Les Poilus frisent le burn-out : de l’ironie bien tranchée

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Guillaume Bouzard est très certainement l’un des auteurs les plus drôles de la bande dessinée actuelle. L’auteur de Mégabras, de Moi Bouzard, de Mum is dead (entre autres) enchaîne les collaborations avec Fluide Glacial, Spirou, Le Canard Enchaîné, So Foot, Libération et collectionne les récompenses : prix Jacques Lob, Grand Prix Quai des bulles, prix Schlingo… Il était donc logique qu’il s’attelle à une tâche plutôt ardue : « célébrer » à sa manière le centenaire de la bataille de Verdun avec une BD poilue et poilante…

moi_bouzard_caseLes Poilus frisent le burn-out, c’est du concentré de sarcasme et d’antimilitarisme, saupoudré d’amertume, preuve que l’on peut rire de beaucoup de choses dès que l’on a le talent pour le faire. Les saynètes s’enchaînent et Bouzard déploie dans chacune d’elles des trésors d’humour, égrainant les situations, des plus tragiques aux plus cocasses.

Ne me faites pas croire que les Boches n’étaient pas déjà un peu nazis en 1914.

Un soldat tombe dans les feuillées (manquant de peu et à son corps défendant d’illustrer à quel point la guerre, c’est vraiment le merdier) tandis que son binôme retrouve un « pays » et se paie une tranche de nostalgie ; un jeune poilu monte au front la peur au ventre de mourir le jour de son anniversaire ; « Gros bidon » écrit une lettre à sa fiancée sans savoir qu’il ne pourra jamais la finir… Les situations – presque issues d’un quotidien sinon réel du moins réaliste – se succèdent et le décalage fonctionne à merveille. Qu’il s’agisse des erreurs de l’État-major, de la morgue du commandement ou de l’absurdité des tranchées qui enterrent les combats et les hommes, des lettres du soldat Fardin à sa bonne amie Suzanne, Les Poilus de Bouzard sont une galerie de portraits finauds et bien sentis qui questionnent l’essentiel : que reste-t-il quand l’horreur et la mort deviennent quotidiennes voire inéluctables ?

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Car la drôlerie et l’humour en surface n’empêchent pas la profondeur, et la force de cet album est de battre en brèche les clichés historiques et les images D’Épinal (le match de football de Noël que l’on apprend désormais dans les livres d’histoire) de manière hilarante et avec une ironie certaine.

Le football est un jeu simple : 22 hommes courent après un ballon pendant 90 minutes, et à la fin, ce sont les boches qui gagnent. (Félix Maillocheau – 24 décembre 1915)

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Alors, ne vous privez pas de ces « formidables aventures des poilus », loin de l’iconographie guerrière et dézinguant les va-t-en-guerre qui veulent nous faire croire que les conflits armés (même des meilleures intentions) sont la seule solution, Les Poilus frisent le burn-out c’est de l’hommage dessiné du rire de résistance face à cette connerie naguère…

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Guillaume Bouzard, Les Poilus frisent le burn-out, 48 p. couleur, Fluide Glacial, 10 € 95