Franck Gérard : November 24, 2014 (Fifty-Three Days, journaux américains, 37

© Franck Gérard. Avec le soutien de l'Institut Francais et de la ville de Nantes
© Franck Gérard. Avec le soutien de l’Institut Français et de la ville de Nantes

LOS ANGELES /LAS VEGAS /Eleventh day

Je me lève tôt ; prêt à partir. Mais, j’ai un doute vis-à-vis de mon assurance, pour la voiture ; c’est le gag de la journée qui commence ! J’appelle en France ; le doute est toujours là. J’appelle l’agence de location ; je dois aller les voir. J’y vais ; ressors sur Hollywood Blvd ; ils sont en train de mettre les décorations de Noël sur les poteaux ; avec des étoiles, bien sûr. Je photographie une femme qui filme ; il y a toujours un tournage ou plutôt cent par jour ici, dans le royaume de l’image. J’aime beaucoup l’histoire de ce lieu ; comment il s’est construit ; 44 colons mexicains, au début, je crois ; enfin c’est ce que je pense avoir lu sur les faïences de la station « Universal City ». Justement, après l’agence de location (1h30 de trajet), ils me disent qu’il faut venir avec la voiture pour faire un nouveau contrat. Je comprends qu’ils ont peur ; l’arnaque du genre « Tu prends finalement l’assurance car tu as défoncé la caisse ! » ; alors, ils veulent la voir. Justement, disais-je, je suis dans le métro et vois cette jeune femme attendre ; mais sur son scooter ! C’est vraiment très beau mais je ne la shoote pas comme je voudrais, de profil ; de trois-quarts seulement car je n’ose pas lui demander ; j’ai trop peur de passer encore une fois pour un « offenseur sexuel ».

Je me retrouve donc à lire les faïences de la Station « Universal City », car j’ai pris le métro à l’envers ! Vingt minutes de plus dans les dents ! Donc je vais chercher la voiture à Highland Park. La rame de métro reste ensuite bloquée vingt minutes dans un tunnel. Tout se passe pour que j’arrive deux heures plus tard à la voiture. Je prends mon sac et hop, je fonce. En sachant que si j’ai le moindre problème ; venant de moi ou d’un tiers, et encore plus d’un contrôle de police, je suis mort, métaphoriquement parlant ; « Dead » ! Je n’ai pas de « Liability insurance » ; ce qui est obligatoire en Californie ! Je conduis comme si j’étais sur un tapis et non du bitume… J’arrive ; on refait le contrat. Je décide de partir tout de même. Il est 15h30. Direction Las Vegas ! Bon, oui, il y a des embouteillages ; un peu. C’est encore une fois exotique ! Mais au bout d’une heure, ça l’est moins. Au bout de deux heures trente tu pètes les plombs ! J’ai sauté le repas de midi pensant que je mangerai sur la route : je rêve !

Le GPS m’indique que j’arriverai vers 19h30 (à 70 Miles à l’heure mais là je suis à 7/8, parfois 15 ou 20, cela varie). Et puis il m’indique finalement 22h30 ! A 18h00 je sors de la Highway. J’arrive dans une zone commerciale quelconque ; celle-ci encore plus quelconque à ce moment-là ! Je meurs de faim ! Tu as le choix entre junk Food, junk food ou junk food. Du sel, des patates, des pizzas, des tacos, de la viande et je choisis de l’huile d’arachide chez les Five Guys où je m’enfile du burger/frites. J’ai quelques contacts car je marche un peu. Avec une femme homeless, un des serveurs, une famille dans le parking. Ça fait du bien après deux heures trente dans la voiture. Je demande à combien de miles je suis de Los Angeles. 50 ! J’ai fait 75 kilomètres en 2h30 ! Je repars une heure plus tard et j’atteins enfin les 70 miles à l’heure que je ne dépasse jamais ; mon intuition se vérifie vu les nombreuses « Highway patrol » qui arrêtent des véhicules au bord de la route ; comme dans une série. Ça y est, je suis dans le désert. Je le sais, même s’il fait nuit car je vois les étoiles. Plus aucune lumière aux alentours. La circulation est super fluide ; j’adore conduire la nuit ! Je m’arrête dans une station-service au milieu de nulle part ; d’une beauté insolente ; au milieu du désert. Je fais une pause après deux heures de conduite encore. Il fait très très froid dans le désert. Deux femmes rentrent dans la station, pendant que je paye, avec leurs valises et demandent l’hospitalité pour la nuit ; elles n’ont pas de voitures me disent-elle. Elles cherchent du travail et vont à Las Vegas. Je leur propose de les amener mais la parano ambiante fait que c’est impossible ; et je comprends très bien ! Je ferai la même chose ! Ce qui est divin, c’est lorsque tu approches d’une ville et que tu vois les lumières au loin, venir vers toi. La « porte de bienvenue du Nevada » est, dans son genre, une hallucination avec le portique « Highway Patrol Zero Tolerance Zone » sur la route. Un panneau t’indique la « Ghost Town Road » ou mieux la « Zzyzx Road » . Et dans le genre lumières au milieu du désert, lorsque tu arrives à Las Vegas, c’est… C’est… Magique.

Moins après. J’ai choisi d’aller dormir à « l’Excalibur » sur le Strip, vu que je vis en Bretagne (oui à Nantes !). Une demi-heure pour trouver une place de parking ! Un kilomètre pour arriver à la « registration » puis un autre pour arriver à ta chambre. Trop épuisé pour écrire. Il est 23h30. Je joue timidement à la roulette ; gagne douze dollars et vais me coucher dans ma chambre, tout au bout du couloir, la 14104, au quatorzième étage avec deux lits doubles. Je pense à ce film que j’aime beaucoup, Barton Fink lorsque je suis dans le couloir. Et lorsque je regarde par la fenêtre, je suis dans un véritable décor de carton-pâte. Je me demande déjà ce que je fais ici.

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