The Greatest n’est plus : Mohamed Ali (1942-2016)

Mohamed Ali, légende de la boxe, triple champion du monde des poids lourds, est mort dans la soirée du vendredi 3 juin 2016 à Phoenix (Arizona) : « après un combat de 32 ans contre la maladie de Parkinson, Mohamed Ali est décédé à l’âge de 74 ans», a annoncé son porte-parole Bob Gunnell. Ses obsèques auront lieu dans sa ville natale de Louisville (Kentucky).

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Alban Lefranc, en 2013, publiait avec Le Ring invisible (Verticales) le roman d’un Ali avant Ali qui foisonne « d’avenirs et d’imprévisibles ». C’est la genèse d’un nom, d’une boxe, d’une colère aussi, celle d’un adolescent noir dans une Amérique qui renâcle à reconnaître ses différences, l’époque à laquelle le jeune Emmett Till, adolescent noir, est massacré pour avoir regardé une épicière blanche. Un mois plus tard les assassins seront acquittés, en moins d’une heure, par un jury blanc.

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Ali boxe dans la distance, construit autour de lui un ring invisible. Il forge « la règle d’airain de la distance et de la proximité. Emmett (…) mon frère massacré, je te promets que je ne laisserai personne s’approcher ». « Tu as treize ans, et un matin tu abandonnes ton père sur le banc sous le tilleul, tu cours jusqu’à trouver ton corps, tu passes promesse auprès d’un assassiné ». Ali c’est la boxe devenu discours, sur le ring mais aussi dans les entretiens, une parole histrionique mais « vraie », la boxe lui est aussi une parole politique, une révolte, il faut « occuper le terrain », taper dans le « grand sac de mots ». « Ce qui est dit est dit, ce qui est dit se lance à l’attaque du monde et le défait et le retourne ». Ali veut être celui « qui vengerait enfin des décennies d’humiliation », de racisme, de ségrégation. Et la prose d’Alban Lefranc mime sa danse et ses coups. Il écrit un avant pour travailler sur une « genèse », échapper à la légende dorée du personnage ou à ce qui est trop connu. La suite d’Ali « traîne partout, elle jonche les rues, il n’y a qu’à se baisser pour la ramasser ». La suite, ce serait aussi le « corps panique » pris par la maladie, « le corps qui fout le camp ».

Lire ici l’article de Jean-Philippe Cazier sur le roman d’Alban Lefranc

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Comme l’écrit Joyce Carol Oates dans De la boxe, au-delà d’un sport, la boxe est « expérience émotionnelle impossible à formuler, primitive comme la naissance, la mort, l’amour physique », « notre théâtre tragique. L’individu réduit à lui-même ». Il ne s’agit pas d’un sport comme les autres mais de la vie, dans sa violence, ses combats, sa beauté, en somme « une infernale métaphore littéraire. La vie est comme la boxe, sous bien des aspects dérangeants ». La trajectoire de Mohamed Ali en est la parfaite figuration, lui qui est devenu personnage littéraire de son vivant, acteur, objet de biopics hollywoodiens, en un mot légende, ce qui doit être lu (et écrit).

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