Rien.
Auteur : Laurent de Sutter
j’ai des attentes très précises pour cette présidentielle
des attentes fondées
des attentes probables
d’ici au 24 avril 2022 je présage
attention mesdames messieurs
Ce que j’attends de l’élection présidentielle (et des législatives qui suivent) c’est une modification du rapport des forces qui composent le champ politique.
Depuis plusieurs mois, déjà, je travaille sur les journaux ouvriers du XIXe siècle, ceux qui ont été écrits, publiés, imprimés, entre les deux révolutions, celle de 1830 et celle de 1848. Ce sont des gens qui ont combattu le despotisme avec une énergie hallucinante, en écrivant des poèmes, en écrivant des romans, en faisant de la critique, en construisant des barricades, aussi en portant des toasts révolutionnaires, car les repas pris en commun entre partisans étaient la seule occasion possible pour eux pour dire publiquement leur engagement.
Depuis soixante ans, la France et l’Algérie ont, en principe, séparé leurs destins, tout au moins en ce qui concerne le régime politique qui gérait la colonie et qui avait nécessairement des retombées dans l’hexagone. Chaque pays honore sa temporalité à sa façon. Si l’on parle plus volontiers, en France, de la date des Accords d’Évian, en Algérie, on évoque la date de l’indépendance.
Étrangement je n’ai jamais, de toute ma vie d’électrice, ressenti une telle urgence politique et à la fois jamais je n’ai nourri moins d’espoir en des élections présidentielles. J’ai toujours eu une certaine réserve quant à une forme de « mirage présidentiel », de foi en une personnalité forte qui sauverait la situation, préférant bien sûr me concentrer sur les programmes et les équipes permettant de les mettre en œuvre. De ce point de vue, la cinquième République qui centre le pouvoir autour de la fonction présidentielle me semble dépassée.
Le moment où l’ensemble des citoyens libres et conditionnés (conscients d’avoir affaire aux conditions de leur existence) se choisit un représentant est un moment attendu. Mais la nature de l’attente n’est pas claire.
Parmi toutes les tragédies actuelles, il en est une qui concerne directement la campagne des présidentielles, et qui tient à la surmédiatisation des idées de droite et d’extrême droite, au détriment des idées et propositions de gauche. Cette situation nous laisse plantés dans notre colère, privés de possible, sevrés d’avenir, au point que nous sommes comme poussés à ne plus voir qu’obscurité, désastre, effondrement terminal.
ESTRAGON. Endroit délicieux. (Il se retourne, avance jusqu’à la rampe, regarde vers le public.) Aspects riants. (Il se tourne vers Vladimir.) Allons-nous-en.
VLADIMIR. – On ne peut pas.
ESTRAGON. – Pourquoi ?
Autant le dire tout de suite : nous n’attendons rien de l’élection du président ou plus improbable de la présidente. Nous connaissons les règles de ce jeu et nous savons très bien que le jeu est pipé, depuis fort longtemps.
Nico attend son homme, l’araignée sa mouche et untel son heure mais de ça rien, on n’attend évidemment rien, l’attente, d’autant plus vide, commence quand il n’y a plus rien à attendre mais on s’attend à ce que tout se poursuive identique avec ce rictus propre à la jouissance du pouvoir. Pour copier Hugo, qu’on attend toujours à la Table, les petits marquis ont le jour, les peuples tardent à avoir le lendemain.
Il m’arrive de penser que le rapport à la littérature gagnerait à rester terre-à-terre, sans les chichis, souvent un peu tarabiscotés, à la Genette, à la Compagnon, à la Fumaroli ou à la Bayard. Bref, soit un bouquin ou un auteur vous plaît, soit il ne vous plaît pas. Point barre.
Avec Demain s’annonce plus calme, Eduardo Berti nous propose de visiter un pays imaginaire dans lequel les gens vivent leurs relations avec les œuvres de manière totalement décomplexée, débarrassée des normes et des interdits qui gèrent, dans notre monde, les rapports avec elles. Le texte se présente de manière fragmentaire en collectant des nouvelles parues dans la presse locale. Ces brèves en viennent à se répondre, à organiser un récit par-delà leur discontinuité et à nous offrir une image kaléidoscopique de cet univers fantaisiste et étrange.
On reconnaît une proposition politique révolutionnaire à ce qu’elle suscite d’efforts des forces de l’ordre pour la faire disparaître.
Ce doit être un de ces longs dimanche du mois de février. Pour tuer l’ennui, je m’appliquais à suivre l’actualité de la campagne présidentielle. Valérie Pécresse tenait l’un de ses premiers meetings. Incrédule, j’écoutais ses mots désincarnés, ses espérances inauthentiques, ses envolées obligées pour correspondre aux habitudes de la parole politique en ces circonstances. Son exposé a suscité une incrédulité générale tant ses propos contrastaient avec l’état réel dans lequel elle se trouvait. Sa raideur confondait avec l’effusion émotionnelle requise dans « ces moments-là ».
Masochisme ou irréflexion, j’ai décidé de revoir l’intégralité de The West Wing alors que la campagne présidentielle débutait en France. Pour ceux qui n’auraient jamais entendu parler de la série, rappelons que celle-ci couvre les deux mandats d’un président démocrate imaginaire, Jed Bartlet, interprété par Martin Sheen. The West Wing totalise sept saisons et 155 épisodes, où il n’est finalement question que de politique. Alors que la plupart des séries récentes carburent à l’action, à la violence et au sexe, la série d’Aaron Sorkin mise sur la parole, le dialogue, l’argumentation, la rhétorique au sens noble du terme – ce qui revient à dire qu’elle table aussi sur l’intelligence du spectateur.