Jacques Sivan (DR)
Jacques Sivan (DR)

Le 13 février dernier disparaissait le poète Jacques Sivan. Le nom de Jacques Sivan est synonyme d’une œuvre parmi les plus inventives et risquées de la poésie contemporaine. Emmanuèle Jawad, en une forme d’hommage, revient dans ce texte sur les textes « motléculaires » de Jacques Sivan et certains de leurs enjeux.

En 1993, Robert Doisneau acceptait de recevoir Eden’Art chez lui, à Montrouge, pour un long entretien ponctué de son rire et de sa gentillesse. Il avait même accepté de se laisser tirer le portrait, une photo dont le négatif a disparu, reproduite ici avec le grain du papier. Cet entretien date d’une époque qui était encore celle de l’argentique…

Robert Doisneau © Christine Marcandier
Robert Doisneau © Christine Marcandier

David Bowie1.

 

 

La vie après Bowie est plus difficile encore qu’après Jésus-Christ, même pour les gens du Telegraph c’est dire — qui dans ma jeunesse ne le mentionnaient que du bout des lèvres. J’ai été moi aussi “a British suburban teenager in the 1970s”, il a été pour moi aussi “the only musician of whom I have ever been a true fan”, le seul artiste même, et j’aurais pu écrire certains des témoignages cités dans leur article, tel : “I never even imagined a word without Bowie in it”, que j’aurais formulé un peu autrement :

© Amaury da Cunha
© Amaury da Cunha

Amaury da Cunha — Amaury — m’a envoyé par courriel quatre de ses photographies. C’est toujours flatteur une photographie vue sur un moniteur avec sa lumière, cela donne du relief qui, sans doute, nous trompe. J’aurais aimé les voir dans la réalité, apprécier le papier choisi par Amaury da Cunha — Amaury —, considérer les rendus, jauger le format pour, enfin, sentir l’émanation de l’énergie issue de ses photographies — il s’agit bien de cela.


gallimard014427-2014J’ai très peu de souvenirs d’enfance. Quasiment aucun. Et ils sont très confus. Mais je sais avec certitude que parmi mes premières images se trouvent des images de télévision. Plus précisément je ne crois pas me rappeler de quoi que ce soit d’autre antérieur à la séquence post-générique de la série Les Champions. L’histoire de ma mémoire commence en 1977 par la démonstration d’un super pouvoir : le sauvetage in extremis d’une camionnette.

12795463_1118300281555262_5110670704312195680_n

« Génie du lieu », « inventeur d’Amérique » et « découvreur d’écriture : de La Modification à Transit, en passant par Mobile et Matière de rêves, Michel Butor auquel Frédéric-Yves Jeannet adressait la semaine dernière sa lettre anthume, n’a cessé, au gré de ses voyages au Japon, aux États-Unis, en Australie, de faire bouger l’écriture, de la mener, elle aussi, aux antipodes. Cet entretien a eu lieu à Lucinges, dans sa maison si justement nommé « à l’écart », en août 1993, pour la revue Eden’Art. Rencontre avec un explorateur du continent Écriture, Michel Butor, si imposant dans un étonnant bleu de travail aux multiples poches, dans lesquelles il a rangé stylos et crayons, ses outils de travail. Michel Butor, qui, en 1993, voyait déjà dans la série télé l’avenir du roman…

Michel Butor et Frédéric-Yves Jeannet en 1992

à Michel Butor

Tu es mon dernier père vivant. Tu sais peut-être que David Bowie vient de mourir, en ce début d’année, deux jours après son soixante-neuvième anniversaire, mais il n’était pas vraiment pour moi un père, plutôt un grand frère & demi-dieu lointain, inaccessible dans une sorte d’Olympe. Il ne me reste que toi. Je t’écris donc cette lettre avant ma mort et la tienne : je préfère que ce soit de notre vivant. Annie Ernaux, que tu avais lue ici, en 2012, pendant que je prenais une douche avant qu’on aille à Tepoztlán, a écrit, dans L’Occupation : « J’ai toujours voulu écrire comme si je devais être absente à la parution du texte. Écrire comme si je devais mourir, qu’il n’y ait plus de juges. » C’est aussi ma règle, mon principe. En cela nous différons sans doute un peu, car tu es secret & solaire, comme le disait bien Georges Perros, chat de haute gouttière, et moi de l’autre saison astrale. Nadia, ou Annie Ernaux, nées sept & quatorze jours avant toi, mais d’autres années, 1929 & 1940, sont je crois du même signe que toi, mais je n’ai jamais su exactement où commençaient, où finissaient les signes du zodiaque.

© Amaury da Cunha
© Amaury da Cunha

L’art de faire des photographies est-il si éloigné de celui qui consiste à mesurer le poids des choses ? Enregistrer non seulement la masse et le volume mais donner à ressentir le poids, transférer la sensation de ce qui pèse sur un corps — ou de ce qu’un corps pèse — en une forme visuelle, avec ses tonalités, ses contours…. La photographie est une des formes de l’acrobatie, un défi lancé aux principes de la gravité : un exercice de trapèze.

Traum © Dorothée Smith
Traum © Dorothée Smith

L’exposition de Dorothée Smith à la galerie Les Filles du calvaire, à Paris, (jusqu’au 27 février), qui comporte deux volets, TRAUM et Spectrographies, est traversée par le thème des fantômes. On avait laissé Smith, né-e en 1985, avec la série Löyly, présentée aux Rencontres d’Arles en 2012, qui comportait un aspect bio-documentaire, et qui n’était pas sans évoquer Nan Goldin. On la retrouve armé-e d’une caméra thermique et proposant une fiction multidisciplinaire et fragmentaire. Entretien avec Dorothée Smith, par Charlotte Redler et Isabelle Zribi.