Carola Rackete a été arrêtée par la police italienne. Les policiers italiens n’ont pas refusé d’obéir à l’ordre qu’ils avaient reçu de l’interpeller. Carola Rackete a été arrêtée parce qu’elle a refusé d’obéir. Une autre femme, toujours en Italie, est également emprisonnée et accusée pour le même motif : Pia Klemp risque vingt ans de prison et 15000 euros d’amende pour chaque vie qu’elle a pu préserver. Carola Rackete et Pia Klemp ont été arrêtées pour avoir dit « Non », pour avoir refusé de participer à la souffrance et à la mise à mort d’autres êtres humains, pour avoir exercé le pouvoir fondamental et irrévocable des peuples : refuser d’obéir.

Une princesse aux cheveux bleus veillait sur les aventures de Pinocchio. Rezo, le youtubeur allemand de vingt six ans arbore, lui, une mèche de cette même couleur. Jusqu’à présent, ses vidéos semblaient le traîner de canapé en canapé, un pied dans le pays des jouets, un autre dans le monde adulte. On y chantait sur des traductions google, on se tapait des barres sur les photos d’enfance entre potes, on se moquait du playback des plateaux télé et on s’adonnait à des reprises aux mots bien pesés. Seulement, en s’aventurant en politique juste avant les élections européennes, le youtubeur bleuté se voit propulsé porte-parole générationnel en couverture du Spiegel.

« Rougeoyant, le soleil illumine la plage. Désertique. La mer, lointaine, s’est retirée. Depuis 6 heures, en ce dimanche pascal, Christophe Castaner contemple le lever du jour. »

Ceci n’est évidemment pas le début du roman que Robert Menasse consacre à la capitale (entendez Bruxelles), mais vient d’un journaliste embedded de Paris Match qui dessine le portrait du ministre de l’intérieur de France « Dans l’enfer de Beauvau ». Ce sont des synapses de mon cerveau qui s’emmêlent les pinceaux en commençant la lecture du roman :

En 1954, le monumental Palais de Justice de Bruxelles héberge les installations destinées à rendre compatibles les normes de télédiffusions de plusieurs pays. Ce fameux système Eurovision se dote d’une mire télévisuelle composée d’un disque cerclé des douze étoiles européennes, et de multiples rayons entrecroisés : la rigueur géométrique symbolise ainsi l’égalité d’accès au réseau et les interdépendances nouvelles entre États.

Au mois de juillet de cette année, Steve Bannon a annoncé la fondation de The Movement, formation destinée à unifier les opposants souverainistes et nationalistes à l’Union Européenne. Le nom et la physionomie de cet ancien conseiller de la Maison Blanche commencent ainsi à nous devenir plus familiers. Pour qui aura visionné des épisodes récents de la série Homeland, son image vient se superposer mentalement à celle de Brett O’ Kieffe, le nouveau protagoniste introduit depuis la saison 6.

Depuis les dernières élections en Italie et la formation de la coalition Ligue-M5S, l’expression « société ouverte » déjà remise en selle par Emmanuel Macron s’affirme plus que jamais comme un incontournable du discours informé et sentencieux. Les ondes de radio sont très propices à émettre des « nous sommes dans une société ouverte« , sans que le sens accordé au vocable par les intervenants soit vraiment stabilisé.

Blackboard, l’exposition de Bouchra Khalili qui a lieu actuellement au Jeu de Paume, présente une série d’installations audio-visuelles (photographies et films). Chacune de ces installations articule un dispositif par lequel des histoires se disent, des mémoires se créent, des fictions s’énoncent – fictions qui sont en même temps des vérités autant que des actes politiques.

Il est mort écrasé, coincé entre deux containers. Il est mort dans la rue, Porte de la Chapelle. Il s’est noyé dans la Seine où il s’était jeté. Elle est morte à l’hôpital, en Italie, après avoir été refoulée du territoire français par la gendarmerie française alors qu’elle était enceinte et gravement malade.
Il s’appelle Nour. Il s’appelle Karim. Elle s’appelle B. ou D. Ils et elles avaient 31 ans, 22 ans, 18 ans.

Caresser l’errance d’un pas oublié © Naji Kamouche

La question abordée aujourd’hui est toujours délicate à traiter. Car l’actualité raidit les positionnements et la tentative de revenir à des lectures sur la longueur historique semble vouloir diluer l’urgence de réponses immédiates et noyer le poisson en quelque sorte… On sait pourtant que des rétrospectives relativement sereines et les plus objectives possibles permettent de regarder le présent autrement et de se garder des amalgames. En tout état de cause, on peut essayer de faire ce pari de l’échange, échange de savoirs, de connaissances et d’histoires. Dans la multitude des publications, ce sont deux parcours sur lesquels je voudrais m’arrêter parce qu’ils sont porteurs d’éclaircissements pour un large public. Je signalerai, en fin d’article, deux autres ouvrages plus spécialisés qui aident à aller dans la même direction, celle des croisements d’informations.

Vue de sa partie la plus occidentale, l’Union Européenne semble parfois composée de méchants et de gentils. Les évocations de la Pologne ou de la Hongrie s’accompagnent en particulier de subites poussées colériques et d’indignations. Il en va alors des valeurs démocratiques, du respect de l’État de droit, du progrès mis à mal par des régimes indignes de l’héritage commun. On se lamente qu’au cœur d’un ensemble déjà si fragilisé, refluent des politiques peu conformes avec l’idéal du moi européen. Pendant ce temps là, les rapports sévères et glacés du défenseur des droits à l’encontre de la France, comme les actions juridiques émanant d’associations comptent pour du beurre. Toute comparaison au sujet des libertés, du respect des conventions internationales ou de la dégradation partielle de nos droits se voit, soit écartée, soit reléguée à des différences de nature, sinon de degrés éloignés.

Sherko Fahta (DR)

Le cinquième roman de Sherko Fatah, Otages, poursuit le patient travail archéologique de passés croisés d’une biographie comme notre époque les écrit. L’auteur est né en 1964 à « Berlin, capitale de la RDA » (Berlin-Est selon la nomenclature du régime) d’un père kurde et d’une mère allemande. À la recherche de traces que les réminiscences de plusieurs pays et régimes ont déposées en lui, l’auteur scrute à la fois les siennes, mais aussi plus largement celles des déplacés, désorientés dans le sens propre du terme, de ceux qui ont perdu l’orient, sont à la recherche de nouvelles attaches, sans pouvoir oublier les anciennes, problématiques ou refoulées.