obéit votre projet de Tenir Journal. Vous indiquez immédiatement que la portée politique de cette vision de la forme de vie collective implique une forme d’écriture : l’atelier d’écriture. Comment a-t-elle concrètement pris forme dans les échanges qui se sont tissés au cours desdits ateliers ? Comment avez-vous dirigé le travail lors de ces séances ?

L’atelier d’écriture est pour moi un lieu où expérimenter en groupe ce qui me semble bon dans/avec l’écriture. Je pars du constat suivant : il y a quelque chose de bon que j’expérimente par l’écriture et ce bon je souhaite qu’il puisse circuler auprès de quiconque. Aussi bien auprès de personnes attentives à la publication de textes, de livres, ou qui fréquentent des soirées de lecture, qu’auprès de personnes qui ne fréquentent pas ces soirées de lecture, qui ne fréquentent pas ou peu les librairies ou bibliothèques. Ce quelque chose de bon se tiendrait dans cette continuité : observation / description / compréhension par l’écriture de textes qui donnent telle ou telle forme à la description / joie de la compréhension / diffusion de ces textes, c’est-à-dire entre autres choses : diffusion de cette possibilité de comprendre — de cette possibilité d’avoir prise, par un texte, sur une partie du réel / joie de la transmission et des rencontres qu’elle peut provoquer. L’atelier d’écriture : est une pratique et un lieu pour faire circuler ce bon-là.

En atelier d’écriture, mais en fait partout, une chose qui m’importe est de créer les conditions pour produire une confiance. Mes consignes d’écriture sont très simples, elles sont en lien direct avec ces questions d’observation et de description de la réalité dans laquelle nous vivons. Une fois ces consignes données, et les textes écrits, mon travail est un travail d’accompagnement. Très simple également. À partir des textes qu’écrivent les participant.e.s, mes interventions sont minimes : il s’agit de questions de ponctuations, d’unité de temps ou non à l’intérieur d’un texte, de demande de précision quand je ne comprends pas. Très souvent rien de plus.

Ensuite, les participant.e.s qui le souhaitent lisent leur texte. Et dans ce temps de lecture, et d’écoute, donc, quelque chose de commun s’expérimente.

De séance en séance, alors, se tisse une double confiance. D’abord : une confiance en la possibilité d’écrire, tout simplement la possibilité d’écrire. Par cette confiance est défaite l’intimidation produite par la littérature, par la bonne et seule et unique manière de dire la langue française. Par cette confiance peuvent être défaits les silences que produisent de telles intimidations. Par l’affirmation et la pratique même de la possibilité d’écrire. Et d’être accompagné.e dans cette possibilité. Enfin : une confiance en la possibilité de partager ce que l’on écrit. Et d’être écouté.e.

Tenir Journal, comme nous le disions plus haut, nourrit en parallèle votre journal de bord de l’écriture de Les Fées Spinoza. Décidément ma question sera double : en quoi l’expérience collective, celle qui tient journal du vivant, nourrit-elle votre écriture propre ? En quoi votre écriture s’en tient-elle comme l’écho ou bien davantage ?

Il y a peut-être un malentendu. Le projet Tenir Journal et le projet Les Fées Spinoza sont certes liés par des préoccupations et des pratiques communes, mais les textes écrits pendant les ateliers d’écriture ne nourrissent en rien mon journal de bord des Fées Spinoza. Le projet de résidence avec les mille univers a été un projet de résidence d’ateliers d’écriture. Et quand bien même durant cette période j’ai travaillé certains textes des Fées Spinoza, mon temps de présence pendant la résidence était dédié aux ateliers. Un des rapports — et ce n’est pas rien — entre le travail en ateliers et mon travail sur Les Fées Spinoza fut de faire circuler ce bon de l’écriture dont je parlais à l’instant. Cela dit, si rien de ce qui fut écrit pendant les ateliers d’écriture ne rejoindra mon travail personnel, ce qui par contre certainement le rejoindra est de l’ordre de ce que nous avons humainement partagé. La chose commune entre atelier et travail en solo réside pour moi dans le fait de vivre puis de partager cette joie que peut être le fait d’écrire, et, avec les ateliers, d’expérimenter cela en groupe. Dans une pièce de théâtre de Jean-François Sivadier, on demande à un personnage qui est un metteur en scène de théâtre pourquoi il fait du théâtre. « Mais pour rencontrer des gens » dit-il. En premier lieu pour cela. Se rencontrer. Éprouver concrètement ce qui peut naître et vivre de relations, entre nous, et apprendre de nous par ces relations. Ici : avec l’écriture.

Dans ce Tenir Journal, vous soulignez combien le projet repose aussi bien sur la production de paroles plurielles que sur leur diffusion. Qu’entendez-vous précisément par diffusion ? Comment mettez-vous dans les ateliers et les restitutions cette diffusion qui, de fait, comme le peuple, manque ?

Avant de vous parler de la diffusion, j’aimerais vous parler du contexte dans lequel se sont déroulé les ateliers. Deux ateliers avaient lieu à Bourges. Le premier avec des lycéen.ne.s en première littéraire, au lycée Marguerite de Navarre (groupe Margot). Le deuxième à l’atelier des mille univers, destiné à des adolescents accompagnés par la protection judiciaire de la jeunesse, et ouvert à toutes personnes (groupe mille univers). Enfin, un atelier avait lieu à Tours, avec le groupe Sanitas & Tanneurs, formé par des étudiants de l’Université de Tours — site des Tanneurs — et des participant.e.s à l’Atelier Passerelle du quartier du Sanitas (l’Atelier Passerelle est un groupe d’adultes, d’horizons, de cultures et d’âges très variés, qui se retrouvent depuis quelques années toutes les semaines pour s’entraîner à lire à voix haute des albums de littérature jeunesse).

Parmi les participantes du groupe mille univers, deux graphistes ont pris en charge la conception du journal édité à Bourges, à partir des textes écrits pendant les ateliers. L’une d’elle a proposé que le journal soit pensé pour être affiché sur les murs de Bourges. On a décidé alors d’un objet constitué de feuilles a4 et a3, imprimées seulement en recto, feuilles qui pourraient être soit affichées, soit diffusées sous forme de tracts. L’ensemble des feuilles, enfin, formant un objet, assemblé par un bandeau. Ceci décida de la forme de l’objet (et pour l’édition de Bourges, et pour l’édition de Tours qui fut conçue par une autre graphiste, participant au groupe Sanitas & Tanneurs), et de la diffusion, qui eut lieu ainsi par affichage, à Bourges, lors de la matinée du 1er mai, et par tractage, au lycée Marguerite de Navarre, le 2 mai, et à l’Université de Tours sur le site des Tanneurs, le 3 mai. Diffusion, donc, sur les lieux mêmes où avaient eu lieu les ateliers d’écriture. Un tractage aura lieu le 29 juin lors de la fête de quartier du Sanitas, autre lieu où nous nous réunissions pour les ateliers d’écriture. Le journal est par ailleurs aujourd’hui disponible au cdi du lycée Marguerite de Navarre, à mille univers, et dans les locaux de Livre Passerelles. Enfin, il est disponible au format pdf — imprimable et diffusable par tous et toutes — sur le blog de Tenir journal.

Je ne sais pas si le peuple manque. Le peuple manque, cette phrase m’a toujours embarrassée. Je me dis souvent que le peuple peuple. C’est tout. Il peuple. De quelque manière qu’il peuple. Et nous en sommes, de ce peuple, toutes et tous. De quelque manière plus ou moins aimable que nous le formions. Et pour reprendre un point d’un des textes de Quintane dans Les années 10 — un point de grammaire — , le problème, c’est peut-être de vouloir à tout prix (dire) le peuple. Et non de considérer ce que pourrait être un peuple. Dans telle ou telle circonstance historique. Par exemple aujourd’hui.

Je pense à cette phrase inscrite sur une affiche, vue à proximité d’une caravane, jaune, avant-hier, lors d’un banquet gilets jaunes sous la halle d’une commune, dans le centre de la France : Un peuple debout ne rond-point.

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