Depuis quelque temps, le terme « post-vérité » est employé pour référer à nombre de postures scandaleuses qui nient les faits et usent d’artifices rhétoriques et émotionnels pour manipuler l’opinion. Le couronnement de cette mouvance « post-vérité » se lirait dans l’élection de Donald Trump dont les mensonges de campagne furent incontestablement innombrables.

L’œuvre de Thierry Hesse, du Cimetière américain (2003) au Roman impossible qui vient de paraître aux éditions de l’Olivier, interroge inlassablement notre rapport au réel et à l’Histoire mais aussi la fiction dans son pouvoir à dire les forces et hantises, collectives comme intimes, qui les et nous traversent, au point de rendre, peut-être tout roman impossible.

Ce n’est pas tous les jours qu’apparaît un nouveau genre ou une nouvelle forme littéraire. Or, voici que l’événement se produit avec le Bâtonnage que propose Sylvain Bourmeau (il fut directeur adjoint de Libé). Mais littéraire vraiment ? En fait, Bourmeau s’inspire d’une technique propre à son métier de journaliste et qui consiste à biffer dans une dépêche d’agence et à l’aide d’un feutre noir tout le superflu, tout ce qui fait redondance, avant d’introduire l’article dans la page.

« C’est l’un des bons offices qu’un sexe peut rendre à l’autre – décrire cette tache d’un schilling à l’arrière de notre tête. Songez combien les femmes ont profité des commentaires de Juvénal ; de la critique de Strindberg. […] Et si Mary était très courageuse et très honnête, elle irait voir derrière les hommes et nous dirait ce qu’elle y a trouvé. » Virginia Woolf, Une chambre à soi (Denoël, 2016, traduction de Marie Darrieussecq)

On se plaît à imaginer que Régine Detambel avait ces quelques phrases en tête au moment d’écrire son dernier opus, Trois ex (Actes Sud, 2017), qui revisite la vie d’August Strindberg vue par ses trois épouses successives et constitue en même temps une nouvelle variation autour du genre de la fiction biographique dont relevaient déjà peu ou prou les textes les plus récents de l’écrivaine, Opéra sérieux, La Splendeur et Le Chaste monde (Actes Sud, 2012, 2014, 2015).