Fred Le Chevalier des villes

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Vous ne le savez peut-être pas mais vous connaissez déjà Fred Le Chevalier : vous l’avez déjà croisé au détour d’une rue, en passant devant un mur terne ou sale soudain égayé d’un personnage hydrocéphale, de figures en blanc et noir, avec taches de couleur, rouge, vert, jaune. Fred Le Chevalier est un passant urbain, il déambule dans la ville et partage son univers pour pénétrer le nôtre et investir notre quotidien.

Passant et non artiste des rues : Fred Le Chevalier refuse les étiquettes de « street art » ou « urban art », si galvaudées aujourd’hui, trop à la mode, applicables (et appliquées) à tout et n’importe quoi. Au point que des marques n’hésitent plus à tagguer des trottoirs pour vendre leurs produits. Lui met le dessin au cœur de tout, papier, couleurs et colle. Les supports appartiennent à tous.

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Fred Le Chevalier dessine, il est poète, baladin peut-être ; pour reprendre l’une de ses légendes murales, comme nous tous, « roi d’un pays qui n’existe pas ». Son univers tient de la chimère, des légendes enfantines, de la fable, du symbolisme héraldique et des romans de geste (couronnes, cœurs, épées, dauphins) mais qu’on ne s’y trompe pas, il est politique aussi, au sens noble, en plein cœur de la cité, parce que ses collages illuminent et irradient villes et rues, parce qu’ils commentent, sans avoir l’air d’y toucher ce qui tisse nos vies. Parce que le rêve est un moyen d’échapper à ce qui nous pèse, à la brutalité de certains rapports humains, aux frontières, moyen de dessiner une cartographie nouvelle, un ailleurs. « Je n’ai construit une forteresse que pour t’y laisser entrer ».

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Dès le nom qu’il s’est choisi, Fred est « chevalier », comme une forme de résistance surgie de l’enfance — mais les montures de ses personnages sont des tortues, des chats, des lions, des dauphins… « Pour armure nos fourrures d’enfance » : une résistance qui se poursuit dans l’âge adulte, faite d’amour courtois, lui aussi sans frontière.

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Il y a bien quelque chose de chevaleresque dans ses dessins, au sens littéraire du terme aussi, un récit qui se construit de mur en mur, de sérigraphie en livre, d’expositions en interventions sur des librairies. Chevaleresque au sens de « généreux et désintéressé » aussi, puisqu’une partie de son univers s’offre à nous gratuitement, sur nos murs, dans nos quotidiens, en passant. Jusqu’à ce que le temps fasse son œuvre et efface ces collages voués à l’éphémère, tout en laissant une empreinte, construisant une trame, telle une toile tissée d’édifices en parois.

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Il est une forme de mystère dans ces dessins, qui conduit chacun à investir son propre imaginaire dans ce qu’il voit, à y lire un récit subjectif. Sans doute est-ce le propre de la poésie, dans sa manière de glaner dans le quotidien pour le transcender, dans l’inconnu pour le partager. Les dessins de Fred Le Chevalier composent un recueil, aléatoire, à cueillir et rassembler au gré de promenades (majoritairement) dans l’Est de Paris, à l’instinct, patchwork mural fait de monstres et de créatures hybrides, hors du temps. Son travail tient de la métaphore et de l’allégorie : saisit le regard par les formes et les couleurs, le troubler, séduire (étymologiquement, mener ailleurs).

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Nous avons suivi Fred Le Chevalier à l’ouvrage, l’avons filmé marchant dans Belleville en quête de murs puis sortant sa brosse de tapissier pour coller deux de ses dessins. Le premier mur était un rendez-vous, non loin de là où habite l’une de ses amies, comme un clin d’œil. Sur la façade d’un immeuble abandonné, fenêtres obstruées de briques, murs aveugles demeurait un collage plus ancien, déjà trace. Une nouvelle créature a surgi, colorée, paradoxale, à la fois majestueuse et enfantine, dans un entre-deux qui est, peut-être la clé de cet univers.

Pour découvrir ces images qui enchantent et ensorcellent le quotidien le plus gris, flânez. Vous pouvez aussi vous rendre à la Cité des Sciences qui a invité Fred Le Chevalier. Si vous habitez Saint-Malo, l’exposition « sous caféine » s’offre à vous (jusqu’au 12 décembre) ; à Montreuil, ce sera « The tattooed Lady» (du 6 au 28 novembre).

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Et pour les lecteurs de Diacritik, vous êtes au bon endroit : Fred Le Chevalier a accepté de rejoindre notre équipe, pour notre plus grand plaisir. A son gré et à son rythme, il s’invitera dans nos pages.

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