La revue Spasme : « Notre revue est née de la volonté de faire émerger un espace d’expression capable d’inséminer notre désir »

En prélude au 28e Salon de la Revue qui se tiendra le 9, 10 et 11 novembre, Diacritik, partenaire de l’événement, est allé à la rencontre de revues qui y seront présentes et qui, aussi vives que puissantes, innervent en profondeur le paysage littéraire. Aujourd’hui, entretien avec Anne de la splendide revue Spasme.

Comment est née votre revue ? Existe-t-il un collectif d’écrivains à l’origine de votre désir de revue ou s’agit-il d’un désir bien plus individuel ? S’agissait-il pour vous de souscrire à un imaginaire littéraire selon laquelle être écrivain, comme pour Olivier dans Les Faux-Monnayeurs de Gide, consiste d’abord à écrire dans une revue ? 

Notre revue est née en 2015, de la volonté de faire émerger un espace d’expression capable d’inséminer notre désir, de dédire les images fatiguées, de décoller les étiquettes communautaires, d’embrasser l’étrange, de défier le despotisme de la subversion, de rendre autant hommage aux mouvements du cœur qu’aux élans du corps cru, franc et vénérien, de démasquer notre relation à l’autre, pour enfin devenir le vaisseau naviguant à la rencontre d’esprits féconds et de tous bords. Nous sommes deux à conduire le projet de bout en bout, des choix éditoriaux et graphiques jusqu’à l’auto-production.

Quelle vision de la littérature entendez-vous défendre dans vos différents numéros ? Procédez-vous selon une profession de foi établie en amont du premier numéro ?

La vision de Spasme n’est pas uniquement littéraire puisque nous publions des œuvres graphiques au même titre que des textes. Nous défendons une exploration non-partisane des imaginaires érotiques, pourvu qu’ils défendent une sensibilité fertile, qu’ils engagent notre rapport à l’autre, qu’ils s’écartent des clichés les plus endigués du genre. Il nous tient à cœur de publier des œuvres faites autant par des hommes que des femmes, de toutes orientations sexuelles et de tous âges. C’est pour nous une manière d’assurer une diversité de regards sur les questions que posent aujourd’hui le désir, l’amour, l’érotisme, la sexualité, la relation à l’autre…

Comment décidez-vous de la composition d’un numéro ? Suivez-vous l’actualité littéraire ou s’agit-il au contraire pour vous de défendre une littérature détachée des contingences du marché éditorial ? Pouvez-vous nous présenter un numéro qui vous tient particulièrement à cœur ?

Un numéro se compose au fil des œuvres que nous recevons par le biais d’appels à contributions. Nous contactons par ailleurs des personnes dont nous rencontrons le travail aux détours des réseaux sociaux, de galeries, de collectifs d’artistes, de salons d’édition, etc. C’est par le lien plus ou moins ténu qui se tisse entre les différentes œuvres que nous voyons chaque numéro apparaître. Le dernier numéro (N°2) paru en octobre est celui qui nous semble peut-être le plus abouti. Paradoxalement, il est né plus vite que les autres, plus spontanément, et c’est pourquoi il y a peut-être en lui une certaine évidence. Il a été influencé par l’atmosphère dans laquelle nous avons baigné pendant sa création, dans la chaleur et les lumières de l’été.

À la création de sa revue Trafic, Serge Daney affirmait que toute revue consiste à faire revenir, à faire revoir ce qu’on n’aurait peut-être pas aperçu sans elle. Que cherchez-vous à faire revenir dans votre revue qui aurait peut-être été mal vu sans elle ?

C’est par la mise en relation, par des jeux de dialogues, d’associations ou de dissonances, entre les œuvres, que se construit la revue. C’est cette forme éditoriale qui, en liant, rend possible cette superposition de points de vue qui n’auraient pas débattu sans elle. C’est ainsi que nous cherchons à (re)faire émerger un espace d’expression qui ferait face à l’écrasante abondance de la pornographie.