S’il est un poète dont je lis les livres dès qu’ils me parviennent, c’est bien Dominique Fourcade. Ne me demandez pas pourquoi – mais c’est ainsi. Les lectures en retard ne manquent pourtant pas ; les piles d’ouvrages en attente de recension s’accumulent dans l’atelier – de quoi culpabiliser de ne pas pouvoir se montrer plus rapide, même si se précipiter n’est pas d’usage au Terrain vague qui est un espace où le temps – non monnayé – ne doit être compté.
revue Critique
Faire le grand écart est plus qu’indispensable quand le corps vieillit. Jadis souple, il lui arrive de se mettre en route avec difficulté au réveil. Si on doit passer ses journées à écrire, autant en accomplir une partie en position debout – j’en connais qui continuent d’écrire, et surtout de dessiner, une petite rame de papier posée sur un lutrin avec quelques plumes, pinceaux et un encrier à portée de main.
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Avec cette lumière grise, ce vent froid et humide et ces longues réparations qui ne nous réconcilient pas avec le corps, recevoir un livre inattendu peut apporter quelque viatique susceptible d’insuffler l’énergie suffisante, non pour tourner la page (s’évader en toute discrétion), mais pour tourner les pages (de livres qui ne font pas de bruit). Retrouvant une forme de concentration, le lecteur oublie de compter le temps, même quand une pulsation régulière aux maracas se fait entendre sur de petites enceintes réglées à faible volume.
Très tôt, Jean-Christophe Bailly a eu la conviction qu’il serait écrivain, quelqu’un donc qui écrit, qui écrit des livres. On aurait tendance à penser qu’il s’agit principalement d’essais. Ils le sont, certes, mais des essais qui s’écriraient avec les autres genres, qui les élargiraient, qui ne désolidarisent pas le « désir de comprendre » d’une « expérience d’écriture ».
« Anthropocène », « Capitalocène », « Occidentalocène » : les mots sont multiples pour désigner une seule et même crise, celle que traverse notre monde, abîmé — abîmé parce qu’en mauvais état, abîmé parce qu’en plein effondrement, pour reprendre le titre d’un essai de Jared Diamond. États du lieu depuis l’arpentage mené dans le dernier numéro de la revue Critique, dirigé par Marielle Macé et Romain Noël.