Le livre d’Abdellah Taïa suit une logique des relations, divers types de relations étant convoqués. Le Bastion des larmes développe plusieurs formes de l’amour ainsi que leurs conséquences. Le récit s’attarde également sur ce qui met en échec l’amour et apparaît comme destructeur. L’amour pourrait être le principe à partir duquel serait pensée la valeur d’une relation (bonne/mauvaise), celui à partir duquel est pensé ce que doit être une relation. Le Bastion des Larmes est un récit autant qu’un livre d’éthique.

Ça commence par un trou : sur la première page de mon service de presse, la page est trouée. Je comprends que c’est l’auteur qui me l’a poinçonnée, et déjà, je me dis : cette lecture va vraiment m’intéresser, c’est certain.

6 janvier 2026. Enfermé dans ces chroniques comme dans une prison imaginaire – ou une prison d’air, même si personne ne se prend ici pour Merlin. Au bout d’un certain temps, il faut renouveler les ouvertures – chercher des plans d’évasion. C’est toujours la même chose, on ne tient pas en place, tout en appréciant une certaine forme de stabilité, qui peut conduire à l’immobilité. La neige est tombée hier sur la banlieue ; tout le monde à l’air de s’en étonner, comme si c’était un miracle, ou une malédiction…

« Avec les paysans, tenez, j’ai douté parfois qu’ils sachent ce que c’est qu’un paysage, un arbre… Ça vous paraît bizarre… J’ai fait des promenades parfois, j’ai accompagné derrière sa charrette un fermier qui allait vendre ses pommes de terre au marché. Il n’avait jamais vu Sainte-Victoire. » (Conversations avec Cézanne, Editions Macula, 2022).

Il y a près de trois ans déjà, paraissait chez Flammarion Cézanne – Des toits rouges sur la mer bleue, Marie-Hélène Lafon publie aujourd’hui un récit (qu’elle appelle « roman ») sur son frère Gilles, paysan, en train de perdre sa ferme, sans doute parce qu’il n’a pas su suivre le mouvement, emprunter, investir… Mais Gilles vit dans sa ferme solitaire dans le Cantal. Il ne voit pas Sainte-Victoire.

L’annonce de la mort de Staline le 5 mars 1953 est tombée le matin où le PCF réunissait une conférence nationale – qu’il annula avant même qu’elle eût commencé. Tous les communistes étaient bouleversés. Le 12 mars paraissait à la une du n°456 des Lettres françaises le portrait du « petit père des peuples » par Picasso – qui allait faire éclater un scandale resté dans les annales du parti communiste.

Transhumaner et organiser est le dernier recueil inédit publié du vivant de Pasolini. Plus de 50 ans après sa parution en Italie, il a fallu le désir d’une poétesse-traductrice (Florence Pazzottu) et la passion intelligente d’une éditrice (Catherine Tourné) pour que ce livre soit traduit et disponible dans son intégralité en français.

Le temps est la grande affaire des écrivains et il y a un bonheur à le vérifier inlassablement dans les bons romans que l’on lit durant son existence. Avec son nouveau livre La longue vie, qui paraît dans la jeune collection Aventures dirigée par Yannick Haenel chez Gallimard, Valentin Retz aborde le plus essentiellement cette question insigne du romancier : son rapport, sa définition, sa vie dans le temps.

Venise, millefleurs est le portrait romanesque de la ville qui rend la parole aux femmes – avec une narratrice « lassée du nombre de romans écrits sur Venise par des hommes qui projetaient sur la ville une image féminine pour mieux la fantasmer ». (Sollers est visé, Hemingway, et les autres…) La narratrice de Ryoko Sekiguchi pense que les écrivains n’ont jamais vraiment réussi à parler de Venise – moins bien, en tout cas, que les personnes qu’elle rencontre dans son récit, architectes, historiens, écologistes, militants ; les Vénitiens eux-mêmes à qui elle se présente avec un curieux projet : écrire un livre – un roman – sur Venise et ses fleurs, sa forêt…