Personal Shopper : SOS Fantoche

Personal Shopper

Parmi les nombreux choix controversés du dernier jury du festival de Cannes (oubli de Toni Erdmann ou Sieranevada, présence du fadasse film de Dolan), la présence de Personal Shopper au palmarès est surement le moins défendable. Soit le Prix de la mise en scène, ex-æquo avec le Baccalauréat de Cristian Mungiu qui pouvait, lui, prétendre à la Palme d’or, pour un film au style pompeux, aux grosses ficelles et qui fait déjà partie du pire de la filmographie chaotique d’Olivier Assayas…

Personal ShopperOn aime bien Olivier Assayas, critique pertinent, fin connaisseur du cinéma, réalisateur de quelques bons films dont le très réussi Carlos, c’est toujours un plaisir de l’entendre défendre le film d’un autre, c’est moins plaisant d’écrire sur les siens, surtout quand ils franchissent aussi allègrement les limites du ridicule.

Maureen, américaine à Paris, cumule les emplois de Personal Shopper, c’est à dire qu’elle s’occupe de la garde-robe d’une star et qu’elle est… médium. Entre une visite dans une maison hantée, pour convaincre le fantôme de ne pas ralentir le marché immobilier, et une visite chez la star, fantomatique car souvent absente (oui, la subtilité n’est pas le fort d’Assayas), elle tente d’entrer en communication avec son frère, mort d’une malformation cardiaque dont elle a également hérité. Énigmatique. Une leçon énigmatique sur la vie, la mort, l’absence. Comme cela ne suffit pas, elle reçoit de mystérieux textos (enfin, mystérieux, il faut à peu près 2 minutes pour comprendre qui en est à l’origine) : ÉNIGMATIQUE ! Enfin, elle se retrouve au cœur d’un thriller sanglant ÉNIGMATIQUE ON VOUS DIT !

Défenseur du cinéma de genre, l’auteur du déjà ridicule Demon lover rate une nouvelle fois le grand écart entre le film d’auteur et le cinéma de genre. Déjà, parce qu’il porte, malgré lui, un regard méprisant sur ce cinéma de genre qui semble à ses yeux ne pas se suffire à lui-même. Il faut donc en faire des tonnes : thriller, fantastique, récit intimiste, tout y passe comme si le catalogue de références pouvait compenser l’absence d’idées originales. On y retrouvera donc Victor Hugo (dans une des scènes les plus ridicules de l’année : Benjamin Biolay en Hugo au cours d’une séance de spiritisme, à part imaginer Michael Lonsdale en Tarzan, on voit difficilement comment faire pire), Hilma af Klimt, pour pontifier sur l’art moderne, on part soudainement à Londres pour toucher la Tax Shelter (si jamais un vrai jeune cinéaste anglais la convoitait). Assayas farcit son récit comme on farcit une dinde et espère que ça lui donnera du goût. Il réussit l’exploit non négligeable de rater son film de fantôme, son thriller, son récit familial lénifiant d’une sœur à qui il manque son double (et qui, comme si ça ne suffisait pas, vit une relation à distance avec son fiancé, relation vouée à l’échec). En bon enfant de la nouvelle vague, Assayas accumule et ne fait pas dans la subtilité : l’héroïne est tiraillée entre métaphysique (elle parle au mort) et le superficiel : son métier consiste à acheter des vêtements hors de prix pour une star capricieuse.

Kristen Stewart

Malheureusement, tout l’aspect onirique du film déborde vers le kitsch non assumé, la profondeur du film étant incarné par une Kristen Stewart à qui il est essentiellement demandé d’afficher son beau regard fatigué. Reste le superficiel, dont on sait qu’il menace souvent l’auteur de Sils Maria. Filmer son actrice en espérant que du rien émerge une émotion, un tremblement, c’est le pari raté du film : Kristen Stewart est de tous les plans, elle est la seule idée du film : Kristen triste, Kristen essayant une tenue SM, Kristen sexy, Kristen en jeans baskets, Kristen se masturbe (parce que seule, fin et subtil), Kristen en scooter dans Paris comme Morretti dans Rome, Kristen a peur, Kristen est triste, Kristen fait l’Angleterre, Kristen et le mystère du tueur dans la chambre, Kristen contre les heptapodes… Ce catalogue de Kristen Stewart, qui ressemble à une longue déclaration d’amour dans ses rares bons moments, est un échec car il manque Kristen dans un film. On sait l’actrice douée, elle émergeait du néantissime Sils Maria, lumineuse chez Woody Allen, très bien dans l’adaptation de Sur la Route de Walter Salles, il n’est plus question de remettre en cause le talent et le charisme de l’actrice de Twilight, mais encore fallait-il lui donner un rôle à jouer, ne pas se contenter de se reposer paresseusement sur son regard lassé, de la suivre et de la fantasmer comme un amoureux éconduit. Que le jury du festival de Cannes ait décidé de récompenser la lourdeur, l’absence d’idée et le voyeurisme par un prix de la mise en scène est déprimant.

Dans un film catatonique, Kristen Stewart fait ce qu’elle peut pour sortir le spectateur de sa torpeur, sans succès. Reste vaguement la bande-son, dans ce domaine Assayas est un maître, heureux est celui qui part en vacances avec une playlist élaborée par Olivier Assayas. Ainsi, comme souvent, la musique du film ressemble à un de ces disques offert avec le numéro de septembre des Inrocks et contenant les futurs « tubes indés » de l’année. Creux, tape à l’œil en même temps qu’insipide : Personal Shopper incarne jusqu’à la caricature ce cinéma français kaganskien, enfant d’une nouvelle vague à bout de souffle.

Personal Shopper  – France – 1h50 (qu’on sent passer, la vache) – Un film écrit et réalisé par Olivier Assayas – Directeur de la photographie : Yorick Le Saux – Montage : Marion Monier – Avec Kristen Stewart, Lars Eidinger, Sigrid Bouaziz, Anders Danielsen Lie, Ty Olwin, Benjamin Biolay