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L’édition restaurée en Blu-ray et DVD chez Carlotta des trois premiers long-métrages en 35 mm de Jean-Claude Brisseau, Un jeu brutal, De bruit et de fureur et Noce Blanche, nous permet – il était temps ! – de reprendre lien avec une des œuvres majeures du cinéma français de ces quarante dernières années

Après Out, je n’avais plus envie de faire des films qui soient directement (ou indirectement) en prise avec la réalité sociologique – avec la réalité de la France de ces années-là. Donc : faire des films qui flirtent avec l’idée de fiction ; aller dans des directions décollant du réalisme, vers éventuellement le fantastique.”

Après la sortie en DVD &/ou Blu-Ray chez Potemkine de deux films de Jacques Rivette en copies restaurées (Céline et Julie vont en bateau et Le pont du Nord), assez rapidement suivie par celle de La Religieuse chez StudioCanal, et en attendant la publication en tir groupé de Duelle, Noroît et Merry-Go-round annoncée chez Carlotta, ce sont les Textes critiques du cinéaste qui nous sont aujourd’hui proposés chez post-éditions.

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Une fois de plus – le propos n’étant pas de faire ici de la “critique cinématographique”, mais bien plutôt d’opérer des frottages, revisitant quelques scènes inscrites dans le moins défaillant de la mémoire (supposant quelques incursions dans un certain “théâtre” – et aussi sur l’autre scène) –, il nous faudra effectuer sur le Terrain Vague (ce lieu d’échanges où prendre de l’écart pour mieux sentir, pour mieux penser) un parcours en zigzags afin de rendre hommage – certes mélancolique, mais sans nostalgie – à l’œuvre, intensément jouissive et pour moi des plus formatrices, de Jacques Rivette.

Bertrand Bonello sur le tournage de Nocturama

Nocturama – dont le titre secret, refoulé, irresponsable comme dirait l’autre, demeure, sept ou huit ans après sa conception, et pour l’éternité, Paris est une fête –, j’ai bien failli ne jamais le voir. Il est vrai que, n’étant pas contraint de le faire, je ne me précipite que rarement dans les salles à la sortie des films et je rate donc l’essentiel de la production cinématographique du moment, sans pour autant me sentir lésé de quoi que ce soit : juste un peu plus ignorant chaque jour, comme tout un chacun. En ces temps de reconduction automatique d’un certain “état d’urgence”, ralentir le tempo ne peut faire de mal.

Les 26, 27 et 28 novembre derniers, ont eu lieu aux Bouffes du Nord trois après-midis de rencontre avec Peter Brook et ses collaborateurs, qui proposaient de redécouvrir avec le public les secrets de ce qu’ont vécu les murs de ce théâtre – qui a été le sien pendant quarante ans et où se jouait alors son spectacle, The Valley of Astonishment.

Malgré le mot d’ordre que semble s’être donné la “critique” de cinéma depuis une bonne quinzaine d’années (certains ayant même commencé à faire la grimace dès la projection de Mystery Train en 1989), Paterson, le dernier film de Jim Jarmusch, n’a pas été considéré comme une étape supplémentaire de la prétendue chute de ce cinéaste projeté dans les hauteurs dès 1984 quand Stranger Than Paradise avait obtenu la Caméra d’or à Cannes.