Mieux vaut lire Pétrole que d’aller voir le spectacle de Sylvain Creuzevault à l’Odéon théâtre de l’Europe. Ou alors quitter la salle dès que possible puis aller relire ne serait-ce que le début du livre, ou le lire tout court.
Depuis plus de 30 ans, les éditions de l’Attente publient des livres qui se sont imposés dans le champ de la poésie contemporaine en investissant celui-ci de formes, de questions, de propositions plurielles qui ont participé et participent à son renouvellement, à sa réinvention, à son débordement. Entretien avec Françoise Valéry et Franck Pruja.
Georges Didi-Huberman publiait, le 2 octobre dernier, un essai intitulé « Les Anges de l’Histoire », avec au centre de ce texte le tableau de Paul Klee, Angelus Novus… et son commentaire par Walter Benjamin dans la thèse IX de son essai « Sur le concept d’histoire » – où il dit de l’ange de Klee qu’il a l’aspect que doit avoir nécessairement l’ange de l’Histoire, avec ses yeux écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes déployées…
Dans Chant balnéaire (Allia, 2023), Oliver Rohe revient sur son expérience de la guerre civile du Liban. L’adolescent qu’il était alors trouve refuge avec sa mère et sa sœur dans une petite station balnéaire du littoral libanais, où ils passeront les dernières années du conflit. Époque d’une « drôle de guerre » où la vie se déroule d’abord loin du théâtre des opérations, mais sera peu à peu rattrapée par les combats. On aborde avec lui, dans ce grand entretien, la genèse de ce texte à la forme singulière, qui alterne vers et prose pour composer une élégie sans pathos, une épopée sans emphase où la vie ordinaire prend le pas sur l’héroïsme guerrier.
Premier roman (dans le dernier carré du prix éponyme 2025), thriller psychologique (et pour cause), L’âme de fond de Julia Clavel a paru aux éditions de l’Observatoire le 20 août dernier. Dans une atmosphère de monde d’après, ou d’avant l’apocalypse, c’est selon, des destins se croisent et se rencontrent dans les allées du pouvoir, les rues et la salle d’attente du cabinet d’une psychologue parisiennes à qui ils viennent parler de leurs solitudes respectives, espérant le meilleur, niant parfois les failles enfouies, confiant secrets et blessures, refusant parfois la main tendue, jusqu’à ce qu’un mal plus grand ne vienne tout bouleverser.
Roman de l’après, L’âme de fond creuse la question du mal-être sournois, non diagnostiqué, mal perçu, parfois nié qui peut naître d’une crise ou la manifestation d’un mode de vie plus subi qu’accepté, et qui soudain devient mortel au point que les pouvoirs publics s’emparent enfin de la question de la santé mentale et affrontent la réalité. Entretien avec l’autrice, Julia Clavel.
20 novembre 2025. J’apprends la mort de Jean-Claude Eloy. Né le 15 juin 1938, il fut proche de Pierre Boulez dans sa jeunesse, mais il s’en est vite affranchi ; invité par Karlheinz Stockhausen à travailler au Studio de musique électronique de Cologne, il a commencé à élaborer de grandes fresques dans les années 1970, ayant mieux que quiconque intégré l’influence des musiques extrême-orientales – et notamment les musiques savantes du Japon ancien.
Schopenhauer fascine un peu tout le monde – à commencer par les écrivains qui le citent volontiers, comme par exemple Kerouac qui fait dire à son personnage Dean, dans Sur la route, que ce qu’il brigue « c’est la concrétisation de ces facteurs qui dépendraient au premier chef de la dichotomie de Schopenhauer pour une part intimement accomplis… », qu’il dit sans bien comprendre ce qu’il dit (nous non plus). Ou encore Zola qui écrit La Joie de vivre tout en lisant Schopenhauer, alors que des tas de gens venaient de mourir autour de lui…
Diacritik publie il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.
La mémoire ensevelie se soulève, fissurant le silence : dans Décharge, Séverine fait jaillir, à travers un long poème, les strates enfouies d’une enfance traumatique.
Comment hériter de la mémoire de l’Institut für Sexualwissenschaft, dit Institut de sexologie, lancé par Magnus Hirschfeld en 1919 ?
Ayant accès à la correspondance de Maurice Blanchot (pour son travail d’éditeur), Richard Millet dit dans son récit Place des Pensées (Gallimard, 2007) que le courrier manuscrit est « le surgissement de l’autre dans l’attente, dans le différé (et la différence) de sa parole, de son altérité scripturaire » ; c’est une grâce, dit-il ; la correspondance est une grâce « pour qui vit dans la solitude contemporaine, s’insurgeant contre le fantasme néototalitaire de la communication globalisante, de la transparence, du refus du silence, du secret, du retrait, de la nuit. »
« Penser est une fête » a dit un jour Bernard Sichère (1944-2019), dans le livre éponyme où il ne cite jamais Aristote mais beaucoup Heidegger (l’auteur de Qu’appelle-t-on penser ?) et Debord : l’auteur de La Société du Spectacle ; où il cite deux fois une phrase cocasse de Malraux – celle-ci : « Il semble que dans la seconde partie du XXè siècle on ait tenu l’art de tirer un coup plus important… que de prendre doucement une tête dans ses mains. »
Tout commence par un titre : Trust. Dans la littérature de Pavel Hak, le titre revêt une importance et requiert immédiatement l’attention et la réflexion du lectorat.
Grand Poisson, c’est l’histoire d’un jeune professeur qui rencontre son métier dans un lycée qui lui réserve quelques surprises de taille : certes, il y a les habituels écueils que l’entrée dans le métier réserve, les désillusions et autres couleuvres que l’on avale, les surprises, les petits étonnements, en somme l’apprentissage qu’est toujours la découverte d’un nouvel environnement – mais quelque chose bruisse derrière les portes, et ce ne sont pas seulement les tentacules insidieux des politiques éducatives, c’est aussi cet étrange espace où les personnes, les objets, semblent disparaître sans que personne ne s’étonne, ne s’alarme. Rencontre avec Fabrice Sanchez pour que se dévoilent un peu les ombres derrière ce si curieux métier.