Au mois de juillet de cette année, Steve Bannon a annoncé la fondation de The Movement, formation destinée à unifier les opposants souverainistes et nationalistes à l’Union Européenne. Le nom et la physionomie de cet ancien conseiller de la Maison Blanche commencent ainsi à nous devenir plus familiers. Pour qui aura visionné des épisodes récents de la série Homeland, son image vient se superposer mentalement à celle de Brett O’ Kieffe, le nouveau protagoniste introduit depuis la saison 6.

Depuis les dernières élections en Italie et la formation de la coalition Ligue-M5S, l’expression « société ouverte » déjà remise en selle par Emmanuel Macron s’affirme plus que jamais comme un incontournable du discours informé et sentencieux. Les ondes de radio sont très propices à émettre des « nous sommes dans une société ouverte« , sans que le sens accordé au vocable par les intervenants soit vraiment stabilisé.

Blackboard, l’exposition de Bouchra Khalili qui a lieu actuellement au Jeu de Paume, présente une série d’installations audio-visuelles (photographies et films). Chacune de ces installations articule un dispositif par lequel des histoires se disent, des mémoires se créent, des fictions s’énoncent – fictions qui sont en même temps des vérités autant que des actes politiques.

Il est mort écrasé, coincé entre deux containers. Il est mort dans la rue, Porte de la Chapelle. Il s’est noyé dans la Seine où il s’était jeté. Elle est morte à l’hôpital, en Italie, après avoir été refoulée du territoire français par la gendarmerie française alors qu’elle était enceinte et gravement malade.
Il s’appelle Nour. Il s’appelle Karim. Elle s’appelle B. ou D. Ils et elles avaient 31 ans, 22 ans, 18 ans.

Caresser l’errance d’un pas oublié © Naji Kamouche

La question abordée aujourd’hui est toujours délicate à traiter. Car l’actualité raidit les positionnements et la tentative de revenir à des lectures sur la longueur historique semble vouloir diluer l’urgence de réponses immédiates et noyer le poisson en quelque sorte… On sait pourtant que des rétrospectives relativement sereines et les plus objectives possibles permettent de regarder le présent autrement et de se garder des amalgames. En tout état de cause, on peut essayer de faire ce pari de l’échange, échange de savoirs, de connaissances et d’histoires. Dans la multitude des publications, ce sont deux parcours sur lesquels je voudrais m’arrêter parce qu’ils sont porteurs d’éclaircissements pour un large public. Je signalerai, en fin d’article, deux autres ouvrages plus spécialisés qui aident à aller dans la même direction, celle des croisements d’informations.

Vue de sa partie la plus occidentale, l’Union Européenne semble parfois composée de méchants et de gentils. Les évocations de la Pologne ou de la Hongrie s’accompagnent en particulier de subites poussées colériques et d’indignations. Il en va alors des valeurs démocratiques, du respect de l’État de droit, du progrès mis à mal par des régimes indignes de l’héritage commun. On se lamente qu’au cœur d’un ensemble déjà si fragilisé, refluent des politiques peu conformes avec l’idéal du moi européen. Pendant ce temps là, les rapports sévères et glacés du défenseur des droits à l’encontre de la France, comme les actions juridiques émanant d’associations comptent pour du beurre. Toute comparaison au sujet des libertés, du respect des conventions internationales ou de la dégradation partielle de nos droits se voit, soit écartée, soit reléguée à des différences de nature, sinon de degrés éloignés.