Franck Gérard : November 26, 2014 (Fifty-Three Days, journaux américains, 39)

© Franck Gérard. Avec le soutien de l'Institut Français et de la ville de Nantes
© Franck Gérard. Avec le soutien de l’Institut Français et de la ville de Nantes

LAS VEGAS /PAHRUMP /LOS ANGELES /Thirteenth day

Las Vegas est une femme, une vampire. Elle m’a pompé mon énergie, mon sang mais surtout mes dollars car tout est plus cher ; sauf la chambre d’hôtel. Je me lève assez tard ; j’ai très mal dormi ; je me suis battu avec la clim/radiateur ; soit j’ai trop chaud, soit j’ai trop froid ! Mais c’est surtout à cause des cauchemars qui me réveillent sans cesse. C’est un peu trop intense vu qu’à chaque fois que je me rendors le cauchemar continue, c’est toujours la suite. Douches, bagage, barre de céréales, check-out ! Je vais à la voiture et me souviens de ce petit problème : « Check press tires ! ». Alors qu’il y a deux jours je sors de la dernière station-service avant Vegas, à 75 miles, ou 100 de la ville ; cette inscription clignote sans cesse sur le tableau de bord mais je décide de continuer en stressant un peu. Premier truc de la journée : Urgence « Checker les pneus » ! Appeler l’agence de location à L.A. parce qu’aucune inscription sur la portière ni papier évoquant le fonctionnement de ma chère voiture. On me dit de gonfler entre 40 et 45. Embouteillage, entre 40 et 45 minutes pour trouver une station-service. Ce doit être lié ! Un dollar minimum pour de l’air ; pour trois minutes d’air. Mais aucun cadran de pression. Je vais voir le type de la station-service qui m’explique vaguement. J’y retourne mais ne comprends toujours pas. Je reviens à la station mais « Pas le temps ». J’ai compris : « Could you help me, please, before I take a coffee and some gaz, you know ». Et là, le type vient carrément me gonfler les pneus avec un sourire. Il n’y a pas de cadran ; c’est un système assez étrange et même obsolète. Il vous faudrait le voir. C’est tout de même étonnant la modernité, parfois. Finalement, on devient presque copains. Encore plus lorsque je baragouine un peu d’espagnol. Mais on rigole et avec sa collègue aussi.

Mais lorsque je pars, après mon café, il est déjà midi. Direction la « Death Valley ». A peu près une heure de route pour arriver à Pahrump ; mais un peu plus car je me fais avoir deux fois. Lorsque tu te trouves sur la « Right lane » et que tu ne fais pas plus attention que cela, tu es dans l’obligation de tourner à droite. Je ne risque pas le coup de reprendre la voie de gauche, vu la ligne TRÈS blanche ; le Nevada est bourré de « Highway Patrol » qui sortent de je ne sais où. J’arrive à Parhump après un voyage entre les montagnes ; c’est divin : la route, le paysage. Il faut que je déjeune ; je trouve un « Dinner » du coin et je mange, devinez quoi, un Hamburger ! Mais, au moins, il est excellent ! Le temps de commander, d’être servi, de manger ; il est déjà 13h30. Je calcule : 3h30 pour arriver au milieu de l’intersection des deux seules routes qui existent dans la Vallée de la Mort ; après, trouver un motel. Il ne reste que trois heures de jour. Je me dis que je pourrais trouver un motel cheap dans le coin.

Pas de chance, en demandant à la serveuse, elle me dit que c’est 100 $ minimum la nuit ici ; vu que c’est le dernier bled avant « plus rien ». Elle revient me voir : « Mike, là-bas, dans le coin, connaît très bien Parhump ! ». OK ! Je vais voir le « Mike » en question, à qui elle fait un signe. Chapeau de cowboy, peau brûlée par le soleil, moustache grise ; le cliché, oui, mais une gueule magnifique. On discute, nous échangeons un peu nos vies. La question du motel arrive : « Au bout de la Homestead Road, tu as un Ranch, le Shery’s, et les chambres sont pas trop chères, 50 ou 60 bucks ! Vas-y de ma part ! ». Avec un sourire en coin. Ça marche ! Je prends congé, le remercie et trace sur 15 miles. J’arrive au bout du bout d’une route, La « Homestead » et vois le ranch en question. Sur les murs des pin-up. Je vois écris « Brothel ». J’hésite ; je sonne. Une femme m’accueille. Super cool !

L’accueil est étrange mais j’ai déjà compris. Une lumière incroyable qui traverse des voiles blancs ; un piano à queue au bord de cette immense salle d’accueil avec des fauteuils ringards, de la moquette, blanche, elle aussi… Mais il se dégage de cet endroit et de cette femme une douceur. Mais j’avais déjà compris en lisant les panneaux parlant de rapports protégés, de « disease » à l’entrée. J’ai quand même sonné et discuté. Je pouvais rester, manger et boire là-bas, m’a-t-elle dit, mais moi je ne pouvais pas, alors le choix a été de revenir ici, en espérant aucun embouteillage. J’ai suivi le soleil ; je me suis arrêté pour marcher dans le désert avant que la nuit ne tombe ; j’ai pris une « Bakery » en plein milieu de celui-ci ! Une boulangerie en plein milieu du désert, ou presque ! Un « gentlemen’s club » en château, qui ressemble à là où j’étais à Vegas. Plein de magasins de « Guns » ! Je sais, tout est cliché, même les images. Mais ici est un cliché, bien plus qu’ailleurs. Tout est si photogénique ! J’ai cru me faire poursuivre par la « Highway Patrol », cachée derrière un rocher mais c’était pour ceux qui m’avait dépassé à 70 ou 80 miles à l’heure alors que la limite était de 55. Ils jouent aux indiens ; je ne comprenais pas d’où ils sortaient ; ils ont adopté les méthodes ancestrales pour t’attraper. J’ai tracé avec de la « Motown » à fond dans la voiture et les lumières qui arrivaient par millions, après le désert, pour arriver au bercail, accueilli par les sirènes de Los Angeles ; ce chant des sirènes qui continue de m’envouter tel Ulysse. Alors, pourquoi partir ailleurs ?

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