Le moi de juin

Juin : Quand y faux, y faux (détail)

Juin est un mois qui pose plein de problèmes. On ne sait jamais s’il faut prononcer « /ʒɥɛ̃/ » ou « /ʒwɛ̃/ ». Source de nombreuses incompréhensions, le mot juin est un peu ce que oui est à huis ou huit, alors qu’il n’y a aucune raison de confondre cinq à sept et cinq sets, sis et six, et un et Hun font deux. Le compte est bon. Monsieur Berger à vous pour les lettres.

Un peu d’histoire : Le mois de juin est ainsi appelé parce qu’il est le sixième mois de l’année. Une étymologie possible est junius du nom de Lucius Junius Brutus, fondateur légendaire de la République romaine. Son usage a traversé les âges puisque de nos jours encore, dans le sud de la France, il se prononce comme il s’écrivait en moyen français : « juing ».

Les Anglo-saxons l’appellent « le mois sec » et, par opposition avec juillet, le « premier mois doux ». Ce qui est complètement con puisque le premier mois doux c’est août, selon que l’on prononce les « t » terminaux ou non. Mais ce n’est pas très étonnant de la part d’un peuple qui aime brûler les pucelles, se retirer de l’Union Européenne ou les fictions policières dont les héros sont alternativement un détective belge ou une vieille fille caustique et plus curieuse qu’un journaliste du Morandini blog. Le mois de juin commence dans le signe zodiacal des Gémeaux et se termine dans celui du Cancer. Ce qui ravit les oncologues quand ils voient débarquer un natif du signe dans leur cabinet. Enfin, le mot juin est à lui seul une source inépuisable de calembours inutiles, comme dans le châpo de cette chronique.

Hormis sa consonance trouble avec les cigarettes artisanales qui font dire des imbécillités et dilater les pupilles, juin a souvent été source d’inspiration pour les poètes et les romanciers qui ne tarissaient pas d’éloge sur ce mois calme et tranquille durant lequel les juilletistes font profil bas et leurs bagages tandis que les aoûtiens rongent leur frein :
« Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin ! L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière. » (Rimbaud, Poésies,1871).
« C’était une de ces fêtes de printemps, d’un charme si tendre. Les chaudes soirées de juin avaient permis d’ouvrir les deux portes du grand salon et de prolonger le bal jusque sur le sable du jardin » (Zola, Nana,1880).
« Quel jour on est Erwin ? – Le 6 juin, pourquoi ? – Fais les bagages et rentrons à Berlin, on s’évitera le chassé-croisé ». (Ulrike Rommel, Mémoires de guerre).

Notons que le mois de juin doit une grande partie de sa renommée à la Seconde Guerre Mondiale, avec (entre autres) le discours « cœur serré » de Pétain auquel répondit le général de Gaulle par son fameux appel du 18. Le tout par radios interposées. Les moyens de communication n’étant pas alors ce qu’ils sont aujourd’hui, on peut imaginer sans peine que si le général n’avait pu joindre la France par téléphone depuis Londres, c’est que ça devait être occupé.

De nos jours, sans les commémorations obligées ou la rediffusion annuelle et facultative du Jour le plus long à la télévision, on ne souviendrait même plus du débarquement de Normandie au cours d’un mois qui passe d’ordinaire inaperçu puisque l’on passe la majeure partie de celui-ci à se demander s’il fera beau en juillet ou s’il nous restera assez d’argent pour faire les soldes après le paiement du deuxième tiers provisionnel. D’où l’expression (en français très moyen) : « avoir du mal à juindre les deux bouts ».

D’un point de vue historique, il faut savoir que (toujours) pendant la seconde Guerre Mondiale, un général du même nom s’est illustré au cours de nombreuses batailles, dont celle du Mont Cassin (en mai). Et les livres d’histoire sont désormais bourrés de phrases pouvant induire en erreur le moins bachoteur des écoliers comme « c’est l’hiver qui a eu raison des ambitions napoléoniennes pendant la campagne de Russie et c’est Juin qui a repoussé les Allemands de la tête de pont sur le Garigliano »… Convenez qu’il y a de quoi se tromper. Et qu’il n’y a plus de saisons. Vivement le moi de juillet !