Franck Gérard : April 26, 2014 (Fifty-Three Days, journaux américains, 9)

© Franck Gérard
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LOS ANGELES /day nine.

Je prends mon café sur les marches qui dominent la rue. J’aime bien commencer ma journée comme cela ; à observer le flux du monde. Les hélicoptères de la police traversent le ciel. Sans cesse des hélicoptères, leurs silhouettes, leurs sons, et j’aime ça. Je suis pieds nus, sentant déjà la chaleur remonter des marches faites de briques. Les gens passent et j’observe. Et je n’en crois pas mes yeux ! Je vois Willy Wonka qui arrive ! Je cours dans la maison, saute dans mes chaussures, me saisis de mon appareil photo et le poursuis. Une photo ! Il me voit ! Au téléphone avec sa mère ; j’entends la fin de la conversation : «I love you mum !». Nous discutons ; il est acteur ; nous échangeons avec amabilité nos cartes de visite. C’est bon ! Et je souris ; car j’ai déjà la photo de la journée ; moi qui lisais ce fameux roman de Roald Dahl lorsque j’étais enfant avec les dessins de Quentin Blake.

Je décide de retourner à Los Feliz et prends la voiture ; Beachwood Drive ; je monte vers les collines d’Hollywood. La route est barrée à un moment : C’est parti pour une heure de route dans le quartier d’Hollywood Hills, sur de minuscules routes à lacets dans lesquelles j’aime me perdre. Mais comme je conduis je ne prends pas d’images. Il y a ici une sauvagerie, calme, qui vous guette à chaque coin de rue ; je rentre en amour avec cette ville. Ça y est, je l’ai dans la peau.

L’après-midi, j’arpente Sunset Boulevard. Encore beaucoup de homeless ! Je n’arrive pas à ne pas les voir, à les effacer ; je ne peux prendre cette habitude. Le pire arrive quand je vois cette femme au loin et qu’en approchant je remarque cette personne à genoux, penchée sur ses mollets, énormes comme des cuisses, sur lesquelles des plaies sanguinolentes se trouvent, des plaies qu’on lui nettoie. Je souffre lorsque je l’entends hurler de douleur. Une déflagration dans ma poitrine ; le plus rapidement possible, je fuis cette vision infernale, mais surtout insupportable ; choqué.

La fin de la journée dans un Penthouse de Downtown au douzième étage d’un immeuble. Je ne me sens toujours pas bien à Downtown. Avant d’aller me reposer, je mange un excellent hamburger au In and Out sur Sunset. Je vais dormir ; la fatigue m’envahit après ces journées passées dehors. Ce soir, alors que mes yeux se ferment, j’entends encore, avec plaisir, un hélicoptère, que j’imagine rasant le haut des palmiers.

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