Est-ce un jeu tragique, une mise en abyme, une tentative de saisir le monde d’aujourd’hui ? Dans son roman Trash Vortex, Mathieu Larnaudie dresse le portrait d’une société obsédée par sa propre fin, en s’emparant du motif des gyres de déchets, notamment plastiques, qu’on retrouve dans l’océan. À travers quelques figures, souvent choisies parmi les élites politiques et économiques (la riche héritière, le directeur de cabinet, le réalisateur à succès…), le roman offre une analyse sociologique, psychologique et poétique de personnages de notre époque, qui pourraient sortir des limbes pour relancer une autre forme d’Histoire. À l’équilibre entre aventure et métaphore, Trash Vortex est aussi une invitation à être pleinement présent au monde, comme l’a souligné Mathieu Larnaudie dans le grand entretien qu’il nous a accordé.

Entretien avec Laure Gauthier au sujet de son dernier livre, mélusine reoladed, où il est question, entre autres, de politique, d’écologie, de contes et de dystopies, d’imaginaire, de poésie, ou encore de Jean-Luc Nancy. Quand l’imaginaire littéraire devient un des points de vue à partir duquel penser notre monde et peut-être l’habiter.

L’Histoire commence un lundi comme les autres, alors que Berlin « remue derrière son écran de brouillard ». Mais ce lundi 20 février 1933 « ne fut pas une date comme les autres » : au bord de la Spree, « vingt-quatre costumes trois pièces » se réunissent secrètement dans un salon feutré du Reichstag. Ils sont le « nirvana de l’industrie et de la finance » qui va lever des fonds pour le parti national socialiste, premier rouage d’une mécanique inexorable dont nous connaissons les conséquences.

Dans Mon grand écrivain, qu’elle qualifie de « tout petit livre » dans les dernières pages d’Aucun respect, Emmanuelle Lambert racontait sa relation de travail avec Alain Robbe-Grillet, autour des archives que l’auteur avait déposées à l’IMEC (Institut Mémoires de l’édition contemporaine) alors naissante. Elle était une toute jeune femme, découvrait le monde littéraire, faisait ses armes dans le contexte si particulier des années 90. Ce recueil de « souvenirs bruts » lui avait été suggéré par son éditeur (Éloi dans Aucun respect). Mon grand écrivain avait été écrit en quelque sorte sans recul, paru un an après la mort du « Pape du nouveau roman ». Les années ont passé, Emmanuelle Lambert écrit cette fois sans aucun respect.

Sisyphe est une femme : le titre du livre de Geneviève Brisac claque sur sa couverture. Mais il n’est pas qu’un slogan : il est un constat et surtout le fil d’une réflexion puissante et engagée sur la place des femmes dans la littérature, qui « décennie après décennie, sont renvoyées à leurs ténèbres, oubliées, effacées encore et encore ». Contre cette invisibilisation, Geneviève Brisac mène un « travail de Sisyphe » pour mettre en lumière quelques-unes de celles qui compte et dire leur puissance de « sorcières ». Article et entretien.

Le livre d’Abdellah Taïa suit une logique des relations, divers types de relations étant convoqués. Le Bastion des larmes développe plusieurs formes de l’amour ainsi que leurs conséquences. Le récit s’attarde également sur ce qui met en échec l’amour et apparaît comme destructeur. L’amour pourrait être le principe à partir duquel serait pensée la valeur d’une relation (bonne/mauvaise), celui à partir duquel est pensé ce que doit être une relation. Le Bastion des Larmes est un récit autant qu’un livre d’éthique.

Dans Ann d’Angleterre, Julia Deck mobilise de manière évidente le langage documentaire (dire les faits) et celui de la biographie. Si l’auteure reprend les codes de ces langages, elle travaille surtout à les relier, à les superposer, à les brouiller, à les problématiser selon une logique qui permettrait d’y introduire une forme de fiction. À l’occasion de sa parution en poche, Diacritik republie sa critique publiée le 4 novembre 2024.

Avec Un jour d’avril, retrouvons le meilleur de Michael Cunningham en un roman : le récit se déploie sur trois journées entre 2019 et 2021, chaque fois le 5 avril, d’une matinée à Brooklyn à un crépuscule dans une campagne américaine, en passant par un zénith islandais. En 2020 tout aura basculé pour le monde (le confinement) comme pour une famille… Chacune des trois journées est le concentré d’une année comme d’une vie et le roman se déploie comme un panneau peint, les ellipses entre les années venant concentrer les bascules dramatiques. Du grand art romanesque et un page-turner redoutable et bouleversant, qui vient de paraître en poche, chez Points.

Après Chroniques d’une station-service, Un hiver à Wuhan et Wonder Landes, Alexandre Labruffe a signé avec Cold case, qui vient de paraître en poche chez Folio, un livre qui finit de donner à entendre ce qui fait la singularité de son univers romanesque : une plongée dans des cas limites, des enquêtes sur-réalistes et un refus du pathos qui passe par une ironie à la tonalité très particulière, forme de résistance à ce qui menace l’individu qu’il s’agisse des non-lieux, d’une pandémie mondiale ou de la folie intérieure.

Longtemps attendue, espérée, désirée, longuement mûrie, La Petite Beune, suite magnifique à la non moins magnifique Grande Beune, parue il y a maintenant un quart de siècle (très précisément en 1996), sera donc venue, comme le roi, quand elle l’aura voulu, à son heure, l’heure juste de ce midi du désir qui constitue, du récit, le foyer et le thème. Venue à temps, mais un temps sien, et de ce fait à plus d’un titre intempestive.