« Révélation », « phénomène » : les termes les plus élogieux ont accompagné dans la presse la publication du premier roman d’Aura Xilonen, El Universal saluant par exemple sa « langue originale et éblouissante ».
Ces soudains emballements médiatiques peuvent souvent sembler excessifs, ils disent pourtant parfois une réelle découverte, une stupeur quand une voix se fait jour : c’est le cas avec Gabacho, qui sort en poche chez Liana Levi dans une traduction stupéfiante de Julia Chardavoine.

Aura Xilonen Gabacho

« Révélation », « phénomène » : les termes les plus élogieux ont accompagné dans la presse la publication du premier roman d’Aura Xilonen, El Universal saluant par exemple sa « langue originale et éblouissante ». Ces soudains emballements médiatiques peuvent souvent sembler excessifs, ils disent parfois une réelle découverte, une stupeur quand une voix se fait jour : c’est le cas avec Gabacho, qui vient tout juste de paraître chez Liana Levi dans une traduction stupéfiante de Julia Chardavoine.
Rencontre.

Ce ne sont pas seulement deux livres publiés aux éditions du Seuil que les jurys du prix Medicis ont couronnés ce mercredi 2 novembre 2016. Ce serait réduire la portée symbolique de ce double choix, cette extension du domaine littéraire, la reconnaissance d’un jeu avec les frontières essai/fiction, réel/fiction, longtemps considérées comme étanches, du moins en France. Pourquoi choisir Laëtitia d’Ivan Jablonka pour le Medicis roman et Boxe de Jacques Henric pour le Medicis Essai sinon dans l’idée implicite que les deux livres auraient pu figurer dans l’une comme dans l’autre des deux catégories, étiquettes vides de sens ? Ce prix ne fait qu’un et doit être lu comme un diptyque.

Les jurés du Prix Medicis ont donc rendu leur verdict, avec un doublé Seuil : le Medicis roman pour Ivan Jablonka (Laëtitia) et le Medicis essai pour Jacques Henric (Boxe). Le Medicis étranger est allé au roman de Steve Sem-Sandberg, Les Élus (Robert Laffont), traduit du suédois par Johanna Chatellard-Shapira et Emmanuel Curtil.

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Le ring invisible
est le roman d’une genèse : celle de Cassius Clay, boxeur génial devenu Mohamed Ali en même temps que bien d’autres choses. Le livre s’intéresse aux débuts du boxeur, à sa formation, son apparition – on pourrait dire sa naissance, puisque Cassius Clay nait un jour dans le corps du jeune Cassius, s’y développe comme une forme de vie nouvelle, une force inédite. Si la genèse est celle de Cassius Clay, de la naissance de son corps, de sa parole, elle est aussi celle du livre puisque celui-ci est composé de cette genèse. Le livre n’est pas un roman sur Cassius Clay, comme le serait un roman se pliant aux exigences de la représentation : il est le corps de Cassius Clay – son corps, ses affects, son esprit et les processus qui les traversent.

Mohamed Ali, légende de la boxe, triple champion du monde des poids lourds, est mort dans la soirée du vendredi 3 juin 2016 à Phoenix (Arizona) : « après un combat de 32 ans contre la maladie de Parkinson, Mohamed Ali est décédé à l’âge de 74 ans», a annoncé son porte-parole Bob Gunnell. Ses obsèques auront lieu dans sa ville natale de Louisville (Kentucky).

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Température anormalement haute, paysage suscitant une forme « d’inquiétude très animale », un moteur de moto semble près d’exploser. L’asphalte est-elle en train de fondre ? Se multiplient les manifestations d’un malaise du narrateur. Que signifient tous ces signes ? Nous ne le savons pas plus que lui : « si des signes me parviennent […], je ne les interprète pas, complètement largué ».

Le ring invisible est le roman d’une genèse : celle de Cassius Clay, boxeur génial devenu Mohamed Ali en même temps que bien d’autres choses. Le livre s’intéresse aux débuts du boxeur, à sa formation, son apparition – on pourrait dire sa naissance, puisque Cassius Clay nait un jour dans le corps du jeune Cassius, s’y développe comme une forme de vie nouvelle, une force inédite.

Écrire pour inventer, des vies, des mondes. Ne pas rester fidèle à l’histoire ou à la biographie mais arpenter les possibles, trouver le fil fictionnel à même de dire l’unité d’une existence et la crise de l’Histoire, de faire surgir une conscience privée comme politique, à travers le prisme du corps (intime et social).