De micro-événements obscurs ponctuent le tissu ordinaire du métier d’enseignant. Un commentaire abscons en cours, une réaction imprévue, un bout de phrase entendu dans les couloirs, un malentendu, un regard, parfois un mot qui résiste à l’interprétation et prend les traits d’une énigme : la voiture bleue de M. Manara qui roule dans le désert. Ce jour, ce fut mon nom qui devint une énigme.

Je parle aux murs ? Tout enseignant l’aura pensé, au moins une fois. Je regarde mes élèves, je les écoute parler, je ne comprends rien. Sauf ceci : une distance immense, des kilomètres, des siècles. Plus : la certitude qu’aucun geste de ma part, ni de leur part, ne pourra jamais la réduire cette distance. De quoi s’agit-il ? Ça veut dire quoi que je parle aux murs ? Trouble de l’attention ? Distance générationnelle ? Culturelle ? Sociale ? Que puis-je faire ? Peut-être, au fond, rien.

Marcello Mastroianni
Marcello Mastroianni

Comme tous les matins, lorsque je vais au travail, mon train s’arrête immanquablement devant le restaurant « La dolce vita » : un vaste espace de baies vitrées qui se trouve à côté de cette station RER à vingt minutes de Paris, où je m’apprête à descendre. Comme tous les matins, guettant des yeux la grande et discrète terrasse qui donne sur la Seine, immanquablement, je me dis : pourquoi ? Pourquoi La dolce vita ? Pourquoi on donne à certains lieux des noms de films ? Les films seraient-ils aussi des lieux ?