C’est peu de dire qu’en rassemblant trente ans d’interventions dans le débat public, Jacques Rancière offre avec Les Trente inglorieuses une somme de réflexions absolument indispensables pour comprendre les enjeux politiques dans lesquels nous vivons. Selon le philosophe, depuis une trentaine d’années s’est en effet mise en place une logique politique dans laquelle, loin d’être un outil d’apaisement, le consensus, dont les uns et les autres se réclament, forme une manière de violence étatique sans répit. Faire taire la lutte des classes, reconduire des logiques de domination, clamer une passion de l’inégalité et une haine viscérale de la démocratie, et développer pour une partie de la Gauche qui s’affirme laïque et républicaine un racisme d’en haut : telles sont les questions politiques fondamentales que Rancière analyse au cœur de notre époque. Autant de raisons pour Diacritik de partir à la rencontre du philosophe le temps d’un grand entretien où il est question de la présidentielle, de l’état d’exception et aussi, un peu, de Houellebecq.

« Une certitude : soutenir une trace d’histoire pour un devenir… à venir »
Alice Cherki

Nous sommes nombreux à vouloir remonter le temps…. Nous sommes moins nombreux à passer à l’acte d’écrire, de s’écrire. La mise en mots d’une mémoire personnelle peut prendre différentes formes et s’apprécier à l’aune du littéraire et à l’aune de l’Histoire et des sociétés, par la pierre qu’elle apporte à la connaissance de notre humanité. Comme l’écrit Alice Cherki, dans  Mémoire anachronique. Lettre à moi-même et à quelques autres, « le tissage des textes, toutes générations et toutes écritures confondues, réussit à transmettre, à la source même de l’hétérogène, une histoire vive que souvent les historiens affadissent. J’insiste, je dis bien « histoire » et pas seulement mémoire. Car le témoignage distancié est comme l’archive, à mettre au compte de la construction de l’Histoire ».

Stimulant et incisif, tels sont les mots qui viennent à la lecture de Gazer, mutiler, soumettre : politique de l’arme non létale de Paul Rocher qui vient de paraître à La Fabrique. Des Gilets Jaunes aux ZAD, des manifestations récentes des soignants en passant par les mouvements contre la « réforme » des retraites, le recours massif aux gaz lacrymogènes et aux LBD est devenue monnaie courante pour les forces de l’ordre. Cependant, loin de correspondre à un adoucissement du maintien de l’ordre, l’usage de cet arsenal d’origine militaire pour régler des conflits domestiques résonne terriblement comme le corollaire de la suspension globale du processus démocratique en France. Une réflexion vive que, le temps d’un grand entretien, Paul Rocher, son auteur, développe pour Diacritik.

L’avant-propos de L’Anthropocène contre l’histoire (en accès libre sur le site des éditions La Fabrique) suffit à situer son propos : daté d’octobre 2016, il revient sur le passage de l’ouragan Matthew qui a balayé Haïti puis les États-Unis, mettant face à face deux manières d’habiter la même planète, pour montrer que l’anthropocène ne peut être considéré comme un récit global. L’essai d’Andreas Malm articule deux questions principales : « comment rendre compte de ces temps d’intensification du chaos climatique », de la co-existence de situations antagonistes face à cette crise ? Comment changer nos récits, notre manière d’écrire comme de lire la littérature ?

Deux livres viennent de paraître en mai 2019, avec Alger pour centre magnétique, deux livres pourtant très différents tant par le genre littéraire choisi que par la signature qui les identifie : Alger, capitale de la révolution. De Fanon aux Blacks Panthers d’Elaine Mokhtefi et Dernières heures avant l’aurore de Karim Amellal.