Le Terrain vague est un lieu où on prend le temps de flâner. Où l’on peut chiner, quand le courrier se fait rare. On y trouve plaisir à affuter son regard comme un couteau, tout en se mettant à l’écoute de ce qui vient. Ici, la rentrée d’hiver ne captive pas davantage que celle d’été, mais le promeneur reste curieux de ce qui s’y entremêle d’inconnu et de retrouvailles. Dans cette deuxième chronique de l’année, le dessin étant à l’honneur, on en profitera pour rattraper quelques retards, tout en nous intéressant de près à trois quatre parutions du moment. Le temps de mettre un disque sur la platine (Mingus à Antibes, 1960 – face 2 : What Love ? avec Eric Dolphy à la clarinette basse) et c’est parti…
Vincent Vanoli
Alors que se succèdent sur la platine Études symphoniques op.13 de Robert Schumann et Couleurs de la Cité céleste d’Olivier Messiaen, nul mot, en dehors de ceux qui composent ce bref paragraphe d’introduction, ne vient à l’esprit du lecteur de bande dessinée qui a pourtant repéré ces deux derniers mois quelques titres sortant du lot, ainsi que trois ou quatre autres albums agréables à lire, ce qui est déjà ça.
1. Malgré le désir d’agencer quelques nouvelles constellations se défiant de tout regroupement par genre, le hasard des publications fait que, de temps à autre, la pile jamais épuisée des lectures en cours rétablisse d’elle-même une forme d’ordonnancement privilégiant certains domaines comme la poésie ou la bande dessinée. C’est ce qui vient de se passer avec ces deux épisodes de Choses lues, choses vues publiés simultanément aujourd’hui, concernant pour le premier six livres de littérature, dont cinq touchant de plus ou moins près à ce qu’on entend par “poésie”, et pour le second (par l’effet d’une symétrie imprévue) six de nouveau, dont cinq proposés au rayon bande dessinée, auxquels s’est agrégé un roman fraîchement imprimé qui a exigé, tel un corps vivant, doué de parole, d’être lu sans plus attendre.
1.Dans son Abécédaire, Gilles Deleuze précise qu’“écrire, c’est toujours devenir quelque chose […], c’est témoigner pour la vie, c’est bégayer dans la langue.”
Il y a cette étrange constatation, cueillie tel un fruit mûr au cours de ce qui devait être un songe éveillé : tu as acquis très jeune ce goût de la bande dessinée que tu es en train de perdre en vieillissant… Ce qui ne signifie pas que tu t’en détournes, bien au contraire.
Parce que le temps n’est qu’invention (et une donnée relative), la critique nécessite parfois d’utiliser tous les moyens du bord numérique pour absorber le flux des sorties… chronique sms de Rocco et la toison de Vincent Vanoli (L’Association).