Dix pour cent (saison 3) : l’agence tout rixe

Ils sont de retour le 14 novembre sur France 2 : Andréa, Mathias, Gabriel, Arlette, Hicham, Camille… les agents d’ASK aux affres intimes aussi nombreuses que les desiderata et doutes de leurs talents. Pour cette troisième saison, si la recette est toujours la même, les guests s’appellent Jean Dujardin, Béatrice Dalle, Isabelle Huppert, Gérard Lanvin ou Monica Bellucci : des stars en contre-emploi, des acteurs au bord de la crise de nerfs, du second degré en veux-tu en voilà. Avec une mention spéciale pour Isabelle Huppert qui s’auto-parodie avec bonheur en jouant une workaholic plus vraie que nature.

Côté cour et côté (Du)jardin

Comme dans les deux premières saisons, les tourments personnels et l’ambition collective de ces vrais faux agents artistiques sont au centre de cette saison 3 placée une fois de plus sous le signe du décalage jusqu’au burlesque. C’est la recette de Dix pour cent, proposer un pas de côté, pour montrer les talents autrement, jusqu’à les normaliser, loin des rôles qu’on les a vus jouer. Exubérant en Hubert Bonnisseur de la Bath ou plus sobre chez Nicole Garcia, Jean Dujardin est parfait en acteur en pleine « Day-Lewis« , incapable de sortir de sa dernière interprétation, quitte à mettre en péril la suite de sa carrière. Entre deux films et à la suite d’une dernière désillusion amoureuse, Monica Bellucci semble lost in transition, davantage concernée par sa vie sentimentale, constatant de râteaux en râteaux qu’elle « fait peur aux phallus ». Et que dire de Gérard Lanvin en vieux routier, presque en parrain du cinéma, qui met le pied à l’étrier d’un apprenti comédien tout en ayant peur de se voir voler la vedette…

Une nouvelle fois, les scénaristes de Dix pour cent se sont beaucoup amusés à jouer avec l’image publique des stars invitées, de ce que l’on connaît d’eux par écran(s) interposé(s). Arrivant même à se jouer de ces préjugés terribles induits par leur surface médiatique ou ce qui a été dit, écrit sur elles. Le brouillage est tel que l’on se surprend à croire que l’on nous montre ces actrices, acteurs, comédiennes, comédiens tels qu’en eux mêmes. L’ingéniosité et la finesse sont dès lors plus qu’un marque de fabrique : quand Dix pour cent met en scène l’intransigeance de Béatrice Dalle ou la boulimie de tournages d’Isabelle Huppert (qui jour et nuit court de plateaux en participations bénévoles), la série s’amuse à casser autant qu’à reconstruire les codes du vedettariat.

Mais le cœur de cette saison 3 bat aussi et surtout entre les murs de l’agence ASK. Tout n’est que croisements de personnalités au sein de cette entreprise, avec des interprètes en pleine forme : Camille Cottin, Thibault de Montalembert, Grégory Montel, Liliane Rovère, Assaad Bouab, Nicolas Maury… Pris (jusqu’à y être enferrés) dans un tourbillon professionnel et existentiel, les agents semblent condamnés à une fuite en avant permanente. Forcés de jouer les conseillers, mentors, papas ou mamans de leurs grands enfants de stars, ceux qu’on n’appelle plus des impresarios se tirent dans les pattes, sabordent les projets, sauvent la boîte à chaque épisode. D’appels au calme en gestions de crises, les agents sont sur tous les fronts pour que leurs talents soient sur les toutes les bouches. Et au-delà de l’humanisation du star-système, il faut voir dans Dix pour cent l’énorme tendresse pour le métier d’acteur et le grand message d’amour adressé au cinéma.

Cinéma, cinéma


Dix pour cent
, c’est à la fois et avant tout un film dans le film – exercice périlleux – et une comédie aux dialogues vachards, aux punchlines hilarantes. Dans le même registre et entre autres références, on pourra faire le parallèle avec Les Acteurs de Bertrand Blier (2000) dans lequel on voyait Jean-Pierre Marielle, Michel Serrault, Jacques Villeret, Pierre Arditi, Josiane Balasko, Jean-Claude Brialy en liberté, jouant à être eux-mêmes sans fard (et parfois sans filtre). Pour preuve avec cette réplique (prémonitoire ?) d’un Michel Serrault énervé, « je ne peux pas travailler dans ces conditions, vous renvoyez le scénario, et quand vous serez prêts, vous appelez mon agent ! » Call my agent… le titre choisi à l’international pour le très hexagonal Dix pour cent

A compter du 14 novembre, on voit donc réapparaître Julien Doré en créateur maudit, Guy Marchand en vieux sage, Françoise Fabian et Line Renaud en éternelles rivales réconciliées ; Adjani, Norman, Cécile de France sont cités en référence aux saisons passées. L’univers fictionnel ne cesse de se (re)construire pour mieux se substituer à ce que l’on croit savoir de ce milieu du cinéma. On retrouve donc les agents et tous les talents ou presque de l’agence pour rire imaginée par Dominique Besnehard et Fanny Herrero. Une agence qui se démène et se débat pour exister et faire plus que jamais trempette dans la renommée.

Dix pour cent, saison 3, créé par Fanny Herrero d’après une idée originale de Dominique Besnehard, avec : Camille Cottin, Thibault de Montalembert, Grégory Montel, Liliane Rovère, Assaad Bouab, Nicolas Maury… à partir mercredi 14 novembre sur France 2.