The Marvelous Mrs. Maisel : Queen of Comedy

Les années 50, New York, l’Upper West Side versus le Lower Manhattan. Des condos de Columbus Avenue aux caves de l’East Village, ce sont deux mondes qui se télescopent et qui augurent bien plus qu’une sit-com aux rires enregistrés et aux punchlines formatées. Hommage au stand-up et chronique d’une époque révolue et des temps à venir, The Marvelous Mrs Maisel est sans conteste la meilleure série de l’année.

C’est une perle,  une pépite, un bijou de série vintage et moderne à la fois, bercée des standards 50’s, de Duke Ellington à Frank Sinatra en passant par Peggy Lee ou Harry Belafonte, qui remonte aux sources du comique made in America, né dans les caves enfumées, les comedy-clubs confidentiels, s’élevant contre l’intelligentsia new-yorkaise et en marge du show business clinquant réservé à l’upper class.

The Marvelous Mrs Maisel est une réussite à plus d’un titre — la série d’Amazon a d’ailleurs été honorée aux derniers Emmy Awards, balayant les favoris des networks traditionnels —, sa reconstitution du New York de la fin des années 50 le disputant à une écriture bavarde et enlevée, (Woody)alleniènne au meilleur sens du terme et distillant une critique de la société américaine conservatrice, rigide et machiste.

Il a fallu tout le talent d’Amy Sherman-Palladino (Gilmore Girls, Roseanne) pour livrer avec The Marvelous Mrs Maisel une série à la fois ancrée dans le passé et résolument moderne. Alors qu’en 1958, Miriam « Midge » Maisel (Rachel Brosnahan), jeune femme de bonne famille se complaît avec délice dans sa vie de mère au foyer, son mari Joel (Michael Zegen) tente de percer dans le stand-up en se produisant dans un cabaret de Greenwich Village, le Gaslight Café. La vie du couple marié, deux enfants s’écoule doucement, parallèlement : le jour, l’époux travaille et subvient à l’économie du couple et l’épouse vaque à ses occupations, de cours de gym en promenades à Central Park. Midge assure le service avant et après-vente, planifiant les passages de son mari sur la scène en soudoyant le régisseur et débriefant ses performances sur le chemin du retour…

Mais Joel n’a pas le talent du déjà mythique Lenny Bruce (comique torturé, inventeur du stand-up, pratiquant l’humour Bortscht Belt), il lui arrive même, un soir, de simplement réciter le sketch d’un autre pour s’assurer les rires. Pour Midge, c’est le début d’une cascade de désillusions : son Joel adulé est un plagiaire, un mari infidèle et velléitaire. Mais c’est aussi le point de départ d’une révélation. Un soir, ivre, désespérée, elle monte sur la scène du Gaslight, empoigne le micro et déverse son mal-être avec un humour ravageur, sidérant et faisant rougir et s’esclaffer l’audience par un flot ininterrompu d’obscénités et de saillies percutantes sur la condition féminine, sur l’adultère, sur la judéité, sur la maternité… Une performance si naturelle, si décomplexée qu’elle attire immédiatement l’œil de sa future impresario Susie Myerson (Alex Borstein) et de la police qui l’embarque aussitôt pour outrage aux bonnes mœurs.

Pygma-lionne

Dans le rôle de Midge Maisel, Rachel Brosnahan excelle avec un abattage hors du commun, un débit de paroles legato qui ferait passer le plus speedé des humoristes pour un paresseux sous Valium. Mais au delà de l’interprétation, c’est l’épiphanie de cette housewife qui concentre l’attention parce qu’elle parle d’exercer un métier d’homme dans un monde d’hommes, elle parle de l’éclosion d’un talent brut, d’une vis comica innée, d’un choix de vie contre le fatalisme atavique.

The Marvelous Mrs Maisel est bien plus frontale que Mad Men qui parlait en creux de l’évolution de la société américaine par le prisme de l’ascension et de la chute de Don Draper : ici Midge évolue dans une famille juive aisée, son père est universitaire, sa mère est son role model (elle reproduit les comportements maternels du lever au coucher), son avenir est tracé depuis sa naissance… La découverte de sa vocation se double d’une découverte d’elle-même, de son moi profond. Désinhibée (par la déception, son divorce, l’alcool et même un peu de marijuana), libérée, Midge prend ses distances avec un destin déjà écrit pour et malgré elle. L’improvisation doit céder le pas à la création si elle veut percer, épaulée par Suzie, elle va tenter de gagner sa place sur scène, trouver un job et s’affranchir.

Série qui parle d’émancipation féminine dans l’univers des one-men shows et de création débridée dans l’Amérique pudibonde, série hilarante et virevoltante, The Marvelous Mrs Maisel est d’ores et déjà renouvelée pour deux saisons. Rendez-vous est pris le 5 décembre 2018 pour la suite de la fabuleuse histoire de Madame Maisel.

The Marvelous Mrs Maisel, créé par Amy Sherman-Palladino, avec Rachel Brosnahan, Michael Zegen, Alex Borstein, Tony Shalhoub, Marin Hinkle, Luke Kirby, huit épisodes de la saison 1 disponibles en intégralité sur Amazon Prime.